________________________

BIENVENUE.....PRESENTATION DU PROJET....QUI SOMMES NOUS....JOURNAL DE BORD...VIDEOS....PHOTOS....PRESSE....PARTENAIRES....ARCHIVES....CONTACT....LIENS
_____________________________

 

Lundi 01 décembre : hésitations, réflexions, hésitations… au final, changement de programme : fini les Canaries, on part pour le Sénégal !!

San Andres, le village des ratatons, près de Santa-Cruz de Tenerife, la plage de San Andres et notre mouillage en face, joli mais très houleux, c’est pour cela qu’Evaloa est le seul voilier au fond à droite de la photo !

Oubliez de nouveau la dernière phrase de mon ancien message, rien ne s’est passé comme prévu ! Je devrais pourtant le savoir, déjà dans la vie, c’est un peu comme cela, mais en voyage, et spécialement en bateau, la dose d’imprévu est multipliée par XXXXX !?!
Tentons de résumer un peu tout ça… Donc, nous en étions arrivés à Santa-Cruz de Tenerife, avions prévu d’y rester une journée, le temps du ravitaillement, puis de filer vers l’ouest, avec pour objectif l’île de La Palma, pour rejoindre les ratatons… Mais c’est quoi ça « les ratatons » ? Un couple que l’on voulait rencontrer depuis longtemps, d’abord découverts sur internet, puis sur la route par l’intermédiaire de potes à eux devenus les nôtres (dont Brian rencontré à Essaouira). Claire et Jérôme ont comme nous un bateau-spectacle ! Ils ont monté un dossier défi-jeunes il y a deux ans et avaient le projet d’aller au Sénégal jouer leur spectacle de rue dans des villages reculés du Sine-Saloum (cf www.ratatons.com). Entre-temps, ils ont fait un bébé, et se sont arrêtés le temps d’une longue pause aux îles Canaries.
On pensait donc qu’ils se trouvaient à La Palma, mais avant de quitter Santa-Cruz, je vais sur ma boîte email et j’ai un message de Claire : ils sont à Santa-Cruz !! Forcément, y’a changement de programme, et de nouveau, nous restons plus longtemps que prévu. On les invite d’abord à manger au bateau, puis après plusieurs tergiversations sur « on part », « on part pas », « mais au fait, on part où ??! », nous décidons de nous poser pour réfléchir et pour les aider deux jours sur leur voilier en carénage. On quitte le port pour se mettre au mouillage en face d’où habitent provisoirement les ratatons et l’idée, c’est de leur donner un bon coup de main pour les motiver au plus vite à nous rejoindre au Sénégal (leur projet pour le Sine-Saloum, organisé avec Voiles-sans-frontières, tient toujours pour le début de l’année prochaine) ! Le séjour à Tenerife s’est transformé en mini chantier pour les uns, et pour les autres, moi en l’occurrence, en nounou de la gentille petite Noémie, fille des ratatons !

Ça bosse sur Créach, pendant que d’autres s’amusent à bord d’Evaloa, chacun son boulot !!

Voilà notre premier élément perturbateur (positif bien sûr, superbe rencontre et riches échanges qui ne demandent qu’à se retrouver !) de cette semaine, le deuxième est ce fameux festival de cinéma à Dakar. Histoire assez folle difficile à expliquer de façon claire et concise… accrochez-vous :
Mon premier contact était Oumar N’Diaye, directeur artistique du festival du film de Dakar, on s’était entendu avant notre départ pour participer à cette manifestation se déroulant du 02 au 06 décembre. Entre-temps, plus de nouvelles de lui, nous n’étions pas trop dans les temps… MAIS (il y a toujours un mais) en écrivant à l’alliance franco-sénégalaise de Ziguinchor, j’apprends qu’un festival de film africain va avoir lieu au mois de décembre en Casamance et à Dakar, du 15 au 21, en hommage à Sembene Ousmane. Là je ne comprends plus rien, je me dis que les dates du festival ont été décalées, qu’Oumar N’Diaye ne m’a pas prévenu, car cela ressemble étrangement au festival auquel nous devions participer initialement. Troublée, je passe un petit temps pour faire des recherches sur internet et j’apprends qu’il existe deux festivals, aux appellations assez proches et prévues pour le même mois de décembre, de quoi « risquer de brouiller les repères des festivaliers », tu m’étonnes !
L’explication, je pense l’avoir trouvé en lisant un article sur internet : mon premier contact, Oumar N’Diaye, était le directeur du festival du film de quartier (celui du 15 au 21), et après une querelle avec ses collaborateurs, a quitté son poste et a monté un autre festival : le festival du film de Dakar, dont la 1ere édition aura lieu au début du mois de décembre. De mon côté, je pensais donc avoir à faire au directeur artistique de l’ancien festival ce qui n’était pas le cas, et il ne m’avait pas précisé son changement de poste !
J’ai donc écrit au festival du film de quartier (grand évènement culturel national sur le cinéma africain qui fête sa 10ème édition cette année) expliquant notre projet et notre proposition de participer à leur manifestation en organisant des projections de films sur les rives autour de Dakar, et dès le lendemain, on a leur réponse : ils sont conquis ! En deux jours, nous avions changé de collaborateurs, nous allons maintenant travailler avec le media centre de Dakar, l’une des structures audiovisuelles les plus importantes de Dakar.
Ils nous proposent de diffuser les films programmés pour le festival, dont ceux de l’illustre cinéaste sénégalais Sembene Ousmane, ils nous trouvent différents lieux de projections autour de Dakar tels que l’île de Gorée, de Ngor et la plage Voile d’or (en prévenant eux-mêmes les autorités concernées), bref tout cela s’annonce bien. La petite goutte qui a fait pencher le vase du côté du Sénégal, c’est la possibilité de retrouver une équipe de Thalassa en Casamance. Ils sont là-bas au mois de décembre, et peut-être vont-ils faire un crochet pour faire un petit reportage sur nous, mais ne nous emballons pas, les démarches sont en cours et n’aboutiront peut-être pas…

Voilà toutes les raisons qui nous ont fait cogiter ces derniers jours. Nous aurions aimé passer encore un peu de temps aux îles Canaries, pour découvrir les îles de l’ouest, plus désertiques, naviguer avec notre nouvelle flottille – les ratatons à bord de Créach et Brian à bord de Timshel – mais voilà, nous sommes heureux de mettre en avant le projet, et les potes, on les retrouvera au Sénégal dans l’hiver !
Nous sommes partis de Tenerife mercredi soir dernier pour Las Palmas, capitale des Grandes Canaries ; et oui, nous nous sommes dit que la meilleure façon de visiter les îles Canaries est de séjourner dans toutes ses capitales ! Je rigole bien-sûr, c’était pour retrouver Marcus, qui a pour Evaloa une hélice qui devrait booster un peu notre vieux moteur… Nous pensons partir demain matin, souhaitant arriver autour du 10 décembre à Dakar et ayant environ 8 jours de navigation, nous ne devons pas traîner (en plus, la météo n'annonce pas trop de vent, nous pourrions donc nous retrouver plus d'une semaine en mer).
Vous pouvez ainsi vous imaginez qu’en ce moment, à bord d’Evaloa, ça ne chôme pas, fini les vacances ! Avant-hier matin, Yann est monté en haut du mât, et l’après-midi, il est plongé sous la coque, pour changer l’hélice, programme chargé ! Y’a aussi quelques petits travaux à faire sur le voilier avant la traversée, coudre les moustiquaires, préparer des bons petits mets pour la future longue navigation (homos, soupe, pains…)… Quelques chaudes soirées avec nos amis que l’on va bientôt quitter, et au revoir les Canaries !

Allez, maintenant je dois vous dire : rendez-vous pour le prochain message au Sénégal !!! Olala ça fait un peu drôle de se dire ça, heureusement qu’on a 8 jours en mer pour réaliser que ça y'est, après 3 mois de voyage, on arrive en Afrique ! 

 

Vendredi 21 novembre : le côté noir des Canaries, conséquence du tourisme…

Ce n’est pas pour la beauté du lieu, mais pour vous donner une idée du port de Rubicon (à gauche) et d’une plage aux alentours (à droite)

Après avoir quitté avec quelques hésitations notre belle petite île de Graciosa, nous nous sommes rendus à Rubicon, à la pointe sud de Lanzarote, et là, changement de décor ! Nous mouillons juste devant la marina Rubicon et lorsque nous découvrons le port, ça nous fait tout drôle. On se croirait à Walt Disney, mais nous ne sommes pas dans un parc d’attraction mais bien un parc de consommation. Le port est une ville reconstituée, tout a été détruit pour faire une marina neuve, privée, sans âme, à l’image de notre beau monde capitaliste. Tout est fait pour inciter à la consommation, le port n’est qu’une succession de magasins, centres commerciaux et restaurants. Des amis au port nous racontent que bons nombres de choses sont interdites ici, comme par exemple d’étendre son linge sur le bateau, ça fait mauvais genre. Au mouillage sans rien payer, nous ne sommes donc pas les bienvenus ! Nous n’avons pas le droit de laisser notre annexe au ponton, auquel cas nous devons payer, et je n’ai même pas eu le droit d’utiliser la laverie (qui est payante), ne faisant pas partie du port ! Bref, on est un peu dégoutés d’être face à ce qui s’annonce comme notre future proche (plusieurs ports en France se construisent dans ce sens) et nous préférons quitter ce lieu au plus vite.
Mais comme à chaque fois quelque chose ralentit notre départ, nous rencontrons Marcus, ingénieur en mécanique qui a un magnifique vieux gréement Lugger nommé « Veracity ». Nous préférons donc rester une journée de plus pour qu’il jette un œil au moteur. Il donnera quelques astuces à Yann, il faudrait démonter le système hydraulique du moteur pour changer les joints ou autres qui seraient trop usés… Une autre solution s’offre cependant à nous : changer l’hélice pour gagner en vitesse et il se trouve justement que Marcus a deux modèles d’hélice sur son bateau ! On devrait le retrouver sur l’île de La Palma, si une des hélices est à la taille, un petit chantier s’imposera avant de quitter les Canaries…

Coucher de soleil au mouillage de Rubicon, "Evaloa" à gauche, au milieu le catamaran "Ulysse" de nos amis français Marie, Johan et leurs enfants, et "Veracity" à droite, le voilier anglais de Marcus

Le soir, on fait une petite soirée au catamaran de Johan, Marie, et leurs enfants Léa et Noé, en compagnie de Marcus, on se couche bien tard ce qui nous démotive pour le départ au matin… Ce n’est pas plus mal car le lendemain, Marcus loue une voiture avec son amie Jess, et nous en profitons pour faire un petit tour avec eux, découvrir l’île sous une autre image que la marina Rubicon. Lanzarote est nommée « la perle noire », nous comprenons pourquoi : les roches volcaniques sont noires et le paysage y est très aride, la vue de ce paysage montagneux apporte tout de même des sensations étonnantes.

Nous sommes partis avant-hier matin de Rubicon, pour une journée et une nuit de navigation avec les alizés maintenant bien établis (même si on doit souvent faire face à des accélérations brutales de vent qui sévissent entre les îles), une mer avec peu de vagues, l’allure de travers n’est pas forcément la plus agréable (les vagues étant elles aussi de travers, certaines nous arrivent dans le cockpit) mais Evaloa avance bien, et nous arrivons en début d’après-midi (hier) au port de Santa Cruz. Nous restons une journée pour le ravitaillement : réserve d’eau, lessive, et surtout, grosses courses pour avoir quelques réserves à bord, vidées depuis le Maroc !
Nous repartons ce soir pour l’autre côté de Tenerife, à un mouillage abrité – on l’espère – à la pointe ouest, pour visiter un peu l’île avant de nous rendre à La Palma.

Arrivée à Tenerife

Vendredi 14 novembre : Graciosa, on s’en souviendra !

Le port et la plage de Graciosa

En relisant les dernières phrases du précédent message écrit à la va-vite, je rigole bien ! « Nous allons trouver un autre mouillage, là où cela nous chantera… », oui oui bien-sûr, c’est surtout qu’on n’a pas vraiment eu le choix !
Lundi matin, notre « magnifique mouillage » s’est transformé en mouillage non-abrité voir dangereux : le vent a tourné sud-est (même avec les alizés des Canaries, on arrive à avoir du vent du sud, la météo décidemment, c’est vraiement pas ça…) et est monté en crescendo jusqu’à 45 nœuds. Notre ancre était bien crochée mais jusqu’à quand ? Et puis le roulis des vagues faisait tanguer le bateau, nous nous faisions trop remuer pour rester là. Cependant, petit problème : nous avons eu la bonne idée de mouiller juste devant les rochers et que – ceux qui nous suivent régulièrement doivent maintenant l’avoir bien compris – nous ne pouvons faire confiance en notre moteur qui ne remonte pas à plus de 30 nœuds de vent !
Analysons donc calmement la situation : le moteur pourra à peine nous aider à remonter l’ancre, il faudra ensuite partir à la voile, mais voilà, le vent dans le nez, nous avons peur de ne pas assez remonter au vent et de finir dans les rochers. Finalement, Benjamains tente de remonter l’ancre : impossible ; cela devient encore plus dangereux car si nous prenons du temps à remonter l’ancre, le risque de riper sera plus important, et celui de se retrouver dans les cailloux deviendra bien réel !!
Pendant nos questionnements, tous les voiliers autour de nous ont quitté le mouillage pour un autre en face plus abrité, nous voilà tout seul dans cette galère ! Pas tout à fait en réalité, nous communiquons par la VHF avec un ami sur un catamaran, et nous découvrons avec plaisir la solidarité du monde de la voile. Plusieurs bateaux se passent le mot, expliquent ce qu’ils nous arrivent et discutent entre eux pour trouver la solution la plus adéquate : « Avec nos voiliers, il est risqué d’aller les remorquer, et nos moteurs ne suffiront pas » ; « Si j’étais à leur place, je ne resterais pas là-bas, le plus sécurisé est qu’ils laissent leur mouillage et partent à la voile et au moteur. » Ah ça fait drôle d’entendre que l’on parle du bateau bleu aux voiles bleues qui est en galère, ça n’arrive pas qu’aux autres !
Leurs avis nous font réfléchir, et les nôtres bien-sûr (cela sert dans ce cas d’être à plusieurs), nous pensons que le plus sage est de laisser notre mouillage (en lâchant la chaine tenue à l’ancre tout en l’ayant amarrée à une bouée pour venir la rechercher ensuite), de cette façon nous ne chasserons pas et pourrons remonter rapidement au vent et sortir des cailloux. Après avoir installé la bouée au bout de la chaine, nous tentons tout de même une dernière fois de relever l’ancre et si le voilier chasse avant qu’elle soit remontée, nous lâcherons la chaîne. Nous nous y attelons à deux avec Benjamains, trouvant une bonne technique, on réussit tant bien que mal à la remonter. Instant exténuant, les vagues rentrent par l’avant, Benjamains qui doit bien se relever pour tirer l’ancre me donne l’impression qu’il va finir à l’eau mais bien accrochés, nous résistons : « 30m ! 25m !... 15m… Elle est décrochée !! (Quel plaisir de voir sortir cette ancre hors de l’eau, j’en aurais bien versée une petite larme). Pendant ce temps, la grande voile montée au préalable était prête à être bordée et un bout du génois à être sorti, Evaloa remonte en fait bien au près (il faut avoir confiance en son bateau !) et nous sort du danger. Nous naviguons une petite demi-heure sous 30-40 nœuds de vent avec de grosses rafales, déjà mouillés par le hissage d’ancre, les embruns nous achèvent, nous terminons trempé, Benjamains de la tête au pied (il a du retourner à l’avant préparer le nouveau mouillage).

La douche en pleine mer!

Plus de peur que de mal, au final tout se termine bien, avec en plus la satisfaction d’avoir bien réagi, d’être restés sereins, même si l’idée que le voyage puisse s’arrêter brusquement ici nous était passée par la tête… Nous réalisons à quel point la vie en bateau peut nous amener à vivre des moments intenses qui passent du tout au tout : la veille nous relevions le côté idyllique de la vie en voilier, après avoir passé une journée ensoleillée à faire de la plongée, nagé avec ces magnifiques poissons de la réserve naturelle de Graciosa, et vogué de voilier en voilier pour de nouvelles rencontres, et le lendemain, changement de décor ! Mais l’un ne va pas sans l’autre, dans nos moments de détente, nous passons beaucoup de temps à discuter entre nous 4, ce qui est très utile dans les moments tel que celui-là, et partager nos expériences avec d’autres voiliers permet parfois de sortir de certaines galères, ou en tout cas de se sentir soutenu.

Cession plongée devant le bateau, notre mouillage près des cailloux paraît ici plus idyllique que dangereux !

J’espère que vos yeux ne fatiguent pas, les anecdotes ne sont pas finies !
Mardi, nous décidons de passer une journée au port de Graciosa, qui n’est pas cher du tout, avant de reprendre la mer le lendemain. A peine amarrés nous faisons la connaissance de nos nouveaux voisins, et un autre gars s’arrête en annexe discuter avec nous : « c’est quoi comme voilier ? Un aloa 34, c’est ce que je me disais, c’est le même que le mien ! ». En fait nous l’avions croisé à Essaouira mais il était parti trop vite pour que nous ayons le temps de lui parler, que le monde est petit ! Yann voulait absolument le recroiser pour lui demander des conseils sur le moteur. Ni une ni deux, nous sommes invités sur l’aloa 34 de Joël, en compagnie du capitaine André, un pêcheur que Joël a embarqué de Lanzarote jusqu’ici (André est originaire de Graciosa). Le moteur n’est pas le même que le notre (on y arrivera jamais !) mais en revanche, ils nous proposent d’aller pêcher. Seuls les locaux ont droit de pêcher sur l’île mais vu que le capitaine André est à bord : « no problemo ! ». Nous ne sommes pas bon pêcheurs à bord d’Evaloa, mais là, nous avons fait une pêche incroyable, en quelques heures, ça n’a pas arrêté ! Je me suis mise à la canne à pêche - jamais je ne le fais car je ne suis pas très patiente - et ça mordait tout le temps, je n’ai même pas compté combien j’ai eu de poissons mais je pense une dizaine, dont deux en une prise ! Au total : 38 poissons (je crois qu’on ne devrait même pas le dire, et pourtant, le capitaine André s’en est vanté auprès de tous les habitants de Graciosa !).

................................................Le tout fier capitaine André !                          Concentrée dans mon boulot !                                              Joël, capitaine de l’aloa 34

Il fallait bien fêter ça : apéro sur l’aloa de Joël avant de cuisiner notre pêche, on est nombreux à bord car deux bateau-stoppeurs nous ont rejoint pour discuter de la possibilité d’embarquer avec Joël jusqu’aux Antilles. Le capitaine André veut s’occuper de tout et s’apprête à cuisiner les poissons : (en espagnol avec un fort accent) « donnez-moi de l’eau ». Personne ne se demande pourquoi il veut de l’eau, on cherche une bouteille en vain puis on la lui fait passer. Pendant ce temps, André faisait chauffer de l’huile dans une poêle et il n’a rien trouvé de mieux que de mettre de l’eau dedans ! Je pense que tout un chacun connaît la réaction chimique que ce geste induit : une énorme flamme sort de la poêle, le temps que Joël tente de l’étouffer avec un pull (très bon réflexe !), la flamme s’est étendue sur le plafond de la cuisine, qui est… en plastique ! Scénario catastrophe, les souvenirs du feu dans la cuisine du bateau me reviennent (cf message du 13 août au tout début du journal de bord intitulé : comment se servir d’un extincteur ?), me trouvant de l’autre côté de la cuisine, je crie à Yann : « vas fermer le gaz ! » (l’histoire veut que, incroyable mais vrai, une odeur de gaz dans le bateau a amené Yann une demi-heure avant à vérifier l’arrivée de gaz). Yann va l’éteindre, d’autres sortent du bateau - une fumée bien toxique imprégnant toute la pièce - pendant que Joël tente de faire marcher l’extincteur (j’aurais dû lui faire un cours !). Quelqu’un d’autre crie : « Il faut jeter de l’eau » (oui maintenant que le gaz est éteint) et Benjamains se jette sur la marmite posée dehors, la seule chose qui ressemble à un seau dans le cockpit, et le feu finit par s’éteindre.
Le pauvre Joël - sa cuisine est noire et fondue – et ne parlons pas de l’état du capitaine André qui ne se remet pas de ce qu’il a fait, lui qui était tout fier de ses poissons ! Il passera la soirée à rabâcher que ce n’est pas possible, qu’il fait ça chez lui sans soucis, et qu’il devait y avoir de l’essence dans la bouteille d’eau (c’est ce qu’arrive à traduire Maina de son accent espagnol à couper au couteau) ! Nous finissons la cuisson des poissons dans l’autre aloa 34, le notre, et la soirée se termine en musique, avec un tas de choses à se raconter, et des émotions à partager !

Une partie du festin café à la plage

Je ne sais pas si on les cherche ou si c’est le voyage en voilier qui amène à vivre tout cela, mais en ce moment, l’équipage « Aux cinéphiles de l’eau » vit des sensations fortes !
Toutes ces péripéties nous ont amené à passer une semaine à Graciosa (ce qui ne nous a pas déplu, cette île est toute petite, très tranquille à l’abri des touristes) nous partons demain pour la baie de Rubicon entre Lanzarote et Fuerteventura, et là, je vais m’abstenir d'en dire plus car je n’ai aucune idée de ce qu’il va nous attendre là-bas, Inc’h Allah !

 

samedi 8 novembre : Aux Iles Canaries


Nous avons finalement quitté Essaouira mardi après-midi, étant arrivés le 04 octobre à Mohammedia, nous sommes restés un mois jour pour jour au Maroc !
Nous sommes partis sous un beau soleil - un petit peu nostalgiques de reprendre la mer, notre passage au Maroc nous ayant apporté de riches rencontres et réflexions – mais sous la totale pétole ! Nous avons passé la nuit au large d'Essaouira, chacun a pû prendre le temps de dire au revoir à cette belle ville ! Mais le vent a repris dès le lendemain, et s'est mis a souffler jusqu'à force 6, vent portant. Avec une moyenne de six nœuds, nous sommes vite arrivés sur Graciosa, jeudi vers 20h, un petit peu trop tard pour arriver de jour. Dommage d'une part pour le beau paysage (ça changeait d'ambiance, les montagnes ayant de ce fait un côté plus angoissant que magnifique) mais aussi pour l'entrée au port, petite passe peu éclairée, le vent de face et à contre courant, notre vieux moteur n'arrivait pas à remonter au vent ! (en fait, c'était de nouveau un problème hydraulique, pas assez d'huile dans la pompe). Heureusement, les yeux de félin du capitaine ont aperçu un mouillage un peu plus loin, qui nous a évité cette entrée difficile. De plus, c'est tout à fait ce que nous cherchions, un joli mouillage à côté de la plage, au milieu des montagnes.
Nous allons passer deux ou trois jours à Graciosa, puis repartir pour une belle journée de navigation près des côtes, pour trouver un autre magnifique mouillage, là où cela nous chantera, la belle vie quoi !
A bientôt, pour un message plus détaillé avec des photos (au moins ça vous change, habituellement c'est la page complète!!)

 

Samedi 01 novembre : toujours à Essaouira

 

Au souk avec Ibrahim, on a fait nos réserves d'épices! - Sur le chemin entre le village Ida Ou Gourd et la maison familiale d'Ibrahim

Ça souffle sur Essaouira ! Et l’équipe « Aux cinéphiles de l’eau » se repose, attend le beau temps, patiemment,…
Nous pensions qu’une fois arrivés dans le sud, nous oublierons ce que sait avoir froid. Et bien non, nous remettons les petits pulls, pour une petite semaine supplémentaire à Essaouira. Depuis jeudi, le vent souffle très fort, hier il a tourné et la houle est rentrée dans le port. Heureusement Evaloa est assez abritée, à couple entre deux bateaux, mais ça tire dur sur les amarres, heureusement que Yann a doublé celle de l’arrière, car en revenant du concert hier soir, on s’est rendu compte que l’une d’elle avait lâché. On nous avait également dit qu’au Maroc, il pleuvait rarement, et bien nous vivons notre troisième journée de grosse pluie depuis un petit mois que nous sommes là ! C’est pour ne pas oublier la Bretagne ! Mais on ne va pas faire comme tout le monde et se plaindre du temps ! Nous sommes heureux de ne pas être en mer en ce moment, cela retarde notre départ d’une semaine, et alors ? C’est cela aussi la vie en bateau, il faut faire en fonction de la météo. Un dicton marocain nous dit « Un homme pressé est déjà mort », écoutons-le, prenons notre temps !

On ne peut regretter d’être restés à Essaouira (alors que d’autres voiliers ont préféré aller à Agadir pour ensuite se rendre aux Canaries), car nous assistons à un superbe festival de musique andalouse, entièrement gratuit, en novembre, la chance ! Les groupes sont tous des pointures : Paco Ibanez pour commencer, puis Marina Heredia, une référence en flamenco. Le contexte était assez décalant : nous étions sous un chapiteau qui manquait de s’envoler, faisant un boucan du tonnerre, avec par-dessus cela le bruit de grosses averses. Tout le monde était assis avec ses gros manteaux, les groupes venant  d’Espagne avaient froid… alors qu’ils se produisaient pourtant sur une scène marocaine ! Mais au final nous avons assisté à un superbe moment de flamenco, presque aussi intense que dans le film « Vengo ».

Jeudi dernier, nous avons eu la bonne idée de partir le temps d’une journée, nous évader de la ville. Je me suis rendue compte à quel point la campagne m’était chère, quel grand bol d’air ! Excursion à Ida Ou Gourd, à 25 km d’Essaouira, pour visiter le souk berbère, mais aussi pour se détendre, et se promener (juste un peu parce qu’avec le vent qu’il faisait, il était quelque peu difficile de marcher avec la poussière). Comme à notre habitude, nous n’avons pas mis de temps à faire des rencontres : Jeff, un français qui voyage au Maroc depuis 10 ans et son ami Ibrahim, qui travaille au souk des poissons à Essaouira, originaire de Ida Ou Gourd. Ibrahim nous a gentiment proposé d’aller voir sa famille. Nous avons fait un kilomètre à pied dans un paysage magnifique pour arriver dans une maison berbère en pleine campagne, entourée de quelques champs cultivés. La maison est simple mais semble très agréable à vivre, on entre par la grange avec une vache et deux anes, puis on arrive dans une cour centrale entourée de pièces indépendantes (cuisine, salon, chambres). Nous n’avons pu rester très longtemps (nous ne voulions pas manquer le dernier bus ou taxi), malgré l’insistance d’Ibrahim pour que l’on reste dormir là-bas, dommage, nous aurions bien passé plus de temps dans cette famille qui semblait vivre paisiblement, en quasi-autarcie, avec des enfants bien énergiques et souriants, ça fait plaisir, on n’a besoin de peu de choses pour avoir la joie de vivre.

Mohammed et Djamila qui font la pause ! .......................................................................................................Dans la cuisine, pendant la cuisson du pain

Comme vous le voyez, notre attente « forcée » à Essaouira ne nous laisse même pas le temps de nous ennuyer !
Allez, la prochaine nouvelle, c’est le départ pour les Canaries (lundi on espère, comme on repousse tout le temps la date prévue, je devrais peut-être me taire…).

Pauline

 

Mardi 28 octobre : Echange culturel à Essaouira

Le soir de la projection au Triskella, l’écran se trouve à l’endroit de la prise de vue + discussion après projection avec l'équipe, les deux Caroles et Brian

Jeudi 22 : projection de l’association « Aux cinéphiles de l’eau » au bar-restaurant triskella

Voyager avec un tel projet nous amène à rencontrer de chouettes personnes, la preuve étant que notre passage à l’alliance franco-marocaine nous a amené vers Alban, un jeune français installé au Maroc depuis 8 ans. Il a passé les 5 dernières années à créer un lieu de rencontres des plus agréables, avec le calme, internet, et pour les bretons nostalgiques, des galettes de blé noir aux saveurs du soleil ! Il a nommé ce lieu le Triskella (jeu de mots du fait que la rue s’appelle « Skella »).
On a décidé ensemble de proposer une séance dans le bar, qui est équipé de tout le matériel. L’équipe de « Triskella » a en effet déjà organisé des projections, présentant souvent des films sur le thème de l’environnement. Nous pensons alors faire une petite exception au principe « Aux cinéphiles de l’eau », et prenons le choix de présenter un film militant « un autre monde est possible » de Keny Arkana (chanteuse hip hop très engagée pour des causes altermondialistes avec son collectif « la Rage du Peuple »). Le choix d’un film se fait également en fonction du lieu de projection : le Triskella est un bar fréquenté par beaucoup d’étrangers, ou des français vivant à Essaouira, ou encore des marocains mais je pense plutôt issus d’un milieu d’étudiants ou d’artistes donc nous pouvons nous permettre de passer un film engagé, en lien avec nos idées.
Comme à notre habitude, la séance s’est organisée « à l’arrache », avec pour simple moyen de communication une pauvre affiche devant le bar. Le bouche à oreille a cependant bien marché, le bar était rempli jeudi soir, avec deux femmes et deux groupes étant venus spécialement pour voir le film ! Le Triskella est un bar assez petit, tout le monde s’est serré devant le petit écran, c’était très conviviale (je m’en veux d’ailleurs de ne pas avoir pris de photos, vous pouvez tout de même vous rendre compte de l’atmosphère avec les deux photos ci-dessus).
Le documentaire n’est pas évident à regarder, 3 langues différentes sont parlées, sous-titrées en français, les interviewers parlent beaucoup, il faut rester attentif pour comprendre tous les discours énoncés, mais le public l’était ! Deux marocains étaient même scotchés devant l’écran ; on servi à manger à l’un d’eux et l’homme resta 20 minutes la galette dans les mains sans y toucher, ne voulant rien manquer du film ! Il faut dire que le sujet est intéressant : le film dénonce tout d’abord les méfaits du capitalisme néolibéralisme, de la privatisation, du FMI, de la banque mondiale (et oui, le sujet est d’actualité !) et présente ensuite différentes luttes lancées dans le monde, comme le mouvement zapatiste, la lutte des paysans en Inde qui volent l’eau privatisée pour pouvoir survivre, ou encore l’ouverture par des sans-abris de maisons abandonnées par l’état… Le film ne fait pas que montrer mais propose des alternatives, c’est ce qui a plu. Les deux marocains m’ont expliqué qu’ils ont apprécié l’aspect universel du discours entendu, qui est énoncé de façon simple, compréhensible pour tous. Le personnel du Triskella n’a pu assister à la séance, Said est tout de même sorti de sa cuisine lorsqu’à la fin, le malien nous délivre un message pleins d’espoir (il faut vous procurer le film, vous verrez par vous-même !) et m’a demandé ensuite s’il pouvait avoir une copie du film pour le voir un jour de repos. Voilà ce que l’on cherche avec notre projet, amener un débat (qui s’est fait par la suite de manière naturel, notamment sur la crise actuelle mondiale !), que l’échange se fasse ! On a fait plusieurs copies du film, les gens émus par le film vont le diffuser un peu partout, et je pense que Keny Arkana ne nous en voudra pas pour cela, elle est dans un autre combat que celui du piratage.
Yann et Pauline

 

Samedi 25 : Grand pas pour l’association « Aux cinéphiles de l’eau »

Tous les jours cette semaine, je suis allée au centre culturel « Dar Souiri », préparer notre première grande projection au Maroc (la séance au Triskella étant plus privée et intimiste). Nous avons beaucoup discuté avec Yasmina, la directrice, notamment pour le choix du film. Elle est marocaine mais a vécu jusqu’à l’année dernière au Canada, donc elle ne connaissait pas forcément plus que moi la réalité locale, les coutumes des gens… A défaut d’avoir un bon film marocain dans la « médiathèque » d’Evaloa, nous nous sommes repliés sur un film sénégalais « Madame Brouette », un film traitant de l’émancipation de la femme, sujet engagé donc, mais à l’africaine, c'est-à-dire expliqué de façon simple, sans revendication politique direct, bref ça devrait passer !
Nous partons du voilier samedi après-midi, accompagnés d’un « monsieur brouette » (pour pouvoir transporter le matériel de projection), direction « Dar Souiri ». Passage obligé par la douane pour sortir du port, oups, on avait oublié ce petit détail (on n’a toujours pas compris les petites habitudes locales !) : « que transportez-vous, qui êtes-vous, avez-vous l’autorisation d’organiser une séance, la liste du matériel ?... ». Yann et moi, on se retrouve dans leurs bureaux pour une série de paperasses, ils nous font réécrire plusieurs fois une lettre d’engagement (pour qu’on assure que l’on va ramener le matériel au port, ils ont peur du trafic), on est sûr que c’est pour nous faire perdre notre temps, et que l’on finisse par leur donner un bakchich, pas question ! On a bien cru qu’il en était fini de la séance, mais par je ne sais quelle chance, il nous laisse filer, choukran !

C'est rigolo à voir, n'est-ce pas ! Mais à la longue, ça peut être barbant...

Le matériel de projection apprécie de se retrouver en intérieur, on en profite pour bien nettoyer l’écran avant de l’installer. A Dar Souiri, il y a un cours de chorale terminant à 18h, on a la bonne idée de proposer aux enfants à la sortie de regarder quelques courts-métrages d’animation, et c’est parti pour 50 bambins scotchés devant le grand écran. Mercredi dernier était organisée au même endroit une séance pour enfants où Kirikou était projeté, la séance était assez bruyante, les enfants pas mal agités mais là, ce n’était pas le cas, peut-être du fait qu’ils soient surpris. A la fin de cette courte séance impromptue, beaucoup sont naturellement venus me faire la bise et serrer la main à Yann, pour nous remercier, chouette moment, la soirée s’annonce bien.

19h30 arrive (l’heure annoncée sur les affiches collées un peu partout dans la ville par Dar Souiri, d’où l’intérêt d’organiser la séance avec une association locale) et les gens n’arrêtent pas d’entrer, on remettra des chaises supplémentaires, au final : 130 personnes, quelle réussite ! De plus, le public est très éclectique, des familles marocaines, des français vivant à Essaouira, des touristes de passage, quelques jeunes et pas mal d’enfants. Après une présentation en français traduite en arabe, le film commence et je me mets vite à douter de la réussite de la soirée… Le film conte l’histoire d’une femme ne voulant plus avoir à faire aux hommes mais qui se retrouve dans les bras d’un homme pas très brillant, qui réussit à l’embobiner et… ils couchent ensemble ! Au malheur, à travers le voile d’un baldaquin, on voit l’ombre de leurs deux corps en train de faire des choses pas très catholiques (dirons-nous plutôt pour l’occasion pas très musulmanes) et là, s’en est trop. Au même moment, plusieurs personnes sortent de la salle, un homme passe même devant le vidéoprojecteur pour récupérer son enfant et filer. Deux employés de Dar Souiri viennent nous voir Yasmina et moi : « Vous avez vu le film ? Combien y-a-t-il de scènes de ce genre ? Il faut avancer le film pour passer la scène. » Je n’avais pas pensé que cela allait choquer, me rappelant qu’on ne les voyait pas tout nu. Carole, rencontrée au Triskella, sort également de la salle avec une amie marocaine et j’en profite pour discuter avec elles. Son amie Aicha m’explique qu’elle ne peut pas rester, elle ne peut regarder ce genre de scène, ça la gêne, et surtout pour le fait qu’il y ait des enfants dans la salle, elle pense qu’il fallait leur interdire la projection (comment aurions-nous pu faire cela, en organisant une séance libre et gratuite, sachant en plus que la plupart des enfants étaient accompagnés de leur parent !). Un autre problème s’ajoute au film : on comprend mal les paroles, le son est sourd (du certainement à l’acoustique de la salle) et l’accent sénégalais n’arrange pas les choses. Ne comprenant pas complètement le propos du film, l’impact des images se fait davantage ressentir. Je suis un peu mal de cette situation, nous n’avons pas regardé le film à quatre comme on le fait habituellement et je sens que Yann me reproche un peu ce choix osé, ce qui me met encore plus mal à l’aise. Carole et Aicha me rassurent, c’est une expérience, et les marocains ne nous en veulent pas, ils savent qu’on a une culture bien différente de la leur. Entre temps, les flics passent, reposant leurs inlassables questions : « Avez-vous l’autorisation de faire cette projection ? Qui est cette association venue de France ? Quelles sont ces motivations ? Quel film est projeté ?... ». Nora, la réceptionniste de Dar Souiri, s’explique avec eux et le tour est joué, ils repartent sans soucis.
Je retourne dans la salle et relativise en comptant le nombre de personnes restant, finalement les gens ayant quittés la salle sont loin d’être majoritaires. La séance se termine, je reste près de la sortie pour cueillir la réaction du public qui est en fait très positive : « merci, merci, le film était très intéressant, très bon sujet, qui devrait amener un débat, c’est le premier film africain que j’ai l’occasion de voir, merci… » OUFF, ça rassure ! La cerise sur le gâteau est que je termine la soirée à discuter avec Caroline, une haïtienne rencontrée à notre dernière projection à Triskella, qui a bien compris notre projet et qui me motive à rester sur cette voie, elle m’explique que je ne dois pas regretter le choix de ce film, il faut être audacieux, sinon il n’y a aucun intérêt, c’est sûr c’est risqué, on peut choquer, mais dans le lot, on réussira toujours à éveiller quelques consciences…
Ce fut une très bonne expérience, 1h30 que je vais me souvenir ! Ce n’est pas facile de réaliser un tel projet, ça promet pour la Casamance !

Présentation de la séance                                                                                 Projection sous la coupole du magnifique patio couvert de « Dar Souri »

Voilà, sinon, ce passage à Essaouira semble vouloir se prolonger à cause de la météo (il annonce beaucoup de vent jusqu'à jeudi mais surtout, des vagues allant jusqu'à 7m! On préfère rester au port attendre que cela passe...), on ne va pas pouvoir partir avant vendredi. Mais je pense que nous n’allons pas regretter de rester un peu à Essaouira, à partir de jeudi débute le festival des Andalousies Atlantiques : musique venant du Maroc, d’Algérie, de France, d’Espagne et du Canada, avec notamment du flamenco, l’ensemble El Gusto regroupant musiciens musulmans et juifs d’Algérie, et même, Paco Ibanez ! On va se régaler.
En plus, cet arrêt nous a permis, en plus des projections, des rencontres (notamment Brian et Carole du voilier Timshel, qui viennent de repartir sur Agadir mais que l'on retrouvera certainement sur la route!) et des visites de cette vieille citée, de réduire un peu plus la liste des trucs à faire :
La fuite hydraulique est réparée par une belle bidouille à la marocaine.
Changement de place des couverts et assiettes pour un nouvel et troisième essai de l’emplacement des légumes. C’est caractériel les légumes en mer.
Et une assise confortable trône à la proue d’Evaloa.
Affaire à suivre lors des essais en mer.

 

Lundi 20 octobre : El Jadida – Essaouira

Mouillage à El Jadida : levée de soleil (à gauche) et petit dej (au centre)

Navigation tranquille de Mohammedia à El Jadida ; on avait 60 milles à faire, nous sommes partis au coucher de soleil (vers 18h) lundi dernier et sommes arrivés à El Jadida le lendemain soir vers 20h (de nuit à marée basse, ce n’était pas très conseillé mais la mer était calme). Je ne pourrais pas vous dire grand-chose de cette journée car j’ai pris un coup de froid à la sortie du port de Mohammedia, et le lendemain, j’ai dormi toute la journée !
Notre passage à El Jadida fut très rapide, pas le temps de nous faire vraiment une idée sur la ville. Comme vous pouvez le voir sur les photos, notre mouillage était très agréable, et la kasbach très jolie. Mais c'est sûr, qui veux dire joli veux dire aussi touristique...

Maina : Bon… en fait ce que ne dit pas Pauline, c’est que notre arrivée, après nos supers rencontres à Mohammedia, nous a laissé une mauvaise impression. El Jadida est une ancienne citadelle portugaise, donc, petit port assez touristique. Dès notre arrivée dans la kasbah, on se fait alpaguer : « vas y, viens voir dans ma boutique, vous êtes français… blabla… ». Le marocain et le commerce c’est quelque chose ; c’est tout un art qui a ses règles précises, qu’on se doit de respecter. C’est-à-dire que si tu donnes un prix (encore pire si le vendeur t’offre un petit thé, jouant sur l’affectif disant qu’il connaît Rennes, qu’il est d’origine berbère et qu’il t’explique les symboles sur le tapis que tu veux acheter… !!), et que le vendeur continue à marchander… et qu’il descend jusqu’à ton dernier prix et que finalement tu ne veux pas l’acheter parce que tu as l’impression qu’on te force… et ben le vendeur risque de se fâcher et refuse de te serrer la main. Bon, ça c’était pour le mauvais souvenir d’El Jadida. Mais le Maroc, « c’est une expérience ! » et nous on est européens de toute manière…

C'est sûr que ça nous a un peu calmé cette histoire de vendeur : il voulait me vendre un tapis au départ à 130 euros, il l'a baissé à 60 euros comme je le lui avais demandé donc il n'a pas compris pourquoi je voulais tout de même réfléchir, m'expliquant que ce n'était pas une attitude respectable de ma part, "ça ne se fait pas" et il a refusé de me serrer la main, les boules ! J'étais bien génée mais au final, en retournant dans un autre magasin en fin d'après-midi, j'ai retrouvé le même tapis pour 20 euros, comme quoi j'avais raison de réfléchir, c'était bien un arnaqueur !!

Après cette mauvaise rencontre, on a préféré sortir de la kasbah et aller se mêler à la population  locale dans le souk. C’est qu’à Mohammedia on avait l’habitude d’être pratiquement les seuls « blancs ». Pendant que Yann et Benjamin vont faire les courses et Pauline sur internet… moi je vais chercher du tissu. Je demande à un jeune gars de m’indiquer une boutique, difficile de se situer dans les ruelles, entre la rue des djellabas, des couturiers… il faut trouver le quartier des tissus. Voilà, sympathique rencontre de Abdel, Omar, Adil et Mohammed. Ça commence par « tu es toute seule », et finalement on échange un petit moment sur le mythe de l’Europe et sur la difficulté de bien vivre au Maroc, parce qu’ici, quand tu n’as pas de travail, il n’y a pas d’aides sociales. Yann et Benj me voient arriver avec 4 gars… eux, pendant ce temps-là essayent de se débarrasser de gamins qui leur demandent de l’argent et autres « Khalini ! ».
Retour au port… on rencontre 2 pêcheurs. Le plus jeune nous propose de revenir le lendemain vers 5-6h, il nous offrira du poisson en rentrant de la pêche. Benj et moi nous motivons donc pour nous lever. Aucune trace du gars en question… et son bateau apparemment n’a pas bougé. Du coup on en profite pour faire le tour du port à cette heure d’arrivée des bateaux, moment plein de vie, mouvement, sardines, maquereaux et autres poissons. Superbe lever de soleil et retour sur Evaloa pour un café et lâcher l’ancre…

Nous repartons mercredi midi pour Essaouira, à 120 milles. On a une bonne allure (5 nœuds de moyenne), le vent est bien établi nord-est, il fait beau, parfait ! On arrive le lendemain vers 16h30. L’arrivée de jour est utile car l’entrée est étroite, y’a des rochers partout autour et le vent se lève juste à l’entrée du port. On nous avait dit qu’à Essaouira, le vent soufflait davantage, nous l’avons bien remarqué ! En tout cas, l’arrivée est magnifique. On s’amarre au port, à couple d’un bateau de promenade marocain. Yann passe de nouveau une heure pour remplir les papiers d’arrivée : douanes, police, capitainerie, toujours les mêmes paperasses à chaque fois, comme nous sommes 4 à bord, ça prend du temps.
Le premier soir, on se fait un resto car c’est vendredi, le jour du couscous ! On en rêvait depuis notre arrivée au Maroc (on l’a loupé vendredi dernier à Mohammedia) mais le meilleur couscous marocain reste celui préparé en famille le vendredi midi. Nous, on se retrouve dans un resto de touristes, thé sans menthe et couscous sans pois chiches, ni raisins secs,… bref on a vu mieux. Avant de rentrer au bateau, un jeune marocain nous aborde et nous propose d’aller boire un coup dans le bar populaire du coin. Jouad semble très sympathique, on l’accompagne et nous découvrons une autre facette de la vie marocaine : un bar rempli d’hommes qui boivent de l’alcool (les femmes marocaines ne peuvent mettre les pieds dans ce genre de lieu), ça change du traditionnel musulman qui ne boit pas ! L’ambiance au bar est malgré tout assez sympa, les gars discutent avec Ali, un mécanicien sur un bateau de pêche. Moi, j’arrange avec Jouad un rendez-vous le lendemain matin pour aller au centre culturel français. Eh oui, je me relance dans l’organisation d’une séance de cinéma, motivée la fille !
Me voilà repartie pour une journée « administrative » : je rencontre d’abord Dany, qui bossait à l’alliance française, elle m’introduit auprès de Yasmina, qui est directrice du centre socio-culturelle « Dar Souiri ». Yasmina semble enthousiaste (elle a 27 ans et vient d'arriver, ça aide !),, elle va demander une autorisation pour faire une séance en plein air (qui nous sera certainement refusée) et dans tous les cas, elle me propose d’organiser une projection au sein du centre (avec de ce fait, une plus grande liberté dans le choix du film). Je vais également voir l’alliance française dans l’après-midi, pour voir s’ils ont des films… Le directeur m’explique bien que l’on n’organise pas ce genre de manifestation en une semaine (il a sa programmation culturelle calée pour l’année, pas de place pour un évènement spontané comme le nôtre), et me donne au passage des exemples un peu décourageants : la loupiotte, un autre rare voilier-spectacle (c’est un couple qui fait un spectacle d’acrobaties sur le bateau) est passé à Essaouira et n’a pas eu l’autorisation de présenter son spectacle au port. Pire, un groupe de musique de rue a joué malgré le désaccord du gouvernement et s’est vu confisquer son matériel ! De plus, la femme chargée de la culture m’explique que pour le cinéma au Maroc, c’est encore plus compliqué, la censure est très présente. Le gouvernement est hostile à tous évènements qui pourraient écarter sa population du droit chemin… De nouveau, l’affaire est à suivre mais vous comprenez bien que rien n’est gagné…
Entre temps, je me suis baladée un peu dans la ville, c'est dur de prendre de belles photos (la ville est pourtant magnifique mais remplit de magasins et de touristes), je me suis donc davantage concentrée sur la vie au port d'Essaouira :

 

A la sortie du port

 

 

Lundi 13 octobre : départ de Mohammedia

Et voilà, une semaine, c’est vite passé, il est temps de reprendre la mer ! C’est un peu difficile de quitter Mohammedia, on en gardera un superbe souvenir : Messoud, ce fut un bonheur, une chance de te rencontrer ! Tout le monde ici – ok, hormis les boss à la préfecture – a été très accueillant, Ahmed et le personnel au port, les potes de Sablette (Chouaib, Hafid, Icham, Ali… de Mohammedia Surf Association). En une semaine, nous avons déjà réussi à nous faire des attaches !
La cerise sur le gâteau, c’est que j’ai même rencontré des gens de ma famille à Mohammedia ! Hier midi, nous avons mangé avec mon petit cousin du côté de ma mère ! Emmanuel habite à Mohammedia avec sa femme Stéphanie et ses deux filles (Loéva et Iloa, des copines d’Evaloa !), et travaille à Casablanca. Que le monde est petit ! On a passé un bon moment ensemble. On a ensuite passé une dernière soirée avec Messoud, qui nous a de nouveau fait rencontré deux de ces amis : Bob et Emilie.

Allez, bslama Mohammedia, on part cette après-midi pour El Jadida ; 60 milles à faire, avec 10 nœuds de vent, on pense arriver demain.

photo de famille à Mohammedia !

dernière soirée à Mohammedia, chez Bob et Emilie

PS : Vous pouvez découvrir d'autres photos de Mohammedia dans le premier diaporama de la page photos.

 

Samedi 11 octobre : Projection ou pas projection dans le centre de Mohammedia ?

Le manque de temps ne nous ayant pas permis de faire une projection à Lisbonne comme prévu, nous sommes arrivés au Maroc avec la ferme intention d’en organiser une. Nous en avons discuté tout d’abord avec le gars du port, Ahmed, puis avec notre fidèle ami Messoud, qui était très enthousiaste à l’idée et voulait tout faire pour nous aider.

notre ami Messoud et nous, sur le bateau


                1ere partie : A la recherche d’un film marocain…

Dans ma tête, avant toute chose, il fallait trouver un bon film à projeter. Et pour rester dans le projet, un film marocain, peu visionné ici si possible. J’ai tout d’abord pensé à Ali Zaoua, le prince de la rue, mais en discutant, les marocains me disaient l’avoir déjà tous vus, le film est déjà passé à la télé… Alors me voilà partie à la recherche d’un film pour une éventuelle séance à Mohammedia. J’ai pensé projeter l’Esquive, sur l’histoire de jeunes en banlieue parisienne, un film que j’adore. Je pensais qu’il serait intéressant de le passer ici pour montrer la vie de jeunes en France issus de l’immigration. Seulement, on nous a appris que la censure était toujours bien d’actualité au Maroc, et un film qui sort des gros mots toutes les deux minutes, ce n’est pas évident à projeter…
J’ai de nouveau changé d’avis et mon choix s’est porté sur Tenja, un jeune français d’origine marocaine qui part dans son village natal enterrer son père. Le seul souci, c’est que je n’ai pas de copie du film. Je demande conseil à Messoud, qui est persuadé qu’on va le trouver chez les vendeurs de DVD… piratés ! On ne trouve aucun magasin de DVD neuf au Maroc, il n’existe que des stands de CD et DVD gravés, qui ne coûtent même pas un euro, c’est hallucinant. Je suis moins enthousiaste que Messoud car les seuls films que l’on trouve dans ce genre de boutiques, ce sont les films connus ou les grosses dobes. On fait tous les stands de Mohammedia, rien. On décide alors de partir sur Casablanca, au grand souk où l’on est censé tout trouver. Heureusement que Messoud est là pour gérer l’euphorie, tous les vendeurs autour de nous, à essayer de nous vendre tout et n’importe quoi sauf… Tenja. Impossible de trouver le film, il n’est pas sorti au Maroc. Messoud nous avouera par la suite qu’en donnant 100 euros, le vendeur allait nous le trouver, quel business…
Nous revenons bredouille de notre journée « Tenja » mais Maina et moi en garderont un bon souvenir. Au final, la boucle est bouclée, sans trop de solutions je reviens sur mon choix initial : Ali Zaoua.


                2ème partie : L’administration marocaine

Parallèlement à la recherche de film, j’entreprends les démarches pour demander l’autorisation pour une séance de cinéma. Je pars confiante pour la Préfecture et rencontre tout d’abord un monsieur très sympathique, un fonctionnaire du service culturel. Le projet l’emballe, on prend un thé et il m’explique les démarches à suivre : il va me prendre un rendez-vous avec Monsieur le Gouverneur de la préfecture de Mohammedia pour le lendemain matin, il me faut absolument son accord pour faire la séance. Je repars du service plein d’enthousiasme, l’homme m’a dit de rester moi-même, et tout ira bien ! Je vais au magasin de Messoud raconter mes péripéties, il m’invite chez lui rencontrer sa mère d’origine berbère. Tout le monde habite dans la même maison, chacun a un étage différent, je rencontre également son frère, sa femme et leur petite. La femme m’offre des boucles d’oreilles en guise de bienvenue, on prend des photos… Ils font preuve d’une générosité qui m’impressionne et me remplie de bonheur. Je rentre au bateau avec pleins de choses à raconter aux amis, quelle superbe journée !
La suivante sera un peu moins agréable, les choses se compliquant un peu… Je retourne à la préfecture où le gouverneur ne m’attend pas comme prévu. L’homme de la veille n’est pas là, et je vais de bureau en bureau expliquer le projet. Finalement, j’arrive au bureau du directeur du cabinet de Monsieur le Gouverneur qui me demande de rédiger une demande écrite avec la copie du film. C’est ce jour là que j’irais avec Messoud et Maina à la recherche de Tenja. Je dépose finalement la lettre le lendemain matin (on est déjà jeudi, c’est sûrement dur à suivre là, vous n’avez pas perdu le fil de l’histoire j’espère ?) avec une copie d’Ali Zaoua. J’aurais la réponse vendredi, la veille de la projection, on est toujours un peu à l’arrache au niveau timing !
A la préfecture, ils m’ont dit qu’ils appelleraient le port pour donner leur réponse, j’en parle à Ahmed, le maître de port, qui me décourage un peu : « c’est comme la semaine des 4 jeudis, je serais toi, j’irais moi-même là-bas… »
On est donc vendredi après-midi, et avant de me rendre à la préfecture, je vais voir la police à l’entrée du port pour demander des nouvelles. La personne appelle à la préfecture et me dit qu’ils sont au courant, que je dois m’y rendre, et qu’il n’y aura pas de problèmes pour la projection. Je suis hyper contente, je vais chercher Yann pour qu’on aille ensemble faire les dernières démarches. De nouveau, à la préfecture, on passe de bureaux en bureaux et de personne en personne puis le premier adjoint du gouverneur nous demande d’attendre devant un bureau. Il nous fait entrer au bout de quelques minutes et là, grosse surprise : quatre hommes autour d’une grande table nous attendent et nous demandent de nous assoir en face d’eux. Je me croirais à un examen ! Ils ne nous mettent pas du tout à l’aise, nous demande de nous présenter et puis, c’est parti pour le ramassis de conneries : « On ne comprend pas votre projet, pourquoi vouloir projeter un film marocain…, avez-vous un contrat écrit du producteur, votre demande arrive bien tard… ». Il y a même pire : « Au Sénégal encore, peut-être cela aura-t-il un sens, mais au Maroc. Avez-vous été à Casablanca ? On a un immense multiplexe avec plus de 800 places… » Ah oui, c’est pour cela qu’il n’y a aucun intérêt à faire une séance gratuite à Mohammedia, à 30 km de Casa ?? Je suis trop dégoutée, j’ai envie de quitter la pièce sans leur dire au revoir. Heureusement que Yann est là pour tempérer les choses, car sinon, comme il me le dit en sortant : « je t’aurais retrouvé en prison car tu les aurais insulté ! ». La discussion se finit de façon classique : « Si vous revenez à Mohammedia, on pourra faire quelque chose mais là, c’est trop précipité. »
Je prends ma claque, deux jours que je suis à fond pour organiser la séance et au final on se fait envoyer bouler. J’ai un peu la haine au niveau du fond, vive les politiques, quel bande d’hypocrites ! C’est à cause de ces gens-là qu’on ne peut rien faire, malgré notre bonne volonté. On fait ce projet pour donner aux gens et on se le voit reprocher, c’est un peu le monde à l’envers.
Bon, il faut relativiser, cela nous fait une bonne expérience et maintenant on connaît mieux les démarches à suivre au Maroc, il faut que l’on passe par une association locale, qu’elle entreprenne elle-même la demande d’autorisation…

Autour d'un tajine de poissons, un délice !


Pour nous remettre de cette mauvaise nouvelle, on part avec Messoud à la plage, à Sablette, chez des amis à lui. Ce sont des marocains qui ont montés une association de surf, des gens super intéressants, encore une magnifique rencontre. C’est fou comme l’on aura réussi à s’intégrer rapidement ici, rien que pour cela on ne peut pas regretter d’être restés une semaine. Au départ c’était pour la projection et au final, on n’a pas fait de séance mais on aura vécu des moments magiques. On se fait vraiment une autre image du Maroc. Ça fait trop plaisir de rencontrer des marocains qui se plaisent chez eux et qui pour rien au monde n’iraient vivre en France. Ils veulent rester dans leur pays pour construire des choses, avec leur propre moyen, sans rien demander à personne.
J’arrête ici mon roman, je pourrais encore écrire tant de choses sur notre vie en ce moment, mais plutôt que de rester devant mon ordi, il faut que je vive justement.
Alors à bientôt pour la suite,
Et au passage, je peux vous dire qu’aujourd’hui il fait que de pleuvoir ! Alors l’histoire veut que si on avait eu l’autorisation pour la séance, nous aurions été encore plus déçus car nous n’aurions pu la faire à cause du temps !!

 

Jeudi 09 octobre : La découverte d’un autre continent

Salam alecum !
Nous sommes arrivés au Maroc depuis 5 jours déjà, désolé pour le retard.
Pour ce message, on va faire des sous-parties, car on a un peu traîné le journal de bord ces jours-ci, et on a pleins de choses  à vous raconter, écrits par différentes plumes… Alors voici un petit retour en arrière de nos péripéties…
Bonne lecture !

Traversée Sagres (Portugal) – Mohammedia (Maroc) en 48h ! du 02 au 04 octobre

Notre séjour au Portugal se sera fait en un éclair, dix jours top chrono ! Qu’allons-nous nous souvenir de ce pays si rapidement visité ? Un passage éclair à Porto, aux îles Berlengas, à Lisbonne, quelques jours à Cascais, et notre départ pour le Maroc de Sagres, petit mouillage devant un port de pêche sans grand intérêt. On est arrivé dans l’après midi le mercredi 01 octobre, le temps d’une petite sieste, une petite balade, un coup au bar et on en restera là. Nous partons le lendemain matin, pour changer de continent ! La journée se passe à merveille, nous avons du bon vent portant, on avance à une moyenne de 6,5 nœuds, sans sentir que nous allons aussi vite. La houle se lève un peu en fin d’après-midi, qui annonce une nuit un peu moins agréable, laissons Benjamin nous raconter le récit de cette traversée…

Le départ

L'arrivée : notre premier levée de soleil au Maroc

Nuit quelque peu difficile...
Nous avons mal dormi, voire très mal pour le reste de l’équipage.
Le vent pourtant était bon. Au portant (venant de l’arrière), régulier, de force moyenne, environ 20 nœuds.
Mais la mer… pourtant pas très grosse, était complètement cassée, désorienté, illogique. Nous sommes au large du détroit de Gibraltar où plusieurs courants se croisent. D’une houle moyenne venait se mélanger des vagues de travers, petites, mais assez puissantes pour faire rouler notre habitation flottante de gauche, à droite, à gauche, à droite… d’un gauche maladroit.
Avec le vent arrière, ces roulis provoquaient sans prévenir de violents empannages (virement de bord en vent arrière).  La grande voile ouverte en grand à bâbord, sous le poids de la bôme et de l’inclinaison du bateau à tribord, change brusquement de côté. Et le vent amplifie ce changement qui s’effectue à une vitesse considérable dans un fracas à faire craquer les os. Cette bôme, armée de son fouet d’écoutes (cordages),  a claqué une bonne trentaine de fois toute la nuit essayant de nous atteindre à chaque passage intérieur / extérieur. Faute d’attention, elle a réussi à atteindre Pauline à la jambe qui s’en sort avec un bel hématome. Plus de peur que de mal, même si ça avait l’air bien douloureux sur le coup,  et par la suite un peu gênant pour dormir.
C’était donc une nuit quelque peu rock n’ roll. A vrai dire, la meilleure place était à la barre, dehors. A l’intérieur, la coque amplifie les moult bruits du bateau agité ; écoutes et voiles qui claquent, poulies qui cognent, bruit de tonnerre du "surf" sur les vagues, vaisselle qui se balade dans l’évier… A l’extérieur, c’est différent, la barre capricieuse nous tient éveillé, sous un ciel étoilé comme on en voit peu, car nous sommes maintenant loin des côtes éclairées de la civilisation.
Les vagues ont fini par réduire dans  le lendemain après midi, libérant la houle de l’atlantique, plus régulière, plus légère. La nuit suivante fut confortable.
Nuit d’autant plus confortable que c’est la première où chacun tient son quart seul, laissant ainsi les autres dormir pendant 8 heures en une ou deux fois. Dormir… position horizontale.
Claquement de voile, écoutes qui s’agitent. Ça sent la pétole ! plus de vent.
Il est six heures, heure de prendre mon quart, heure de prendre la barre.
Lumières dans le ciel, c’est orion. Lumières à l’horizon, le Maroc. Torse nu, en caleçon, c’est l’Afrique.
Le vent reprend, les lumières se rapprochent, le jour se lève, nous arrivons à Mohammedia, changement de continent.
Accueillis tout d’abord par de nombreuses méduses imitées mollement par des sacs plastiques et autres déchets flottant, nous nous dirigeons au port derrière les pétroliers, à coté de nombreux petits bateaux de pèches multicolores. Les hommes de la capitainerie nous attendent sur l’un des deux pontons. Mots de bienvenue, accueil très chaleureux. Belle introduction de la courtoisie marocaine qui nous attend. Evaloa est amarrée.  Pieds à terre et poignées de mains.

Petites rectifications sur les empannages successifs (difficiles à assumer pour un capitaine) :
Comme vous l’avez lu, m’étant pris l’écoute de la bôme sur la jambe, j’avais une peur bleue d’empanner (faire passer la bôme dans l’autre sens), du coup j’ai passé mon quart à la barre scotché au compas, tout comme Yann, et nous n’avons empanné que deux ou trois fois (chacun) par manque d’inattention. (Qu'est-ce qu'ils sont susceptibles. Remarque du coup je me rends compte que moi aussi. Maina assume de son côté une douzaine et moi le reste.)Mais lorsque Benj et Maina ont pris le relais, le fil du compas s’est coincé dans la porte et la lumière du compas ne marchait plus. Plutôt que de le rallumer, ils ont décidé de barrer en regardant les étoiles pour se diriger, forcément l’empannage était plus vite arrivé ! C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on a quasiment pas dormi la 1ère nuit, à chaque fois qu’on commençait à s’assoupir,  la bôme partait dans l’autre sens provocant un bruit du tonnerre. Mais ne pas dormir une nuit n’est pas gênant lorsqu’on sait qu’il n’en reste qu’une à faire avant d’amarrer. On n’a pas eu le temps d’en avoir marre, de trouver le temps long, que nous étions déjà arrivés ! 
On avait déjà navigué plus longtemps en parcourant beaucoup moins de milles, 210 milles en 48h, c’est un bon score !

 

Arrivée à Mohammedia, le 04 octobre

On nous avait tant maudit l’administration marocaine, l’insécurité par rapport au voilier (vol…) que nous sommes arrivés au Maroc avec pas mal d’appréhensions… qui ont rapidement disparus. Ok, à notre arrivée, nous avons eu le droit, avant de pouvoir sortir du bateau, à la visite successive de la gendarmerie royale, de la douane, et du service de l’immigration. Mais tous ont été très courtois et n’ont pas cherché à nous embêter. Tous disaient à Yann « vous avez un vieux bateau », du coup c’est bien,  ce n’est pas auprès de nous qu’ils vont demander des bakchichs !     
Mohammedia est une ville tranquille (et peu touristique), où l’on ne vient pas nous interpeller à tous les coins de rue. Les gens sont accueillants… Au point que pensant initialement rester 3-4 jours, nous décidons de séjourner au port pendant une semaine pour prendre le temps d’organiser une séance de cinéma dans le centre de Mohammedia samedi soir (affaire à suivre car l’organisation n’est plus aussi simple qu’en Europe, on a changé de continent et on ne peut plus faire ce que l’on veut, projeter n'importe quel film… et oui la censure n'a pas partout disparu)

Le port de Mohammedia, vu du ponton où Evaloa est amarré......................Regardez à gauche de la photo comme nous sommes bien en sécurité au port, entouré de barbelés !

 

La vie à terre... par Maina

Au-delà du quotidien à bord : bricolages pour entretenir ou améliorer le bateau, repas, lessives etc ; et quelques moments de repos, lectures dans le hamac, dessin, écriture… être en bateau c’est aussi comme avoir sa maison sur place. Ici à Mohammedia où nous sommes arrivés il y a 5 jours, c’est comme si on y habitait depuis quelques semaines. Petite balade dans la ville, dans la kasbah (partie ancienne des villes au Maroc entourée de murs), et forcément les rencontres se font rapidement. Et oui, notre passage est ponctué de « bonsoir, ça va bien ? », « Vous êtes français » ; les gens ici maîtrisent étonnamment bien le français et sont contents de discuter avec des étrangers ; pour diverses raisons forcément.
Premier soir, après un repas dans la kasbah, nous prenons Benj’ et moi le chemin du retour en passant par la plage. Petite boutique de boissons, gâteaux et autres. On s’arrête acheter un briquet, on essaye de dire 2 mots en arabe (on a trouvé un petit lexique), l’échange est lancé. « Vous êtes français ? Je parle un peu le français… je peux vous apprendre l’arabe, c’est facile ». C’est Omar et Halima. Ils nous proposent des chaises derrière le stand. Un vieux monsieur au bonnet nous observe souriant : « Meziene ! » (c’est super). Chouette soirée toute simple autour d’un bon thé à la menthe qu’Omar nous prépare, avec 3-4 personnes de passage. « Et la France, ça va ? » (… !!)
Autre rencontre exceptionnelle ici, c’est Messoud, d’origine berbère. On allait se prendre un thé « a té neneh » au café. A côté quelques marocains discutent, l’un d’entre eux nous apostrophe. Je saisis l’occasion au passage pour demander comment se prépare le thé à la menthe, et combien coûte un thé etc. Et vla le bonhomme lancé dans la discussion, enthousiaste. Je l’invite à prendre le thé avec nous… super échange. « Le maroc, c’est une expérience » nous dit-il. Le gars ne va plus nous quitter, nous fait visiter la ville, nous aide à faire nos achats, nous motive pour une projection ici… et on réussit même à l’inviter au bateau : opération difficile car l’entrée de la marina est contrôlée. Messoud a pu rester 2 heures, pas plus, et le gars à la barrière lui a demandé un petit bakchich.
Voilà… Maintenant ne reste plus qu’à rencontrer aussi des marocaines pour avoir un autre regard sur cette société qu’on découvre.

Mohammedia : dans la Kasbach (à gauche), au marché dans la Kasbach (au milieu) et le souk de Mohammedi (à droite)

 

Et pour finir, la parole du capitaine :


Aaaaaallaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhh !!! Akbar
Aaaaaallaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhh !!!Akbar

 

Lundi 29 septembre : Bemvindo no Portugal !

Bon, il faut que je résume une semaine de périple, c’est trop !! En plus, si je n’ai pas eu le temps d’écrire, c’est parce que justement, il s’est passé beaucoup de choses ! Essayons de résumer tout ça comme l’on peut…
Nous ne sommes pas partis dimanche dernier comme prévu de Bayona, faute de vent (on a pu au passage faire un bon repas pour l’anniversaire de Yann sur le voilier voisin « Aria ») mais lundi midi, ce n’est pas pour autant que le vent soufflait davantage, mais au bout d’un moment, il faut bien partir ! On a quitté les équipiers d’Aria dans la baie de Baiona, dommage on commençait à s’habituer à cohabiter. On les recroisera peut-être sur la route, mais au Portugal ou jamais, car eux vont sur Montpellier.

Les « au revoir » d’Aria dans la baie de Bayona        C’est tranquille le voilier sous pétole ! On peut même se faire un petit peu d’exercice (ça s'est tout de même après quelques jours de navigation, le temps que Maina s'amarine un peu !)

70 milles à faire jusqu’à Porto, à 2 nœuds de moyenne, on a mis le temps ! Mais c’était une navigation de ce fait très agréable, sans houle avec un beau soleil (pas en partant mais toute la journée du mardi), une bonne mise en jambe pour nos deux nouveaux moussaillons !
Nous sommes arrivés au port de Leixoes dans la nuit du mardi, à 3h du matin. L’arrivée est assez hallucinante, la côte est remplie de grosse usine, ce n’est pas du tout accueillant. Leixoes est un gros port de commerce tout moche, ça nous change de la Galice ! On se fait un mouillage forain, derrière la marina, au milieu des pétroliers, inédit !!
Du coup, on ne traîne pas, un petit passage à Porto (ça vaut le coup de voir cette ville assez grandiose), et nous repartons le lendemain.

Porto

Le vent souffle un peu en partant mais très vite, on retrouve un vent très calme voire absent... Mais le soleil lui est toujours au rendez-vous. Nous pouvons nous reposer, enfin faire ce qu’on le veut car le bateau ne gîte pas du tout. Avant d’arriver à nouveau dans une grosse ville, on décide de faire une rapide escale aux îles Berlengas, en face de Peniche. On ne regrette pas l’arrêt, on découvre de nouveau une île très chouette, une réserve naturelle de soit disant plusieurs sortes d’oiseaux mais nous ne voyons que des goélands ! 

........................................................................Mouillage devant l'île, on se croirait déjà au Maroc !

On passe l’après-midi du jeudi 25 là-bas, puis on repart le soir en mer, pour avoir toutes les chances d’arriver à Lisbonne de jour le lendemain. Le vent souffle en 1ère partie de nuit, puis ce sera une série de petite brise suivie de notre fameuse pétole ! On arrive à Cascais (un port huppé de la côte lisboète juste avant l’entrée du Tage) à la tombée de la nuit, il est trop tard pour aller jusqu’à Lisbonne en bateau. On se met au mouillage devant le port, on est très heureux d’être arrivés samedi soir, et on se motive pour aller à Lisbonne en train. On se fait une superbe soirée dans le centre, c’est hallucinant d’arriver dans la capitale du Portugal de cette façon, quelques heures avant nous étions en mer et là, on se retrouve dans un bain de foule. Tout le monde est dans les rues, l’ambiance est bien particulière aux pays du sud. On trouve un petit bar avec de la musique brésilienne bien sympa, on rencontre aussi un Sénégalais qui nous amènera à une petite discussion sur la colonisation, petit avant gout de ce qu’il nous attend en Afrique…
On prend le premier tram du dimanche matin, à 5h30, grosse soirée ! Nous qui voulions nous reposer un peu à Lisbonne, c’est raté ! Le lendemain est forcément un peu plus dur, surtout que nous nous réveillons par la houle et le vent d’est qui s’est levé. Le mouillage n’est plus du tout abrité et de ce fait très agité. On se replie au port de Cascais (prononcer « Cachcaich », ou « cache-cache » comme dirait Aria), et on se voit payer 40 euros pour la nuit !! L’heureuse surprise est que l’on retrouve notre voilier ami « Aria ». On se fait un petit resto ensemble dimanche soir pour nous raconter nos deux traversée Bayona-Cascais (eux n’ont pas fait d’escale), mais surtout, pour profiter des derniers moments partagés ensemble. Ils partent le lendemain pour Gibraltar, et nous nous partons pour la pointe sud du Portugal le surlendemain (aujourd’hui donc le 30), notre dernière escale avant le Maroc !
Initialement, nous voulions passer quelques jours à Lisbonne, organiser une projection sur le voilier avec l’aide de Maina, mais le temps passe et il faut avancer… Le vent du nord semble s’établir pour plusieurs jours, alors on va en profiter pour traverser et rejoindre le Maroc. Il y a certes une petite déception à ne pas prendre assez de temps, notamment pour faire s’épanouir notre projet, mais si nous voulons être à Dakar fin novembre, il faut faire des choix. La bonne compensation est que nous avons tous hâtes d’arriver au Maroc, de changer de continent, le voyage en voilier va prendre tout son sens !
Bisous à tous et à bientôt
Pauline

Premières impressions de la vie en voilier :
Bon, pour moi la première nav’ a été assez difficile. Au milieu de mon deuxième quart avec Yann, je pars me préparer une petite soupe à l’intérieur … et, la fatigue, la faim aidant, petites nausées ! Du coup je me couche, mais la deuxième journée de nav’, je la passe allongée, pas très bien… c’est pétole, et cette immobilité, cet état pas très agréable… et ben, je me demande si je ne vais pas rentrer chez moi aussitôt, est-ce que je vais apprécier ce voyage, est-ce que je vais supporter de vivre à 4 dans cet espace si petit, etc… pleins de nouvelles sensations à apprivoiser !
Voilà, une bonne semaine est passée, avec depuis des quarts, des journées de nav’, quelques escales et rencontres, des discussions sous de magnifiques ciels étoilés, un rythme de vie plutôt agréable. Oui, je suis vraiment contente d’avoir été embarquée dans cette aventure, et d’apprendre la vie à bord d’un voilier, avec ses contraintes, mais aussi cette énorme sensation de liberté.
Et puis, le Portugal… j’apprécie de pouvoir servir d’interprète à mes co-équipiers, mais en fait ils s’en rendent compte… ici beaucoup de gens maîtrisent le français !
Maina

 

Dimanche 21 septembre : départ de Bayona

Un tout petit message pour vous dire que Maïna nous a rejoint hier soir, nous l’avons accueilli bien calmement, nous avions besoin de repos après les bonnes soirées festives passées avec les équipiers d’Aria ! Nous fêterons son arrivée avec l’anniversaire de Yann demain soir (sauf si le vent fait des siennes, et qu’ils nous coincent en mer…) Et oui nous sommes enfin décidés à partir ce soir pour le port de Leixoes, à 30 km environ de Porto, nous allons changer de pays !!
Bisous à tous et à bientôt au Portugal.
Les équipiers d’Evaloa au complet !

Jeudi 18 septembre : 1ère projection à l’étranger !

Depuis quelques jours, il n’y a plus de vent. Quel dommage on va devoir rester à Bayona ! Pour se consoler, avec 3 autres potes français rencontrés sur leur voilier « Aria », on s’est motivés à organiser une projection de film sur la plage, un peu à la va vite, la veille pour le lendemain ! Qu’est-ce que c’est chouette l’énergie de groupe ! Sylvain connaît bien l’espagnol, il nous sert d’interprète pour réaliser l’affiche et prévenir les autorités (comme on aime bien faire les choses dans les règles, on a mis les affiches avant de demander l’autorisation, à la mairie ils n’ont pas trop apprécié mais ils ont fini par fermer les yeux !), et Antoine, le capitaine d’Aria, a bien la tchatche pour mettre des affiches et distribuer les flyers. Bon, on a choisi un jeudi soir, pas très judicieux car on n’est plus en vacances, et ce soir là, un petit vent frais a pointé son nez et nous a congelé, comme une soirée en plein air en Bretagne !
Résultat : 16 personnes, dont 5 français (nous quoi). C’est mieux que rien, surtout que le maire de Bayona est passé nous voir, il a séré la main à Yann en le félicitant (tout en le regardant de la tête au pied… surtout ces pieds en fait, « mais qui est ce gitan des mers qui se promène pieds nus ? »), mais on ne savait pas qui il était, c’est un pote espagnol qui nous la dit une fois l’homme parti !
Bref, nous, on s’est fait bien plaisir, on a projeté Vengo de Tony Gatlif, voir ce film sur grand écran, avec un superbe son, c’était génial. Le film a beaucoup plus, tout le monde a été impressionné par la musique du film, le flamenco joué par de vrais gitans, c’est beau !
La cerise sur le gâteau : jeudi soir c’était la veille de mon annif, alors après la séance, on a pu bien fêter ça, et le lendemain aussi. Yann et Benj (arrivé jeudi dernier le jour de la séance !) ont préparé un festin au bateau, et ont été relayés par Antoine et Philippe. Au final, j’ai eu un superbe gâteau avec 25 bougies !

Comme dit Cécile, une amie dans un de ces mails : « mais c’est tous les jours ton anniversaire depuis que tu es partie ». C’est un peu vrai, on passe de très bon moment avec tous les amis rencontrés sur notre chemin, je garderai un très beau souvenir de mes 25 ans à Bayona en Galice. Pauline

Olà Todos !
Ça y est, j’ai rejoint l’équipe. Ça n’a pas été difficile. J’ai pas eu à chercher, on s’est trouvé tout de suite, tout simplement, comme si j’étais déjà là. Et j’apprends que nous allons faire une projection le soir même, c’est fou. Qu’il est bon de se sentir au bon endroit, au bon moment…
Du coup, c’est une belle mise en jambe de la mise en place et du transport du matériel. Je prends vite gout à la conduite de l’annexe, moi qui aime tant les radeaux.
Ce cinéma d’extérieur est une merveille. L’écran est vraiment de bonne taille, et le matériel de qualité. Il y a un gros potentiel.

Hier de nouveaux voisins bretons sont arrivés au mouillage, Fred et Julie. C’est impressionnant comme les contacts humains se font naturellement et rapidement sur un bateau. Il y a tout de même une certaine tendance à rencontrer des personnes de même nationalité.

Nous attendons l’arrivée imminente de Maïna, dernière équipière, et du vent qui semblerait vouloir pointer le bout de son nez. Cela nous laisse le temps d’effectuer un grand rangement et nettoyage du bateau, ainsi qu’une petite soudure sur la coque alu du voilier voisin, "l’Aria". Du coup, "l’Evaloa" prend des allures de bateau atelier. C’est chouette.
BenjAmains

L’équipage d’Evaloa et d’Aria s’est tellement bien entendu qu’ils ont changé leur projet : ils embarquent sur la « Pinta » à la recherche d’un nouveau continent !

 

 

Mardi 16 septembre : passage aux îles Cies avant d’arriver à Bayona

Pour rattraper le coup de San Vicente (j’ai retrouvé le nom du magnifique port où nous sommes restés une demi-journée), nous décidons de faire escale aux îles Cies, magnifique réserve naturelle, en face de la baie de Vigo, non loin de Bayona. De l’extérieur, ça semble plutôt désertique, mais en fait, l’endroit y est très fréquenté (sur la grande île au sud, on trouve camping, bar, restaurant, et le chemin est balisé)… surtout le week-end ! (et oui en vacances, on oublie quel jour on est et parfois, on nous rappelle à l’ordre). Les zones de mouillage sont bondés, on choisit la moins « peuplée », mais du coup un peu moins abritée :

Le mouillage devant les îles Cies, Evaloa à droite...............................................................................En haut de la grande île, Evaloa en arrière plan à droite

De nouveau, nous pouvons nous offrir de belles balades sous le soleil. Le dimanche soir, lorsque tous les bateaux au mouillage le plus confortable retournent chez eux (éh éh, il faut bien travailler pour se payer de si gros yachts !), nous changeons de place pour y aller et nous nous retrouvons tout seul, c’est génial :

Le mouillage le dimanche (c’est un peu loin mais vous pouvez voir une vingtaine de bateau) et le mouillage le lundi au même endroit : Evaloa seul au monde !

Le lundi matin, nous débarquons sur la plage en face du bateau, sur une île plus petite où on ne trouve qu’une maison, habitée sûrement que le week-end puisque les gens sont partis le matin même avec leur vedette. On est donc seul sur l’île !

On est reparti hier après-midi pour Bayona, on avait que 7 milles à faire, tranquille, juste le temps de faire bronzette sur le bateau !
Bayona, port historique où Christophe Colomb a annoncé sa découverte des Amériques, tout près du Portugal (30 km par la terre), notre dernière escale en Espagne !

Bayona

Samedi 13 septembre : départ raté, journée loupée !!

Parfois, on se dit que certains jours, il ne faudrait mieux pas se lever, pour nous hier c’était tout à fait ça ! On avait pris une bonne résolution, partir tôt de Muros pour aller à Pontevedra. On réussit à décoller à 9h30, ce n’est pas souvent ! La météo annonçait du vent de nord-ouest (enfin !) 3-4 beaufort mais c’est la totale pétole ! Le moteur a toujours une fuite d’huile hydraulique, il ne faut pas trop l’utiliser alors on fait du surplace devant la baie de Muros. C’est raté pour partir,  nous nous remettons au mouillage vers midi, devant une plage pas loin de Muros.
Mais nous n’aurions pas du abandonner si vite, le vent se met à souffler vers 14h. C’est plutôt que nous n’aurions pas dû partir si tôt : l’avenir appartient à ceux qui se lève tôt, tu parles ! Il faut juste partir à point !
Nous décidons donc de reprendre la route mais nous nous arrêterons plus près, car nous ne voulons pas naviguer cette nuit. Le vent est bon, on avance à une moyenne de 7 nœuds, ça faisait longtemps ! La houle est assez forte mais on ne va pas se plaindre. On arrive à la destination prévue en début de soirée mais le mouillage n’est pas abrité, on doit du coup aller au ponton. Quelle bonne surprise : 30 euros la nuit (sans même avoir internet)! C’est un port moche et tout petit, autour d’une station balnéaire, on est très bien tombés ! On se dit qu’au moins, on va recharger nos batteries d’appareils photos… mais quand on essaie de se brancher, on se rend compte que j’ai oublié l’adaptateur au ponton de Camarinas !! Obligé d’en racheter un, 20 euros de plus, nous avons gagné notre journée !!
On s’en va au plus vite de ce magnifique endroit qu’on oubliera vite (je n’ai d’ailleurs même pas retenu son nom) pour aller à Pontevedra ou Bayona direct on ne sait pas encore…
Au passage, Muros était une très belle découverte, enfin une ville qui a gardée ses belles bâtisses sans les remplacer par des constructions modernes, se balader dans la vieille ville fut un vrai plaisir.

 

Mercredi 10 septembre : le calme après la tempête : le Cap Finistere est passé, les doigts dans le nez !


           Le passage du Cap Finistere les doigts dans le nez !


Camarinas - Cap Finistere est sûrement la plus belle navigation que l’on est faite depuis que nous sommes arrivés en Espagne, du point de vue du paysage j’entends. La côte galicienne est magnifique, le soleil était au rendez-vous ainsi que les dauphins (mais eux y sont toujours là, si ça continue, on va en pêcher un alors si vous avez des recettes de dauphins à la crème, n’hésitez pas !) et comme il n’y avait pas trop de houle, nous avons pu longer la côte pour bien apprécier le paysage. Le vent ne soufflait pas fort, et toujours du sud mais au moins, nous avons pu passer le Cap Finistere sans difficulté et ce n’est pas rien ! Le Cap Finistere est le cap le plus à l’ouest de la côte espagnole et portugaise (oups non c'est un erreur, il y a d'autres caps plus éloignés, merci Ludo pour cette petite rectification !), à cet endroit se trouve des hauts fonds qui apportent souvent de la houle, la côte qui la longe s’appelle « la costa de la morte » (« la côte de la mort »), rien que ça !
Derrière le cap s’abritent plusieurs rias, que, pour nos vacances en amoureux, nous aimerions bien toutes visiter ! On a commencé par Corrubion où nous sommes arrivés lundi soir (étant partis de Camarinas le matin), mais on a été un peu déçus, trop industriel. De plus, le lendemain, un vent du sud s’est levé, notre mouillage n’était plus confortable, et on a décidé de partir dans l’après-midi rejoindre un autre mouillage pas loin et plus abrité, au port Fisterra. Navigation un peu chiante, on a le vent dans le nez, donc faut tirer des bords et naviguer en crabe, la barbe ! Mais on ne regrette pas notre choix, le village paraît fort sympathique. On est le seul voilier au mouillage parmi les bateaux de pêche, et une fête locale nous accueille, pas mal ! En fait, c’est un festival sur 3 jours, très… populaire ! A coup de pétard volant (depuis que nous sommes arrivés, tous les jours des pétards sont lancés, apparemment c’est leur coutume, pour fêter n’importe quel évènement) et de groupe genre la star ac, mais à l’espagnole : sur scène que des jeunes avec leur superbe chorégraphie, et le public, que des vieux qui dansent une sorte de valse, à voir !

port de Fisterra
On est restés au port Fisterra deux soirs, avec entre les deux une belle promenade dans Santa Maria das Areas (où l’on a fini sur une plage de surfeurs babos, espèce d’after des allumés du chemin de St Jacques de Compostelle ; mais notre espagnol ridicule ne nous a pas permis d’aller les rencontrer, dommage une bonne fiesta de loupée. Du coup sage décision : 1 h d’espagnol tous les jours mais comme pour l’accordéon ou pour arrêter de fumer, ça ne reste qu’une résolution). C’est vrai que c’est dur de communiquer avec les locaux, on se rend compte que personne ne parle anglais (en même temps c’est pareil en France…)
On a quitté le port Fisterra ce matin, toujours le seul voilier, pour aller à Muros, à 20 milles, ce n’est pas loin. On a quand même mis 7h car le vent soufflait peu, toujours du sud, mais on commence à être habitués à faire du près ! Au mouillage, on retrouve des bateaux croisés à Camarinas : les hollandais et un couple français de retraités qu’on avait aussi vu à Corrubion, tout le monde se suit !
On va sûrement rester demain puis repartir pour une autre ria, à Pontevedra, puis à Vigo et après, on va peut-être faire un peu plus de route pour quitter la Galice et rejoindre le Portugal.
Bisous de Yann et Pauline

 

Mercredi 3 septembre :  Bienvenida en Camarinas !

Presque 48h de navigation pour faire 30 milles (environ 50 km) record battu ! Après le gros temps est apparu le petit, comme on dit, y’avait « pétole », c'est-à-dire plus de vent. Nous sommes partis samedi 30 août dans l’après-midi de Ria De Ceidera, et nous sommes arrivés lundi 1er septembre à 14h aux îles Sisarga, en finissant au moteur en plus ! On a passé deux nuits à stagner en mer, on avait même affalé les voiles, et la journée, on avançait tranquillement à 1 ou 2 nœuds. C’est simple, on était en mer comme au mouillage, sauf qu’on ne voyait pas la côte ! Ça nous a changé de la navigation précédente, c’était un peu trop calme c’est sûr, mais au moins, on pouvait faire ce qu’on voulait : accordéon pour Yann, moi j’ai enfin fini « vagabond des mers du sud » de Bernard Moitessier, entamé depuis longtemps, et Delphine « sept fois le tour du soleil », de Nicole Van De Kerchove, que Kim, sa fille, nous a gentiment offert avant de partir.
Arrivés au mouillage aux îles Sisarga, on était bien contents de pouvoir dégourdir nos petites gambettes, et nous avons fait une magnifique promenade sur l’île, voir la mer de haut et non de l’intérieur, ça change :

Nous avons quitté l’île le lendemain matin, nous avons fait une journée de navigation pour nous rendre à Camarinas. Le vent était de nouveau sud-ouest (nous attendons toujours le vent du nord, qui devrait faire son apparition d’ici peu on l’espère, puisque notre prochaine étape est le Cap Finistere), Evaloa naviguait donc au près et n’a pas trop aimé cette allure car son équipage a découvert à nouveau l’une de ses failles : l’étanchéité. Un côté du bateau étant à chaque fois dans l’eau, notre cabine avant s’est retrouvée toute trempée. On ne va pas tout faire sécher maintenant car depuis que nous  sommes arrivés à Camarinas hier soir, il pleut ! Demain la météo annonce un avis de tempête, donc on va rester sagement au port. C’est le premier port espagnol où nous nous arrêtons, depuis que nous sommes partis, nous n’avons fait que des mouillages. On peut en profiter pour retrouver certains plaisirs oubliés (depuis longtemps pour certains…) : la douche !
En attendant le beau temps, le trio d’Evaloa vous embrasse bien fort !
PS Yann : mon bateau navigue très bien au près et tous les bateaux prennent un peu d’eau par l’avant c’est bien connu, non !

Vendredi 29 août 2008 : navigation sportive pour trouver un mouillage magnifique

à la plage à Ria De Ceidera

...................................................................................................................................................................."Evaloa" (à droite), et "Goelane" (à gauche), au mouillage à Ria De Ceidera

Cela fait seulement 4 jours que je vous ai écris, et il y a déjà trop de choses à raconter, on ne chôme pas lorsqu’on voyage en bateau ! Je vais essayer de résumer tout ça.
On est donc arrivés lundi après-midi à Espasante, et on est repartis mercredi midi, 2 jours seulement, trop peu… C’était un endroit sympathique où l’on a rencontré un autre voilier breton, « Goelane ». A bord, un couple (Katel et Julien) et deux enfants (Youna et Maël). Ils ont un projet de partenariat entre leur école Diwan et une école au Sine Saloun au Sénégal. Ils ont pris contact avec Voiles sans frontières et doivent être au Sénégal en octobre, déjà que pour nous décembre ça paraît tôt…
Mercredi au réveil, pas mal de houle rentrait au mouillage, le vent soufflait beaucoup mais bon, motivés par Delphine, on s’est dit qu’on allait quand même voir comment ça se passait en mer, et qu’au pire, on pouvait aller s’abriter dans un autre mouillage pas loin, à 30 milles d’ici (50 km environ) et bien... c’est ce qu’on a fait !!
Au départ on était contents, le vent soufflait bien, on pouvait avancer. On avait mis 1 ris (pour réduire la voile) que l’on a enlevé avant de sortir de la baie, confiants ! Mais le vent a forci, la houle aussi, et on a eu des rafales à 7 beaufort (entre 50 et 60 km/h, ça commence à faire beaucoup !). J’ai vu "Evaloa" gité comme jamais, j’ai eu peur lorsqu’une vague est rentrée sur tout un côté du bateau. On s’est mis à réduire les voiles, puis Delphine nous a suggéré d’enlever toute la voilure, cela s’appelle se mettre « à sac de toile », le fardage du voilier allait nou