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Le 1 er août 2008 : Ça y'est, le départ, ENFIN !!!

Le 06 août 2008 : On a changé de département, c'est un début !

Le 10 août : première étape terminée, on est à Douarnenez

Le 13 août : petite anecdote : comment se servir d'un extincteur ?

Le 14 août : Soirée de projection réussie à la plage au port du Rosmeur mercredi soir

Le 18 août : Quelle journée !

Le 19 août : Le départ arrive !

Le 25 août : La traversée du golfe de Gascogne, c'est fait !

Le 29 août : navigation sportive pour un mouillage magnifique

Le 3 septembre : Bienvenida en Camarinas !

Le 6 septembre : toujours à Camarinas !

Le 10 septembre : le calme après la tempête : le Cap Finistere est passé, les doigts dans le nez !

Le 13 septembre : départ raté, journée loupée !!

Le 18 septembre : 1 ère projection à l'étranger !

Le 29 septembre : Bemvindo no Portugal !

Le 09 octobre : La découverte d'un autre continent

Le 11 octobre : Projection ou pas projection dans le centre de Mohammedia ?

Le 19 octobre : El Jadida – Essaouira

Le 25 octobre : Grand pas pour l'association « Aux cinéphiles de l'eau »

Le 28 octobre : Echange culturel à Essaouira 

Le 01 novembre : toujours à Essaouira…

Le 08 novembre : Aux Iles Canaries

Le 14 novembre : Graciosa, on s'en souviendra !

Le 21 novembre : le côté noir des Canaries, conséquence du tourisme à outrance…

Le 01 décembre : hésitations, réflexions, hésitations… au final, changement de programme : fini les Canaries, on part pour le Sénégal !!

Le 14 décembre : Las Palmas - Dakar en 6 jours et demi

Le 16 décembre : arrivée à Dakar et préparation du festival

Le 26 décembre : notre premier festival de film africain et notre premier noël à Dakar !

 

Le 8 janvier 2009 : départ pour la Casamance, ENFIN !!

Le 22 janvier : la découverte de la Casamance - l'effervescence du projet Aux cinéphiles de l'eau

13 février : posés en Casamance…

Le 18 mars : Le voyage en séparé

Le 26 avril : La vie en Casamance

Le 13 mai : dernières projections à Niomoune

Le 30 mai : déjà le départ

Le 25 juin : retour sur la première exposition-photo « Aux cinéphiles de l'eau »

Le 22 septembre : Les vacances en France et l'exposition-photos à Pontrieux

Le 14 novembre : Des nouvelles fraîches, enfin !!

 

Le 07 décembre : sur la route... en France !

Nous sommes bien partis de Bretagne quelques jours après notre dernier message, pourtant nous sommes toujours en France ! Nous avons fait plusieurs arrêts : Mayenne, Nantes (retrouver Stéphane pour quelques réparations de la voiture), Bordeaux chez la sœur de Yann, en Ariège chez mon frère, et maintenant en Méditerranée sur notre nouveau bateau. Nous avons passé une semaine à bord de « Dominao » (le bateau s’appelait Transfer, ça ne nous convenait pas trop), pour réaliser un peu qu’il sera bientôt notre nouveau logis, on en a même profité pour faire un peu de peinture à l'intérieur. .

Nous avons également rencontré des gens intéressés par le spectacle-bateau. Nous avons tout d'abord reçu Margot et Pascal à bord de Dominao (nos premiers invités !), un couple de Marseille qu'on a rencontré par le biais d'internet. Ils sont venus nous voir pour parler de leur projet : Margot a monté la compagnie "Chamboul'tout", elle fait du cirque de "rue et de mer" et aimerait monter un numéro de trapèze sur un bateau l'été prochain (vous pouvez visiter son site www.ciechamboultout.com).
Nous sommes également allés à Sète rencontrer La Muse d'Ô (www.lamusedo.com), ça faisait longtemps qu'on voulait voir ce gros chantier : une goélette de 25m transformée en bateau-scène pour accueillir des spectacles sur le pont. Bref, nous n'avons pas mis de temps à rencontrer des gens motivés, ça donne des idées pour la suite...

On rejoint Stéphane du côté de Tanger au Maroc en fin de semaine, lui part de Nantes mercredi et prendra le ferry au sud ouest de l’Espagne. Nous prendrons le ferry normalement mercredi à Barcelone, nous arriverons donc si tout va bien jeudi prochain au Maroc, on avance petit à petit ! On espère être arrivés en Casamance pour Noël mais rien n’est sûr, on va devoir passer quelques jours à Rabat pour obtenir nos visas pour la Mauritanie puis quelques jours à Tiznit pour faire des travaux de carrosserie sur notre voiture.
On essaiera d'envoyer un petit mot du Maroc, si on capte la wifi.

On vous laisse découvrir notre nouveau bateau,
A bientôt
Pauline et Yann

Dominao au mouillage à Grau du Roi, il va hiverner là jusqu’à notre retour l’hiver prochain – Le carré avec à l’arrière, un magnifique lit breton

 

 

Le samedi 14 novembre 2009 : des nouvelles fraîches, enfin !!

 

Quel retour ! Lorsque l’on décide de revenir en France, on sait quand on arrive, mais l’on ne sait pas quand on repart : « On reste pour l’été, on repart fin septembre, heu, plutôt mi-octobre... Allez, on part demain ! Oui, OK,… plutôt après-demain ? C’est comme cela que deux mois plus tard, ils étaient toujours là…

On traîne pour retourner au Sénégal, on profite de la Bretagne, plus précisément du Trégor, des potes, de la famille… On a traîné, traîné… et du coup on a un peu changé de projet ! Figurez-vous que Yann et moi avons racheté un bateau ! Un ketch en acier de 12m50, une superbe occaz, un bateau tout équipé, près à naviguer, il est actuellement du côté de Montpellier. Alors voilà, on a trouvé le financement en attendant de vendre Evaloa, on s’est laissés pousser des ailes, s’imaginer dans un plus grand bateau, plus confort, et c’est parti pour une nouvelle aventure !!
Résultat : on redescend comme prévu en voiture - avec Stéphane, un gars de Nantes qui va revendre les voitures une fois arrivées au Sénégal  - pour retrouver Evaloa au bolon de Niomoune en Casamance. Nous resterons quelques mois en Casamance, pour faire les petits travaux d’entretien du bateau, réparer notre moteur hydraulique, mais aussi continuer le projet « Aux cinéphiles de l’eau » en organisant de nouvelles séances de films africains dans les villages. Puis nous prendrons la direction du Cap Vert, quand précisément ? Inch’ Allah... On projette de revenir en Méditerranée avec Evaloa l’été prochain, en passant donc par le Cap Vert, les îles Canaries et Madère, on retrouvera notre nouveau bateau et on vendra Evaloa en France (si ce n’est pas déjà fait, on met des annonces dès maintenant, d’ailleurs, ça vous intéresse pas vous, un joli petit bateau tout équipé qui vous attend pour voyager ??).
Nous changeons donc un peu nos plans car à la base, nous devions continuer avec Evaloa vers le Brésil. Mais un retour vers chez nous nous a permis de prendre du recul, d’analyser notre voyage et de réfléchir sur nos envies. Nous avons partagé notre expérience (notamment avec l’exposition-photos à Pontrieux, la soirée cinéma africain à l’écluse de Grenoux en Mayenne avec l’association Atmosphères 53 – voir notre dossier de presse), échanger avec les amis, la famille et tout ceux qui nous ont suivis sur le site. On est très fiers et très heureux d’avoir mené à bien notre projet en Casamance, la réussite de notre voyage est passée par celle de notre projet. On a apprécié ne pas arriver en simple touriste, on a débarqué avec quelque chose à échanger, un échange humain et non financier. Tout ça nous a fait comprendre que si l’on voulait continuer le voyage, ce serait de cette façon là, avec un projet, quelque chose à porter.
Ainsi revenir au Sénégal pour repartir direct au Brésil nous semblait un peu précipité, on ne connaît pas cet autre continent, où aller ? Pourquoi ? On préfère faire un nouveau break l’été prochain, renflouer la caisse de bord et repartir sur un nouveau projet. Nouveau projet ne veut pas dire sans le bateau-cinéma mais une autre destination donc d’autres recherches, d’autres idées... Yann est toujours motivé pour monter un spectacle sur bateau à plusieurs, un passage en Méditerranée permettra nous l’espérons de faire des rencontres dans ce sens.

Si cela ne change pas entre temps (ce qui est fort possible nous connaissant), nous partons d’ici quelques jours pour le Sénégal (avec un petit détour par Montpellier pour régler les dernières démarches pour l’achat du bateau) pour revenir l’été prochain. Nous avons bien entamé le montage de notre futur documentaire sur notre projet. On espère le finir cet hiver pour pouvoir le diffuser aussi largement que possible à notre retour (avis aux amateurs, associations, bars, lieux culturels, salle de cinéma, toutes personnes intéressées pour diffuser notre petit film l’année prochaine…).

Nous avons bien l’intention de relancer notre journal de bord, pour vous tenir au courant de notre retour en Casamance, et de la suite de notre projet…
Alors à bientôt au prochain message, sur la route cette fois !!

Bises de Pauline et Yann

 

 

Le 22 septembre : les vacances en France et l'exposition-photos à Pontrieux

Bonjour à tous,

Nous nous permettons de mettre ce titre car au niveau de la mise à jour de notre site, nous sommes en ce moment en vacances... Mais c'est pourtant parce qu'on trouve milles autres occupations Yann et moi pendant notre séjour en France.

J'espère qu'on va arranger ça très vite mais pour l'instant, nous vous laissons avec une simple info : l'exposition-photos "Aux cinéphiles de l'eau" sera installée à l'office de tourisme de Pontrieux à partir du 23 septembre jusqu'au 10 octobre (à la maison de la Tour Eiffel dans le centre ville). Nous serons présents le vendredi 02 octobre de 18h à 20h pour commenter les photos et échanger avec ceux qui le souhaitent sur notre voyage.

A bientôt

Pauline et Yann

PS : pour plus d'infos, vous pouvez nous contacter par mail ou par téléphone au 06 79 95 92 49

 

Le jeudi 25 juin : première exposition "Aux cinéphiles de l'eau" à Saint Brieuc

 

Bonjour à tous,

Me voilà rentrée en France depuis le début du mois, pendant que Yann remonte par la mer, à bord du voilier Kaneka. En attendant son arrivée pour organiser dans le Trégor des soirées/expo-photos autour de notre voyage (aux alentours de Pontrieux, là où nous avons monté notre projet bateau-cinéma), j’ai lancé notre exposition-photos lors du festival mondial de la terre à Saint Brieuc samedi dernier. Le Résia (Réseau de Solidarité Internationale des Côtes d’Armor), partenaire de la manifestation, nous avait proposé de participer à cette journée avec notre expo-photos, cette structure ayant appuyé notre dossier Défi jeunes lors de sa préparation, nous ne pouvions refuser cette proposition ! Je n’ai donc pas eu beaucoup de temps pour préparer l’exposition (car j’ai tout de même profité de mon retour en France pour revoir famille et amis !), heureusement je l’avais déjà bien commencé lors de notre dernier long séjour à Ziguinchor avant de partir.
La journée était sympa, nous n’avons pas vu beaucoup de monde (c’est seulement la deuxième édition à Saint Brieuc du festival mondial de la terre et le parc des promenades n’est pas un lieu très fréquenté par les briochins, hormis les punks avec leurs chiens…) mais j’ai eu de très bons échos du projet et des photos, ça fait plaisir.


EXTRAITS PHOTOGRAPHIQUES  DE L’EXPO:

Aurais-tu imaginé Yann que tu serais toi-même le visiteur de notre site, comique non ?

 

Prochaine exposition : dimanche 28 juin, à Pléneuf Val André, à l’occasion du marché africain organisé par l’association Niantjila, de 10h à 18h, à la salle Guémadeuc.

Et pour ceux qui comme nous, vouliez acheter le Loisirs nautiques du mois de juillet pour lire notre article, et bien vous serez déçus car le magasine nous a enlevé au dernier moment, notre article ne sera publié qu’au mois d’août, désolé.

Avis aux mayennais : l’exposition « Aux cinéphiles de l’eau » sera ensuite installée à l’Agitato à Mayenne pour tout le mois de juillet ; un temps fort avec rencontre… sera organisé, la date n’est pas encore fixée, je vous tiens au courant.

A bientôt,
Pauline, et Yann à distance

 

Le samedi 30 mai : déjà le départ

 

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Notre dernier bounouk à Niomoune : après un long séjour à Ziguinchor, nous étions heureux de retourner à la source !

Décidemment ici on ne voit pas le temps passé, notre séjour en Casamance touche à sa fin !!
Je passe mon dernier jour à Ziguinchor et demain, cap sur Dakar puis sur la France, j’arrive à Nantes mardi midi !! Yann partira lui sur le voilier Kaneka avec Stéphane dans une semaine environ (on l’espère !) direction Cap Vert, puis les Açores, et enfin la Bretagne ! Arrivée prévue… fin juillet peut-être, Inch Allah !!

Notre dernier mois a ressemblé à une période de transition, on avait déjà un pied sur le chemin du retour… entre prévoir un compte rendu du projet, avec expositions photos,… préparer Evaloa à passer l’hivernage seul à Niomoune (heureusement nos amis Alfred et Adrien prendront bien soin de notre maison jusqu’à notre retour), et pour les gars, préparer Kaneka et leur traversée d’un mois et demi, il y avait de quoi faire. Nous avons rajouté par là-dessus l’organisation de l’arrivée de la régate Dakar-Ziguinchor !! Notre bateau-cinéma, habitué à s’ancrer dans les villages pour projeter des films africains, s’est vu le temps d’une soirée (heureusement pas plus) transformé en son et lumière au restaurant très huppé du Kadiandoumagne, pour accueillir la régate organisée par le Cercle de Voile de Dakar et la mairie de Ziguinchor. Il faut bien avouer que l’on a fait cela par intérêt, que je tente de vous expliquer brièvement :
Les voiliers ne peuvent officiellement pas rester plus de six mois sur les eaux sénégalaises, pourtant il existe comme nous de nombreux bateaux souhaitant rester pour une période plus longue. Problème donc, nous nous retrouvons dans l’illégalité et risquons une grosse amende si les douanes nous contrôlent. Depuis les élections en avril dernier, la ville de Ziguinchor s’est vue attribuée un nouveau maire, Monsieur Baldé, bras droit du président Wade. Monsieur Baldé ayant l’intention de développer la plaisance en Casamance, il a décidé d’organiser une régate Dakar-Ziguinchor dans laquelle tout participant gagnera une prolongation de six mois pour rester au Sénégal. Nous étions donc fortement intéressés pour participer à cette régate, mais nous ne pouvions nous rendre à Dakar pour le 21 mai. Nous avons donc proposé nos services, en organisant l’accueil des bateaux à Ziguinchor le samedi 23 mai. En compagnie des voiliers la Belle Verte, No Panic et H2O, nous avons filmé et pris des photos de la régate que nous avons retransmis sur grand écran le soir de l’arrivée. Bref, on n’était pas forcément fiers de participer au grand déploiement de fast de la nouvelle mairie, mais au moins, on a eu nos papiers, c’est ce qu’on retiendra ! (les photos de la soirée sont restées dans l’appareil photo donc ce sera pour une prochaine fois)

Nous sommes ensuite tranquillement descendus sur Niomoune, pour hiverner le bateau. Tranquillement n’est pas une façon de parler… Notre moteur allant de plus en plus mal (on fait maintenant du 1 nœud de moyenne sur mer plate, nous allons racheter en France le petit moteur hydraulique défaillant qui est censé résoudre notre problème), nous avons du tirer des bords dans le fleuve et poser l’ancre dès que les courants étaient trop forts ; résultat : 3 jours pour faire Ziguinchor-Niomoune, lorsque les autres voiliers mettent 1 jours et demi, et une pirogue 5 heures ! Seuls deux jours nous restaient pour ranger le bateau et dire au revoir à Niomoune, c’était plutôt court mais en même temps, ce ne sont pas les moments les plus agréables donc c’est mieux comme cela. Nous sommes contents de rentrer en France revoir famille et amis, et nous serons également heureux de retrouver Niomoune en octobre, tout va bien !!

Nous tenterons de vous tenir au courant de nos différentes soirées et/ou expositions-photos prévues cet été !
A bientôt en vrai pour certains, sur internet pour les autres !
Bises de Yann et Pauline

Le 13 mai : dernières projections à Niomoune

 

Nous sommes de passage à Ziguinchor, mais comme souvent, un peu dans le speed... Du coup je n'ai pas pris le temps d'écrire nos dernières aventures, il faudra attendre un peu... Voici tout de même des photos de nos dernières projections à Niomoune.

Projection au quartier d'Ouback, la foule que vous voyez en haut à droite ne représente pas le quart des gens présents ce soir là, il y avait foule...

 

Projection organisée samedi après-midi à destination du collège. On trouve toujours de petits curieux qui n'osent rentrer mais qui tentent de voir le film de l'extérieur !

Projection de Kirikou à la bibliothèque au quartier d'Elou lundi après-midi : en haut à gauche au début de la projection et en haut à droite à la fin !

Petite explication de la séance à la bibliothèque : problème de communication avec l'école (je n'avais pu les prévenir de l'organisation de la projection pour les enfants avant le matin même car les instits étaient en grève toute la semaine passée), l'après-midi de la projection, les instits avaient prévu que les classes de CE et CM récupèrent de la terre pour la construction d'une maison au quartier d'Ouback. Cela se fait souvent lors des après-midis libres des enfants, ils font quelques travaux pour le village, cela finance le fond de l'école. Les élèves étaient bien sûr déçus de ne pouvoir assister à la séance mais nous ne pouvions la reporter puisque nous partions le lendemain. Nous avons reculé l’heure de la projection comme on a pu mais nous avons du commencé à diffuser Kirikou avant la fin de leur travaux. Ils sont donc arrivés en masse en pleine séance, ont rempli la salle en un rien de temps, c'était assez incroyable ! On a cru mourir tellement la chaleur était intenable, et on réfléchira à l'avenir à organiser des projections en intérieur en pleine après-midi sous ce cagnard.

 

Le 26 avril : La vie en Casamance

Bonjour tout le monde,

Tout d’abord, je dois m’excuser pour ce retard excessif… C’est très dur, depuis que nous séjournons en Casamance, de garder un minimum de rigueur dans la parution de ce journal. Nous préférons séjourner dans les villages plutôt que de faire notre programme en fonction de notre connexion internet, il faut nous comprendre ! Je vous ai d’abord habitué à des nouvelles quotidiennes alors là, ça assure moins… Mais c’est que, parallèlement, notre voyage est plus riche !
Je ne vais pas m’éterniser sur ces excuses et vais plutôt tenter de rattraper le retard, ça va être très long de vous résumer tout ça ! Que de villages encore visités, de projections organisées, de rencontres au fil des bolons, de petites anecdotes à raconter, va falloir trier tout ça et faire des coupes, allez, courage, je m’y mets !

Vive la Casamance !! Pour une fois qu’on est tous les 2 en photos sur Evaloa, nous voulons vous le faire partager (merci Agnes et la belle verte) !! Avec en prime un petit coucher de soleil lors de notre arrivée à Affiniam

Après notre séjour un peu trop long à Ziguinchor (c’est d’ailleurs pour ça qu’on n’a pas été pressé d’y retourner et qu’on a mis internet de côté), nous avons laissé nos amis de Goélane à leurs derniers préparatifs de traversée et nous sommes partis à Affiniam, le plus grand village que l’on est fait jusqu’à présent, en dehors de Zig bien sûr. D’emblée, l’organisation est un peu plus délicate car nous ne pouvons rester très longtemps : nous arrivons un dimanche – le jour des élections municipales – et devons repartir le vendredi suivant car nous sommes attendus pour le festival de Carabane. Donc pas de week-end pour organiser la projection de film tout public, ce que nous préférons habituellement par rapport à la disponibilité des gens, surtout de la jeunesse. 
Le lundi matin nous rendons visite au directeur de l’école et convenons d’une séance pour les enfants l’après-midi même. Au moins avec les écoles, l’organisation est d’une extrême simplicité, les instits préviennent les classes deux heures avant et tous les élèves sont de la partie. Après le déplacement du matériel du bateau jusqu’au village (une demi-heure de marche sous le cagnard du début d’après-midi, faut vraiment être motivés – voir fous de s’activer sous cette chaleur – heureusement que les amis et des jeunes étaient venus nous aider pour porter les « bagos »), nous faisons salle comble au foyer des jeunes, belle satisfaction suite à une organisation à la va vite.

En haut : Pendant que l’on fait les premiers essais, les retardataires accourent, au final c’est quasi tous les enfants qui sont venus à la projection - En bas : l’un de nos records d’affluence (le contraire de la séance suivante), une belle audience attentive et réactive.

Avec Paulin, le président de la jeunesse, nous convenons d’une projection pour le village le mercredi soir et pour le collège le jeudi après-midi, programme chargé ! Trop certainement car je me décourage, face à la grandeur du village, à entamer un travail de communication : conséquence évidente, les gens ne sont pas informés de la projection du soir. Paulin a beau me dire que ça va fonctionner grâce au bouche à oreille, on est à Affiniam dans une configuration différente, le village est espacé de plusieurs quartiers qui s’étendent sur des kilomètres. J’avoue, vu le peu de temps que nous restions dans le coin, avoir préféré aller me balader avec les filles (Agnès avec qui je peux enfin passer du temps après mon séjour au Burkina, Zoé sa pote rencontrée sur le chemin et Olivia, une bateau-stoppeuse), visiter un autre village nommé Botemp, et découvrant la magnifique flore d’Affiniam : d’immenses baobabs et fromagers un peu partout… Yann était resté au bateau passer du temps, en musique, avec Adeline et Laurent, avant qu’ils retournent en France.
Nous ne pouvons regretter ces choix mais parallèlement, nous devons subir notre plus gros échec d’influence le mercredi soir : une vingtaine de personnes, les boules ! Bon d’un côté, ce sont des choses qui arrivent et de l’autre, les échos positifs du film projeté Madame Brouette ont rattrapé le coup. Peu de gens étaient présents, mais le film les a conquis, ils étaient très réceptifs à l’histoire, on a même eu l’une des plus touchantes réactions d’un ancien, je ne pourrais retranscrire les mots qu’il a employé, mais la satisfaction que j’ai éprouvé face à son éloge restera gravé dans ma mémoire.
Nous nous sommes bien rattrapés le lendemain avec la projection pour le collège, où les élèves sont venus en masse. Mais l’organisation laissait vraiment à désirer. En rencontrant les responsables du collège et selon leur demande, nous avions convenu de projeter des courts métrages sur le thème du sida, animés par les profs, puis un film de Sembène Ousmane. Et bien aucun prof en question n’était présent pour organiser le débat, je me suis retrouvée seule avec le micro face à plus de 200 collégiens ! Je me demandais bien ce que je faisais là à leur parler du sida sans être moi-même médecin ni assez informée pour répondre à des questions précises. Au final, j’ai davantage expliqué le contenu des films et fait un monologue car personne n’osait poser de questions.

Projection pour le collège – promenade entre filles avec Zoé, Agnès et Olivia

Conclusion : il faut avoir du temps ! Nous partions d’une bonne volonté de faire profiter à un maximum de villages notre cinéma itinérant  mais au détriment d’une certaine rigueur d’organisation donc d’impact. Nous nous en rendrons compte en retournant à Niomoune, il est sûrement plus efficace de réaliser un travail de fond avec un village, en restant plus longtemps et en organisant plus de projections.

Avec les 3 filles et notre nouveau compagnon de route « la belle verte » - nous avons rencontré à Ziguinchor Blandine et Stéphane avec qui l’on a tout de suite bien sympathisé, des potes aux ratatons… un petit monde la voile ! -, cap sur Carabane. Vu le nombre de milles à parcourir, nous mettons deux jours à nous y rendre et découvrons à nouveau un mouillage peu confortable. Tant pis, il faudra faire avec car nous ne manquerons pas ce festival où nous sommes attendus, enfin… Rappelez vous, lors de notre arrivée en Casamance en janvier, nous avions séjourné à Carabane quelques jours et en partant, on nous avait invité à revenir pour leur festival avec notre cinéma. Depuis, nous avions gardé contact avec Lamine, l’instit et Michel, le président des jeunes, qui comptaient sur notre présence. Arrivés à Carabane, l’organisation est déjà plus flou : c’est surtout un festival de musique, pas vraiment de place accordée au cinéma. On s’en rend davantage compte lors de l’installation du matériel et de notre rencontre avec l’équipe du festival : en fait les organisateurs sont beaucoup de jeunes originaires de Carabane mais habitant à Ziguinchor, qui n’ont eu ouï dire de la présence d’un cinéma au festival. « Comme vous arrivez à la dernière minute, on va essayer de vous trouver un petit créneau, entre chaque concert ». Ok, donc ils ont l’intention que l’on éteigne et rallume notre groupe électrogène toutes les heures pour 5 min de films pendant la pause entre les concerts, genre on passe une pub pour faire patienter le public… Au final, même cette pauvre place, nous ne l’aurons pas, c’est complètement impossible d’un point de vue organisation, on perdrait trop de temps sur les concerts si on incérerait des films entre les deux, d’autant qu’un nombre incalculable de groupes est présent. La politesse sénégalaise veut que l’on ne dise jamais non, et le festival se retrouve déborder par la programmation musicale. Ils décideront de faire passer tout le monde – plus le choix – mais seulement deux morceaux chacun ! Aussi frustrant pour le groupe que pour le public, bravo la politesse !
En ce qui concerne le cinéma, le festival n’était pas prêt à nous recevoir. Certes Lamine voyait l’intérêt d’un tel outil mais pas les jeunes organisateurs qui préféraient passer des clips vidéos de mauvaises qualités avec un son pourave plutôt que de diffuser des films africains… Ce fut une grande frustration car nous n’avons même pas peu essayé ! J’aurais préféré que les projections fassent un gros bide plutôt qu’il n’y en ait pas, car du coup, on ne sait pas si cela aurait marché ou non. On a simplement réussi à passer un doc musical le premier soir du festival avant que les concerts commencent et deux matins, nous avons diffusé des dessins animés pour les enfants au foyer. Nous pourrions nous en contenter mais cela n’a rien à voir avec la collaboration prévue… Dur dur de travailler avec les associations locales, les regards extérieurs nous interpellent parfois : « il faut travailler avec les structures sénégalaises… », pourtant, en vue de nos expériences (entre le festival de Dakar et celui-ci) on a été plus efficace en se débrouillant tout seul ! Il faut nous adapter à l’organisation africaine (ou justement rien n’est organisé, tout se fait sur le tas, les choses ne sont pas exposées clairement…) et ce n’est vraiment pas évident par rapport à notre culture, comme le dit très justement Zoé : « Ici, il faut tout désapprendre ».
Bon, cela restera une expérience intéressante !

En haut à gauche : après le mouillage inconfortable devant la plage à touristes, nous avons posé l’ancre de l’autre côté du village, plus à l’abri et plus nature.
En haut à droite : la lutte traditionnelle, photos prises par Agnes– en bas à gauche : projection pour les enfants – en bas à droite : seule projection le 1er soir du festival

                Nous ne tardons pas après le festival car nous souhaitons retrouver Goélane à Niomoune avant leur départ pour la Guyane. Nous retrouvons Niomoune avec plaisir mais quittons Katell, Julien, Youna et Maël avec tristesse… Nous avons sorti le grand jeu pour leur départ : galettes et cidre bio s’il vous plait ! Ça sert d’avoir des cales un peu planquées dans le bateau, on arrive à faire de bonnes réserves…  Petits cadeaux de départ – dont un jeu de tarot en souvenir de nos longues soirées carte – et c’est déjà les adieux. Bonne route Goélane, que les bons vents soient avec vous, et les bonnes énergies, on vous retrouve en face !!

Notre planning est toujours aussi chargé : nous sommes de nouveau attendus, à Kouba maintenant, petit village bien reculé des îles Karônes. Juste le temps d’organiser une projection au quartier d’Elou avec l’aide de Jean-Simon, d’assister encore et toujours aux fameuses cérémonies niomounoises (cette fois ce sont des fiançailles sans les fiancés), de fêter les 30 ans de Sylvain - un autre pote voileux - au campement d’Alfred où l’on a tué un cochon pour l’occasion (que les gars ont été eux même cherché à Kandié, un village en brousse pas loin de Niomoune accessible en pirogue), de dire au revoir à Agnes et, et… juste ça quoi !

Agnès (et Blandine derrière) qui découvre avec joie les traditions animistes (les sauts un peu partout, c’est du bounouk, le vin de palme, naturellement…) et la projection à Elou, encore un succès, personne n’a voulu bouger de sa place à la fin du film, ils en voulaient encore !

                Kouba, comment résumer… l’histoire d’une rencontre avec Camille. Ce parisien, contacté d’abord par internet par une amie d’une amie, nous avait rendu visite en Bretagne et nous avait invité à Kouba, le village dont son fils « adoptif » est originaire (tu vois Camille, je résume comme je peux…). Ce village est bien planqué dans les bolons au nord du fleuve Casamance, on nous avait dit qu’on ne pourrait pas y accéder avec notre voilier mais Emmanuel, piroguier à Kouba, est venu nous chercher, nous a guidé et nous avons posé l’ancre à 10 min en annexe du village.

En haut : notre mouillage perdu au milieu des mangroves  et la place de la concession Sembou où nous sommes accueillis à Kouba - en bas : la 1ère projection

A peine arrivés, on nous propose d’organiser une projection le soir même. On est dimanche et le lendemain, tous les jeunes venus pour les vacances vont quitter Kouba, il faut profiter de leur présence. C’est un peu dur de choisir un film pour un village qu’on ne connaît pas et pour un public qui n’a jamais été au cinéma. Solution facile : nous choisirons Kirikou, puisque cette séance est censée être destinée aux jeunes, de toute façon ce film plaît aux plus petits comme aux plus grands. Tout le monde n’a pu être prévenu à temps, heureusement nous organisons une autre projection dans la semaine. Pour la deuxième séance, je tire la leçon d’Affiniam (mais c’est plus facile ici le village est tout petit !), je traverse le village avec une jeune pour prévenir de la séance. Heureux constat, les femmes se déplacent en masse, la place est pleine et je pense qu’on les a bien bousculés en leur montrant la vie quotidienne africaine sur grand écran. On a choisi de passer Mossane, car le film se passe au Sénégal, dans le Saloum, une région qui ressemble à la Casamance. L’histoire traite du mariage forcé, certainement toujours d’actualité au Sénégal (ils te disent tous : « Oui, mais pas chez nous ! »), il y est souvent question de tradition, avec une forte présence musicale, un très beau film.

2ème projection à Kouba, il faisait très sombre ce soir là, mais les 3/4 du village était présent, toutes les femmes sont cachées à droite de la photo.

Nous séjournons quelques jours dans la famille d’Emmanuel et de Mathias, je ne sais pas si c’est parce que c’est Pâques ou c’est du à notre présence – sûrement un mélange des deux – mais nous mangeons des repas luxueux (Camille nous avait parlé de riz et poissons bouillis à tous les repas, au lieu de ça, nous mangeons de la viande, toujours accompagnés de délicieuses sauces). Nous faisons une petite pause sans le bateau et vivons avec la population locale. Ce n’est pas une pleine réussite car nous restons entre « toubabs » puisque Camille est à Kouba avec deux amis, Saïd et Anouchka, et sa mère, on ne sortira de toute façon jamais de notre position d’étranger ! Nous sympathisons avec les enfants du village qui sont très attachants, on fait visiter notre bateau à quelques uns, Yann ramène aussi son accordéon et joue beaucoup pour le plaisir de tous. Saïd est réalisateur sur Paris, il a sa caméra et nous filme dans l’action, c’est super car nous n’avons pas l’occasion d’être tous les deux à l’image. Avec ces images et les nôtres, nous aimerions bien monter un petit documentaire sur notre projet, nous vous tiendrons au courant !

Dès six heures du matin, les femmes vont au jardin pour arroser – petite pause au bateau le temps d’une après-midi musique

                        Avant de retourner à notre vie sur l’eau, nous faisons un petit détour par Kafountine, où Camille a une maison, tout petit détour… : deux heures de marche dans la brousse, puis 30 min de pirogue (Kouba est une île), et enfin un taxi de Kassel jusqu’à Kafountine. Cette escale est pour nous le moyen d’un petit ravitaillement et d’une fameuse connexion internet mais là, c’est un peu la déception : la connexion est très mauvaise, je n’ai donc pu mettre à jour le journal de bord, vous voyez, ce n’est pas faute d’avoir essayé !
                De retour à Niomoune, nous avons assisté à une grande cérémonie. Depuis l’existence du village (XVème siècle), seuls six cérémonies de ce type ont eu lieu. Arsène, le frère du forgeron et du grand féticheur Paul (les féticheurs sont traditionnellement forgerons et ont leur famille originaire de Guinée), s’initie lui aussi au rôle de féticheur. Pour lui apprendre tous ces secrets, de grands féticheurs venus de Guinée se sont déplacés jusqu’à Niomoune. Arsène est initié pendant une semaine, cloîtré chez lui, pendant que nous, on mange, on chante, on danse, et bien sûr, on boit du bounouk (quoi que ce coup-ci, y’a tellement de monde venu de partout - de toute la Casamance, de Gambie et de Guinée - que le vin de palme part à une vitesse qu’on n’en voit même pas la couleur). Selon les dires, 3 à 4 cochons sont tués par jour, et pas les plus petits ! Pendant une semaine, les femmes n’arrêtent pas de faire à manger, du matin au soir, pour une assemblée de plus de 200 personnes, c’est pas la fête pour tout le monde…
                Pendant que je vous envoie ces lignes, la cérémonie dure toujours, moi j’ai fait une petite pause à Ziguinchor pour internet, pendant que Yann est resté bosser sur Evaloa.

A la cérémonie, vous voyez le nombre de marmites qu’il faut pour nourrir l’assemblée, et les femmes qui cuisinent sous une chaleur accablante…

Le programme pour la suite : et bien figurez vous que notre séjour se termine bientôt ! Yann a trouvé un bon plan boulot : il va convoyer un voilier de Casamance jusqu’en Bretagne, et le départ est prévu début juin. Il part avec Stéphane de la belle verte, et ils prévoient de mettre un mois et demi (c’est pas la même navigation dans le sens inverse, le vent est contraire, ils feront beaucoup de près). Du coup, on change un peu le planning : je vais moi aussi rentrer plus tôt, autour de mi-juin, en avion. Nous laissons donc Evaloa hiverner seul en Casamance jusqu’au mois d’octobre, où nous rentrerons pour préparer notre traversée de l’atlantique prévue pour le début de l’année prochaine. Et oui, si tout va bien, le voyage continue ! Nous aimerions profiter de notre passage en France pour faire un compte rendu de notre projet cinéma, par le biais notamment d’une expo-photo, nous vous informerons de tout ça grâce à notre site, que nous tenterons de remettre à jour !
Mi-mai, nous nous rendrons donc à Ehidj pour que Yann et Stéphane prépare le voilier à convoyer qui se trouve là-bas, un passage à Ziguinchor pour le ravitaillement et le départ sera très proche. D’ici là, je vous redonnerai des nouvelles, promis !!

Allez, à bientôt, et n’hésitez pas à nous envoyer des commentaires du journal, on aime toujours avoir vos réactions.
Yann et Pauline

 

Le 18 mars : le voyage en séparé

Depuis le dernier message, je me suis permise une petite escapade en dehors du Sénégal, pour assister au Fespaco, le grand festival de film africain qui a lieu tous les deux ans à Ouagadougou. La grande référence en matière de cinéma africain, je ne pouvais louper ça !
Un peu au dernier moment, je décide de prendre mon sac à dos et de me rendre seule en bus au Burkina. Je laisse Yann à Cachouane, ainsi qu’Agnes qui vient d’arriver en Casamance ! Nous étions à Cachouane depuis une semaine, nous avions déjà organisé une projection de film et deux autres étaient en cours, Yann les a géré seul en mon absence !

A Cachouane, nous avons eu la chance d’assister à un mariage traditionnel, merci François et Tuti !

Ce voyage aura été riche en expérience, à tous niveaux et sur différents points de vue.
Pour se rendre au Burkina, c’est le parcours du combattant ! Yann me dépose d’abord en bateau à Elinkine, d’où je prends un taxi 7 places pour aller à Ziguinchor. Je dors dans le voilier Shagshag de Solène et Antoine et repars au petit matin, toujours dans un taxi 7 places, pour Tambacounda, pas très loin de la frontière malienne. Je rencontre alors une sénégalaise nommée Awa qui me prend sous sa coupe, nous voyageons ensemble jusqu’à Bamako. Heureusement car le voyage en bus est assez chaotique, on s’arrête tout le temps sans savoir pourquoi, jusqu’à dormir à la gare de Kayes, alors que personne ne nous en avait informé. On s’est retrouvés à dormir dehors sur des nattes devant une télé, étant avec Awa, j’étais rassurée et plutôt en train de me marrer pendant que l’autre toubab qui voyageait dans le bus était lui complètement affolé, il a fait un scandale dans la gare pour qu’on lui trouve un taxi pour repartir. Mais entre Kayes et Bamako, les véhicules ne roulent pas de nuits, à cause « des coupeurs de routes », des gens armés qui mettent des troncs d’arbres au milieu du chemin pour stopper les véhicules et les voler. Pour rouler de nuit, il faut donc être escorté par les gendarmes ! Bref, l’anglais a bien du se calmer et est venu dormir à côté de moi, « En Afrique, il faut savoir être patient ». C’est vrai et pourtant en deux jours, j’étais rendue à Bamako, pas mal !

Un de nos arrêts de bus au Mali

Je me suis posée quelques jours à la capitale malienne, le temps de faire mon visa et de rencontrer à l’auberge une journaliste danoise à la retraite, spécialisée dans le cinéma africain, se rendant évidemment au Fespaco, parfait ! Quel personnage, voyager avec elle fut quelque chose mais on a pu avoir de bonnes discussions sur le cinéma africain et surtout, elle m’a introduite à l’institut de cinéma de Bamako. J’ai notamment croisé Adama Drabo mais ma principale rencontre fut le cinéaste malien Abdoulaye Ascofaré, qui a réalisé le film Faraw, une mère des sables. Ce moment passé en sa compagnie restera dans ma mémoire, grande discussion sur le cinéma africain, il connaissait tous les films et moi je n’étais pas peu fière dans connaître les 3 quarts (même si je ne les avais pas tous vus car c’est toujours mission impossible pour visionner certains films africains, même culte). C’est un cinéaste engagé, fervent défenseur du droit d’auteur (donc par rapport à notre projet dans lequel on demande aux réalisateurs une exonération des droits de diffusion, ça collait pas trop…), on a beaucoup échangé sur la présence de la France dans l’économie du cinéma africain…
Je suis repartie de Bamako bien motivée à l’idée de rencontrer tous ces cinéastes, découvrir de nouveaux films. Bon, ça n’était pas aussi idyllique que je l’imaginais…

Karen, la journaliste, ici au marché artisanal de Bamako et Ascofaré, le cinéaste malien

Pour commencer, énorme problème d’organisation du Fespaco, le 1er jour du festival, il n’avait déjà plus de passe ! Ah l'organisation africaine, même pour un festival de cette envergure, vraiment ça dénote ! Certains invités n’avaient même pas de badge, il fallait donc qu’ils payent les séances de cinéma, chose qu’ils trouvaient scandaleux, et ça se comprend !
A part ça, j’ai été bien déçu de la sélection. J’avais tout d’abord été surprise de la forte présence des films maghrébins, j’ai vite compris pourquoi, d’un point de vue qualité technique et artistique, y’a pas photos. Mais comme j’étais davantage au Fespaco pour découvrir le cinéma de l’Afrique noire, je n’ai pas trop vu de films du Maghreb. Je retiendrais Les jardins de Samira du marocain Latif Lalhou, par contre quelle surprise (pas très bonne...) en découvrant le nouveau film gros budget et holywoodien de Nabil Ayouch, Whatever Lola want, qui n'a rien à voir avec son ancien film Ali Zaoua.
Je me suis donc attachée à visionner les films d’Afrique de l’ouest et j’ai malheureusement découvert que la critique qu'on aimerait clichée du cinéma africain comme « cinéma à la calebasse », avait un penchant de vérité… La plupart des films que j’ai vu sont à la traine, toujours ancrés dans des histoires de tradition, sur un scénario qui tire en longueur avec une direction d’acteurs bof bof… Bref, décevant ! Très décevant même car j’aurais aimé croire qu’il existait un cinéma africain de qualité, en pleine expansion… Il faut pourtant s’avouer que ce n’est pas encore pour toute suite… (tout le monde ne doit pas être de mon avis mais comme je suis la seule à le donner, vous en faites ce que vous voulez !). Ils faut dire que le cinéma africain n'est pas aidé : aucun financement venant de l’état (alors qu’au Maroc par exemple, le roi injecte beaucoup d’argent dans le cinéma), plus de salle de cinéma pour distribuer les films, un cercle vicieux quoi… Certains films sortent tout de même du lot, je peux en citer un plutôt réussi, l’absence, du guinéen Mama Keita. Je dis « plutôt réussi » car le jeu de l’acteur principal fait un peu défaut, mais l’histoire est très bien construite, le film a d’ailleurs obtenu le prix du meilleur scénario. Il est tourné à Dakar et traite de l’exil, de la fuite des cerveaux africains.
Le film le plus marquant du Fespaco - et de loin - fut Teza, de l’éthiopien Haïlé Gérima, une fresque retraçant quarante ans de l’histoire éthiopienne, depuis les années 70. Teza, le seul film qui est vraiment sorti du lot, est celui qui a gagné le grand prix, appelé étalon de Yennenga.

En dehors des films, j’ai également pu faire de bonnes rencontres : Andrea Segre tout d’abord, documentariste italien qui réalise des films sur l’immigration clandestine entre la Lybie et l’Italie. Il nous avait envoyé un de ses documentaires, j’étais donc heureuse de pouvoir le rencontrer et lui parler de notre projet. Ses documentaires sont très politiques, il était très intéressant d’échanger avec lui sur le problème de l’immigration, et de notre impossibilité à convaincre les africains de ne pas venir chez nous… Il m’a donné quelques conseils pour organiser une éventuelle projection sur ce sujet, m’a donné un autre de ses documentaires, il viendra peut-être même nous rejoindre en Casamance pour présenter lui-même son film !
J’ai aussi rencontré l’association Africadoc qui monte des ateliers d’écriture au Sénégal et ailleurs, avec pour objectif d’aider les jeunes documentaristes africains. Cette association a été crée par un des fondateurs du festival du Film Documentaire de Lussas en Ardèche, Jean-Marie Barbe. Chaque année à la suite des ses ateliers de formation, ils organisent les « rencontres Tënk » qui réunissent les participants des ateliers qui exposent leur projet face à des responsables de télévision, des producteurs, distributeurs… Ces rencontres se passent cette année à Saint Louis en juillet, ils auraient aimé que l’on soit présents car il n’existe pas de cinéma à Saint Louis. Nous aurions donc pu diffuser les documentaires d’Africadoc mais juillet, cela fait tard pour nous qui aimerions être en France à cette époque pour quelques mois…
Par contre, j’ai rencontré Khalidou NDiaye, exploitant, distributeur et directeur du Festival de Cinéma Image et Vie qui se déroule chaque année à Dakar. Il est intéressé pour étendre le festival et organisé des projections à Ziguinchor avec notre collaboration, affaire à suivre…

Le Fespaco au cinéma burkina, on se croirait à Cannes, version africaine bien sûr ! Seni et Eva au grand marché – Hervé, Didi et sa mère Mimi chez eux dans un quartier de Ouaga

Comme vous le voyez, je n’ai pas chômé à Ouagadougou. En plus du Fespaco, j’ai également passé de bons moments en compagnie des amis de Marion, dont Eva chez qui je logeais. J’ai pu découvrir autre chose que le festival de film, j’ai vécu pendant une semaine dans une famille burkinabaise et la journée pendant mes pauses films, j’allais rejoindre les gars au grand marché, où Eva, Seni, Gaston… tentent de vivre tant bien que mal en vendant ce qu’ils peuvent, avec un petit stand installé sur le trottoir. Pas tous les jours faciles, ils rêvent comme la plupart de la jeunesse africaine à partir pour la France… Surtout Seni en fait, ce qui nous a valu de longues discussions... Eva, lui, vit avec sa femme Dorothée et sa fille Lauren, il ne souhaite pas vivre à l'étranger mais aimerait comme nous pouvoir voyager, normal !
Grâce à Karen, la journaliste danoise, j’ai également rencontré une famille à Ouaga chez qui j’ai passé deux nuits, je me suis tout de suite fait adoptée ! Leur plus grande fille, Didi, est devenue mon amie, je suis allée avec elle à la fac et à la danse africaine, encore de bons souvenirs, merci !

Mon retour fut moins agréable, trop trop long… J’ai du passé une nuit à Bamako (mais j’ai eu de la chance en rencontrant dans le bus un cinéaste français habitant à Bamako avec sa femme qui m’a gentiment logé chez lui), une de nouveau à la gare de Kayes et une dernière à Tambacounda. Le trajet en bus a été interminable : longue attente à la frontière, deux pannes (roue crevée puis fuite de gazoil), tout ça sous une chaleur intenable, à trois par siège. Le voyage était également pénible au niveau du fond : déjà, un nigérien s'est assis à côté de moi juste parce que j'étais blanche et que cela lui donné une chance de partir de l'Afrique, du coup il ne m'a pas lâché pendant deux jours ! En effet, beaucoup de nigériens et de gambiens voyageaient pour le Sénégal, dans le but de partir en pirogue clandestinement pour la France. J’avais beau discuté avec eux pour les en dissuader, je sais qu'ils le feront quand même au risque de leur vie. Ils n’avaient presque pas de bagages ni d’argent, les nigériens ont pourtant du payer 10 000 francs CFA (16 euros) à la frontière malienne, et la même somme à la frontière sénégalaise. Forcément ils trouvaient ça injuste, pendant que moi, à la frontière sénégalaise, je n’ai rien eu a payé… En plus de ça, chaque passager doit payer 1000 francs à chaque poste de police, pas les postes frontières, non, les postes de police ! Sans raison valable, les policiers demandent 1000 francs à chacun et personne ne rétorque ! Pourquoi ne m’a-t-on pas demandé cette somme ? Parce que j’aurais refusé ou parce que j’avais déjà payé un visa ? Toujours est-il que la corruption fait toujours autant de ravage et on a du mal, face à ce constat, à penser que l’Afrique va se relever, la jeunesse ne pense qu’à quitter l’Afrique pendant que les fonctionnaires, si mal payés, tentent de rattraper ça en soutirant de l’argent à la population…
Allez, je vous laisse avec le récit de Yann, comme ça on ne va pas finir ce message sur une mauvaise note !

Attente à la frontière – attente lors de la panne, au moins l’endroit était agréable ! – paysage malien vu du bus

Seul sur mon bateau, un vieux rêve qui n’aura pas duré longtemps…
Dès le lendemain du départ de Pauline, je gérais la dernière séance prévue de Cachouane.
Seul comme un grand, j’ai même pris le micro pour la présentation du film (Pauline aurait été fier de moi !).
Le cinéma rangé, j’ai commencé à organiser mes chantiers prévus en l’absence de Pauline. Evidemment, à peine commencé, me voilà parti à Bouyouye avec Goélane pour un festival itinérant autour de Cap Skiring. Sur place, je retrouve Adeline avec qui j’avais fait le spectacle en bateau il y a 3 ans .Elle repartira avec moi pour une réelle free partie à Djoratou organisée pour le départ des voiliers Shagshag et Kalanag, deux couples de jeunes amis qui traversent en ce moment l’atlantique. Une bonne douzaine de bateaux se sont retrouvés sur une plage paradisiaque avec les amis des villages voisins. Dès le matin, la fête s’auto-organise, certains vont pêcher, d’autres vont chercher les récolteurs pour le bounouk, pendant que nous installons les paillasses, la cuisine, préparons le feu et le repas. Une petite dizaine de musiciens d’origines diverses, deux saxos, deux accordéons, deux guitares, le tout au rythme des chants et percus diolas. On a mis l’ambiance pendant plus de 24 heures.
La fête finie et la plage nettoyée, nous retournons à Cachouane où l’on rejoint Agnès (l’amie de Pauline), accompagnée de Zoé, une autre amie de la Varenne. Trois jours de retrouvailles festives puis nous partons pour Elinkine chercher Laurent, le copain d’Adeline, qui lui-même est arrivé avec 3 autres amis. Nous partons à 5 le lendemain pour une mini croisière festive direction la Pointe Saint George pour y observer les lamantins (gros éléphants de mer). Laurent en a profité pour découvrir la vie des récolteurs en accompagnant Julien de Goélane à la source du bounouk. Le mouillage légèrement houleux nous a déplacé dans un petit bolong voisin d’où l’on a posé l’ancre à Djiromaite, encore un village sans courant ni voitures où comme les autres, l’autonomie et l’atmosphère paisible y sont les principaux atouts.
Mouillé à couple de Goélane à 10 m d’une habituelle plage paradisiaque, l’énergie de cette petit communauté flottante m’a bien motivé à organiser une projection.
Me voila donc parti avec Lolo pour les formalités habituelles (rencontre du chef, du foyer des jeunes, ….). Sur la route nous rencontrons Iphigénie, une jeune villageoise débordante d’énergie à l’idée d’organiser une projection, chose qu’elle n’avait jamais vue. Elle nous a tout organisé avec son oncle Omar  (un pêcheur qui a domestiqué un cormoran pour la pêche) chez qui l’on a passé de très bons moments. Le lendemain, une soirée cinéma prend forme précédée d’un concert de Laurent et Adeline qui ont profité des instruments du bateau pour partager leurs talents de musiciens. Le public a payé une entrée pour rembourser les 3 litres de carburant : 50 frcsCFA  pour les grands, 25 pour les petits, un peu cher je leur ai dis mais le village est quand même venu. L’émerveillement fut général entre musique de l’Est et cinéma africain. Je n’ai pas pu refusé de refaire une projection le lendemain, gratuite celle là, grâce aux entrées de la veille qui ont payé deux séances. Un dimanche après midi dessins animés avec petits et grands suivis de Pièces d’identités, le film fraîchement projeté à Cachouane mais qui m’avait bien plus (c’est l’histoire d'un chef de village camerounais parti chercher sa fille en Belgique dont il est sans nouvelles . Pas sorti de son village depuis 58, je vous laisse imaginer ses réactions loufoques face à des banalités comme la douane, les administrations, la culture citadine… Un film drôle et touchant réalisé par le congolais Mweze Ngangura, qui a reçu l’étalon de Yennenga au Fespaco en 2005).

à gauche : préparation de la séance à Cachouane – à droite : projection à Djiromaite

La projection finie, nous rangeons le matériel pour repartir au petit matin direction Djilapao, petit village toujours aussi beau où là, par contre, il n'y a pas d’école. Résultat : une petite cinquantaine de personnes âgées dispersées dans deux quartiers qui paraissent abandonnées. Seule la célèbre case à étage déplace quelques touristes. Cet endroit avec son calme absolu sert de garage à bateaux, une bonne douzaine de plaisanciers y hivernent en effet leur voilier. Pauline revient, nous ne resterons donc que deux nuits et repartons pour Ziguinchor. Goélane va également y rester quelque temps afin de préparer leur départ pour l’autre continent.

C’en est enfin fini pour les nouvelles d’Evaloa !
Au programme pour les semaines à venir : après un séjour à Ziguinchor toujours trop long à notre goût (cause internet, course, travaux sur bateau...) nous partirons pour Affiniam, puis on retourne à Carabane pour participer à leur festival socio-culturel qui a lieu du 30 mars au 6 avril. Entre temps, nous allons retrouver Camille, un ami de Paris rencontré en Bretagne l’année passé. Il a une maison à Kafountine mais a sa belle famille à Kouba, un tout petit village perdu dans un bolong dans les îles karones et il a bien l’intention de nous emmener là-bas… Bref, notre programme est encore bien chargé, on verra ce qu’on en fera !!

 

Le 13 février : Posés en Casamance...

Evaloa et son fidèle compagnon Goélane au mouillage à Niomoune – Nouvelle tâche ménagère : le brulage des ordures, ici, y’a pas de poubelles !

Nos inséparables : Youna et Maël qui s’amusent comme des fous chez Yves et Sosso à Eringa ; et à droite avec Yann, leurs parents Katell et Julien.

Après cinq mois d’itinérance, nous réapprenons enfin à vivre de façon un peu plus « sédentaire ». Nous avons passé environ trois semaines à Niomoune, petit village éloigné de tout (dont d’internet, comme vous pouvez le voir à l’écart de nos messages), extrêmement imprégné de sa culture animiste. Nous apprenons à vivre au rythme local, comprendre le mode de vie casamançais… mais aussi ne l’oublions pas, nous organisons des séances de cinéma, qui continuent à faire carton plein.

La vie culturelle niomounoise bâtait son plein la semaine dernière ! En plus de la séance de cinéma nocturne dont je vous parlerais tout à l’heure, nous avons proposé un dessin-animé aux enfants à l’école un après-midi et organisé notre deuxième projection pour le collège sur le thème du sida. De nouveau, beaucoup ont assisté à la séance, le trois quart du public était féminin ! Nous avons diffusé plusieurs courts-métrages écrits par des jeunes africains et réalisés par des cinéastes connus sur le thème du sida. Après chaque film, un petit débat était lancé, avec également une explication des films qui étaient en français. Le thème du sida intéresse énormément, on en parle peu à l’école et en famille, la séance était donc unique et on l’espère, déclenchera le débat sur cette maladie qui fait rage en Afrique (même si le Sénégal est loin d’être le pays le plus touché par ce fléau).

Projection archi comble pour les enfants de l’école

Projection sur le sida : de nombreuses femmes ont assisté à la séance : les jeunes devant et les adultes au fond de la salle, plus timides mais à l’écoute…

Entre temps, deux bateau-stoppeurs italiens ont débarqué à Niomoune avec un spectacle de cirque. Ils ont proposé à Yann deux heures avant de faire la musique et hop, en impro, c’est parti ! Au final : vendredi après-midi séance pour les enfants, vendredi soir pour tout le village, et le samedi après-midi, spectacle de cirque ! Niomoune était comblé par l’arrivée de voiliers plutôt innovants, apparemment ce n’est pas souvent, il faut en profiter !

Spectacle de cirque par Amadéo et Stephano, avec Yann à l’accordéon

Pour la séance du vendredi soir, nous avons passé « Madame Brouette ». Nous l’avions diffusé au Maroc, film qui avait fait un peu scandale à cause d’une scène d’amour, mais qui n’a posé ici aucun problème. Le sujet est très moderne et un peu délicat : les violences conjugales que subissent certaines femmes et le désir d’émancipation qui naît alors chez elles… Le film est en langue française, tourné au Sénégal, et même si certains ne parlent pas bien le français, vu la réaction du public, le message est bien passé ! Certaines femmes ont même pleuré et sont sorties bouleversées.
Petite anecdote cependant autour de cette séance : comme pour la séance précédente, nous avons demandé de l’aide aux jeunes du quartier d’Oback pour préparer la soirée, notamment pour rédiger et distribuer une affiche dans les différents quartiers de Niomoune. Je les laisse s’organiser et découvre l’affiche deux jours avant la projection. Quelle stupeur lorsque je lis l’intitulé : « ce vendredi, les blancs vous invitent à assister à leur grand cinéma à Som » ! Sur le coup, je suis bien choquée, d’autant qu’un ancien me répond : « Mais Pauline, ils ont écrit cela pour faire venir les gens, lorsque ce sont « les blancs » qui organisent quelque chose, cela donne un plus ! ». Face aux jeunes, il était en fait difficile de leur expliquer ma déception de nous voir réduits à l’appellation de « blancs », car eux le prenaient comme une faute de français et s’excusaient pour cela, et ce n’était pas l’objet de ma critique… Bref, ils n’avaient pas de mauvaises intentions en écrivant cela, c’est juste pour nous un constat un peu rude : nous restons des « blancs » qui organisent « un grand cinéma ». Sujet délicat car il est vrai, quant termes d’initiatives diverses, la majorité d’entre elles sont amenées par des ONG étrangères : à Niomoune par exemple, la construction de citernes, et de la bibliothèque. Mauvais exemple cependant car les citernes fonctionnent mal et personne n’a été formée au préalable pour les réparer. Du coup, elles pourrissent et le problème de l’accès à l’eau douce reste le même. L’effet encore plus pervers est que les niomounois ne s’investissent pas du problème, laissant « les blancs » s’occuper de tout ça. Pour la bibliothèque, le résultat n’est pas plus glorieux ; elle est désertée : 3 inscriptions en un an, dont la mienne il y a 15 jours ! Dur constat donc du travail des ONG, qui arrivent certes avec de bonnes intentions mais qui ne prennent parfois pas le temps de vivre sur place, donc de comprendre les besoins des habitants et surtout, qui n’organisent pas le suivi de ce qu’ils construisent. De nombreuses ONG viennent à Niomoune et en effet on ne voit pas que du bon. Mais ce n’est pas partout pareil et l’on découvre également d’autres initiatives plus positives réalisées par d’autres ONG en Casamance comme le développement de jardins (car cela vient d’une demande des femmes et qu’elles s’en occupent !).

La fameuse affiche de la séance de cinéma, et le convoi du cinéma itinérant qui va de quartiers en quartiers

Je me permets cet aparté car la présence des ONG en Casamance et le rapport que cela suscite entre nous, toubab, et la population locale font l’objet de nombreuses discussions délicates qui ponctuent notre quotidien.
Revenons à la vie niomounoise, rythmée par la tradition : pas une semaine ne se passe sans cérémonie, sacrifice ou fête locale, c’est incroyable ! Plusieurs décès ont eu lieu pendant notre séjour, et comme je vous le précisais dans mon message précédent, la cérémonie est festive lorsqu’il s’agit d’une personne âgée, résultat : tout le monde boit du bounouk (l’alcool locale, le vin de palme). Si un sacrifice est organisé autour d’un fétiche, pour remercier par exemple les ancêtres d’une bonne récolte, de l’arrivée de la pluie… 60 litres de bounouk minimum sont amenés pour l’occasion, et sont partagés avec tous les villageois. Tout prétexte est donc bon pour boire du bounouk, que ce soit pour les femmes comme pour les hommes !
Vous l’avez bien compris, les gens de Niomoune vivent donc du bounouk (la plupart des hommes sont récolteurs, ils partent dans la brousse pour récupérer la sève des palmiers), et de la récolte du riz. Quel temps passé entre les graines dans les rizières et le riz dans l’assiette ! Nous, nous sommes arrivés juste après la récolte de riz, mais le travail n’était pas fini ! Le riz est ramassé en bouquet, qui est ensuite séché, battu puis trier.

Photo de gauche : les bouteilles sont posées ainsi pour récupérer la sève : le bounouk est donc simplement de la sève de palmier, qui fermente très vite et devient de l’alcool, incroyable découverte !
Photo du milieu : le riz sèche sur place à Tantank à côté des rizières.
Photo à droite : nous sommes partis une journée à Tantank, dans la brousse à côté de Niomoune, avec Anouk et ses amis Christian et Muriel du Larzac, voisins de José Bové et proches d’Anne-Marie Letort, que le monde est petit ! Nous avons battu le riz, enfin les hommes, nous entre femmes nous ramenions le riz dans des paniers, et sur la tête !  

Ensuite au village, le riz est séché puis récupéré avec un tamis

Nous sommes partis jeudi dernier de Niomoune, accompagnés des potes du voilier Goélane, pour un village tout près : Haere. En fait, Evaloa a posé l’ancre au mouillage d’Eringa, à 30 min à pied d’Haere, au campement d’Yves et Sosso. Yves était un autre de nos contacts l’année dernière lorsque l’on préparait le projet. Nous nous étions contacté par internet, Yves nous avait donné quelques conseils sur notre projet et sur la vie locale (il est français et vit depuis plusieurs années en Casamance), nous avions donc bien envie d’aller le rencontrer chez lui !
Avec l’aide de Michel, un jeune de Niomoune qui nous a accompagné à Haere, nous avons organisé deux projections le samedi au village : l’après-midi Kirikou pour les enfants, et le soir, nous avons projeté Sango Malo. L’instituteur avait nommé un représentant dans chaque classe pour récupérer un peu d’argent des élèves pour l’essence. Dès la fin de la projection de Kirikou, on est venu me remettre 2500 francs CFA (4 euros environ), quelle belle organisation !
Haere est un village bien plus petit que Niomoune, avec 300 à 400 habitants s’étendant sur plusieurs kilomètres, et pourtant, le public était nombreux, toujours avec beaucoup d’enfants. Ce même soir les femmes organisaient une cérémonie, encore une ! Une des femmes du village remerciait les ancêtres de la naissance de son bébé et pour se faire, elle a amené 60 litres de bounouk à la maternité. Vous y croyez ou non mais les femmes ont bu toute la soirée, sur les lits où elles ont accouché, donc dans un lieu pour nous complètement inapproprié ! La tradition animiste nous amène vraiment à vivre des moments incroyables ! On est passés à la maternité avec Katell, les femmes étaient ravies, elles nous ont bien-sûr offert le bounouk, on a dansé… inoubliable!

En haut à gauche : Sur le chemin entre Eringa et Haere – à droite : Projection à l’école pour les enfants
En bas : Pause avant la projection du soir : accueillis par une famille au village, le bounouk a coulé à flot...

Sango Malo est un film qui a beaucoup parlé aux villageois. Le film se passe dans un village au Cameroun, où un nouvel instituteur vient révolutionner l’école en invitant les élèves à faire un jardin (je vous ai déjà raconté l’histoire, nous avons passé le film à Carabane), il crée aussi une coopérative, en parallèle est conté l’histoire d’un récolteur de vin de palme… Bref, tout ce que vivent les gens de Haere. Le film est en français mais a été bien compris : un ancien prend la parole à la fin de la projection pour nous remercier et déclare : « Nous n’avons pas uniquement besoin de bureaucrates, il faut également des gens qui travaillent la terre », exactement le message du film !
De nouveau nous avons été mille fois remerciés et nous espérons retourner à Haere pour faire une nouvelle séance. Passer 5 jours dans un village n’est pas suffisant, et une seule projection non plus ! Il serait en effet intéressant que l’on puisse projeter de nouveau un film avec un temps de décalage, et ça tombe bien, car nous restons six mois dans le coin !

Nous sommes arrivés depuis hier à Cachouane, un village encore plus petit, avec 250 habitants. Le village est magnifique, s’étendant tout au long du bolong. Je pense que nous allons à nouveau nous plaire ici. On va découvrir une vie locale certainement un peu différente car la tradition animiste est moins présente à Cachouane, les habitants étant en majorité musulmans ou catholiques.
Nous avons retrouvé une douarneniste, Aurélie, qui gère un campement touristique avec son mari Papis. Tous deux étaient venus à notre projection à Douarnenez juste avant notre départ et nous avaient invité à venir dans leur village, c’est chose faite !
En tout cas, on pensait qu’à Cachouane, on se rapprocherait d’internet… En effet, nous ne sommes plus qu’à 15 km du Cap Skiring, mais nous devons faire 8km à pied avant de rejoindre une route motorisée, à Djembering, d’où ensuite nous pouvons nous rendre au Cap en taxi-brousse, quelle expédition ! Vous voyez que nous sommes bien motivés pour vous donner des nouvelles ! Je ne suis pas trop pressée de faire le chemin du retour… Au moins, vous comprendrez pourquoi on ne peux pas répondre à tous vos messages.

J’en ai fini avec ce résumé de notre périple, et oui malgré la tartine que je viens d’écrire, j’ai du trier pour restreindre mon récit !

A Bientôt, Pauline et Yann

 

Jeudi 22 janvier 2009 : la découverte de la Casamance, l’effervescence du projet Aux cinéphiles de l’eau

Carabane : joli mouillage en apparence mais très inconfortable – promenade-découverte de l’île avec Michel

Voilà, c’est fait, l’équipe Aux cinéphiles de l’eau est arrivé en Casamance ; son attente est comblée, et la découverte, l’étonnement, le dépaysement, total.
Nous sommes arrivés à destination, et le projet prend tout son sens, quelle satisfaction de voir que nous ne nous sommes pas trompés !

Notre première escale fut comme prévue : Carabane. Ile juste à l’entrée de l’embouchure du fleuve Casamance, l’association « Pili Pili » avait annoncé notre venue mais je ne savais pas exactement quelle personne avait été avisée, je pensais à l’instituteur. Dès que nous posons pied à terre, nous partons donc à la recherche de l’école. On est vendredi après-midi et une réunion de sensibilisation sur le sida est organisée dans l’école pour les jeunes du village, quelle surprise et mise dans le bain ! J’explique à l’instituteur rapidement notre projet, que nous avons également plusieurs courts métrages traitant du sida… Lamine, l’instit, est très intéressé, il nous introduit auprès du représentant des jeunes de Carabane, Michel, et ensemble ils nous proposent d’organiser une séance dès le lendemain ! Samedi soir semble en effet être le moment le plus adapté, et comme cela nous nous ferons directement connaître, ce qui sera positif pour notre intégration à Carabane. Nous faisons le tour du village avec Michel pour informer les habitants, et le tour est joué.
Nous projetons Sango Malo, du camerounais Bassek Ba Kobhio, film tout public, histoire d’un jeune instituteur qui débarque dans un village et souhaite révolutionner l’éducation, en incitant les élèves à travailler la terre ; film accessible donc, avec un message intéressant. On en profite également suite à la réunion de la veille pour montrer quelques courts métrages « scénario d’Afrique » sur le thème du sida. Une cinquantaine d’adultes assiste à la séance ainsi que de nombreux enfants, et tout se passe à merveille. La soirée est organisée dans le foyer des jeunes – il fait trop froid pour faire la projection en extérieur, c’est l’hiver pour eux aussi ! – chacun apporte sa chaise, et tout le monde reste du début à la fin, tous très concentrés, c’est génial !
Le lendemain après-midi, nous proposons Kirikou, la séance fait carton plein ! La plupart des enfants du village sont présents, mais aussi des adultes, et une fois de plus, ils nous surprennent : les enfants sont plutôt calmes avant la séance, coachés par les adultes, et ils restent sages comme des images pendant toute la projection, happés par l’écran !

Projection de Kirikou : à la place d’une foule en furie comme on le craignait, des enfants scotchés devant l’écran, sages comme des images, incroyable…

Parallèlement aux projections, nous en profitons pour découvrir avec grand plaisir les paysages, les arbres magnifiques de l’île, et son fonctionnement ingénieux. Les habitants s’autosuffisent, ils vivent de la pêche ou de petits boulots sur l’île, du tourisme un peu également, et tous cultivent la terre. Chaque femme, si elle le souhaite, se voit attribuer une parcelle de terre équitable appartenant au village pour pouvoir faire un jardin. Les animaux vivent en liberté et se promènent dans tout le village : on croise donc des chèvres, des poules, des cochons… En plus des légumes et des fruits (orange, pamplemousse, clémentine, noix de coco), ils produisent du lait et des œufs ; on se remet au lait fermier, un délice !

Les vaches produisent de la bouse, les femmes la ramasse et la ramène au jardin pour en faire de l’engrais, quoi de plus naturel ? Lorsqu’on leur demande si elles utilisent de l’engrais chimique : « Au début, on nous en a donné, mais ça changeait les légumes, ils n’étaient pas bons, alors on ne les utilise pas. »

Nous pensions rester un petit moment, s’intégrer à la vie paisible du village, passer du temps avec Michel et ses amis… Mais voilà, notre habitation n’était pas très confortable… Le mouillage était plein vent tous les matins et une nuit, le vent s’est levé et nous n’avons pas dormi de la nuit tellement le bateau bougeait dans tous les sens. Impossible avec nos 1m80 de tirants d’eau d’aller nous réfugier dans un bolong derrière le village, nous voilà contraints de quitter Carabane plutôt que prévu, quel dommage. C’est l’endroit qui nous plaît le plus depuis tout le voyage et c’est là que nous restons le moins longtemps (5 jours). Heureusement que nous avions organisé directement une séance, auquel cas nous aurions été bien frustrés, comme quoi il ne faut pas attendre pour faire les choses, car on ne sait jamais de quoi sera fait le lendemain ! Une autre séance était en cours de préparation, avec l’aide des jeunes pour trouver un financement pour l’essence. Sans électricité dans les villages, nous devons maintenant utiliser notre groupe électrogène, et ce que nous avions oublié, c’est que l’essence, ça coûte cher ! Impossible pour nous de payer l’essence pour chaque séance, nous ne sommes pas une ONG qui donne pour donner, nous préférons expliquer la situation aux villageois : s’ils veulent un cinéma, il faut qu’ils participent eux aussi.
Nous quittons Carabane mais pas définitivement, Lamine nous invite au festival socio-culturel de l’île qui se déroule en avril, d’ici là le vent soufflera moins, le mouillage sera donc plus confortable. Restant six mois dans la région, nous pouvons nous permettre de revenir sur l’île, c’est appréciable de ne pas se dire au revoir mais à bientôt ! Nous partons avec quelques courses (des œufs, du lait, des patates, des fruits), et heureusement car le village suivant ne sera pas tant fourni !

Carabane

Nous partons pour Niomoune, village où nous attendent nos amis du voilier Goélane (si vous suivez le journal depuis le début, vous les connaissez aussi, nous les avons rencontré à notre arrivée en Espagne après notre traversée du Golfe de Gascogne). Katell, Julien et leurs enfants Youna et Maël devaient traverser l’atlantique cette année après leur passage au Siné Saloum pour une mission avec Voiles sans frontières, mais voilà, ils sont tombés amoureux de la Casamance ! L’envie de se poser un peu, prendre le temps, est venu s’ajouter à leur choix, ce qui fait notre bonheur ! On est super contents de se retrouver, cela fait un mois et demi qu’ils vivent à Niomoune, ils peuvent donc nous introduire !

Notre arrivée à Niomoune : plongée d’entrée dans une cérémonie traditionnelle de deuil puis projection de film sur la place du village

Heureusement en effet qu’ils sont là, ainsi qu’Anouk, une « toubab » qui vit à Niomoune depuis 3 ans, car notre arrivée est des plus originales et dépaysantes : nous débarquons à Oback, un des 4 quartiers de Niomoune le jour d’une cérémonie de deuil. Une vieille femme est décédée la veille, tout le village et les alentours sont réunis pour lui rendre hommage. Il existe deux sortes d’enterrement dans la religion animiste : une cérémonie « gaie » pour un deuil d’une personne âgée morte naturellement et une cérémonie triste pour un deuil d’un jeune et/ou d’une mort accidentel. Nous avons donc l’honneur d’assister à une cérémonie de fête traditionnelle, difficilement explicable en quelques mots : les hommes dansent tous en chantant avec une lance à la main, les sauts de bounouk (alcool local = vin de palme) coulent à profusion, les griots finissent par porter le corps et demander aux esprits si la femme est prête à partir au cimetière (la famille dépose des offrandes – boissons – sur le cercueil et parle au défunt)… Bref, c’est la découverte d’une culture qu’on ne connaît pas, très portée sur les fétiches, les griots, le respect des anciens. En l’espace d’une après-midi, nous saluons presque tout le village, quel accueil !

Remise tout juste de mes émotions, nous partons nous promener dans le village le lendemain avec Katell et rencontrons les jeunes d’Oback. Je leur explique notre projet et ils réussissent à me convaincre d’organiser une séance dès le lendemain, c’est reparti ! Ils m’affirment que l’info va vite circuler, et que la foule sera là, et ils n’ont pas menti !
Après une petite hésitation sur le choix du film - ils s’organisent souvent des soirées vidéo où ils ne regardent que des films de guerre ou de Kung Fu, et lorsque le film est trop calme, ils en passent un autre : passer un film africain où il ne se passe pas grand-chose nous semblait un peu risqué pour une première… - nous projetons Mossane, de la sénégalaise Safi Faye (ils nous étaient demandés un film en wolof car beaucoup ne parlent pas français, et nous n’avons pas de film en diola) : très beau film qui conte l’histoire d’une belle jeune femme de 14 ans convoitée par tout le village, elle est amoureuse d’un homme qui l’aime également, mais elle est promise un autre, un riche du village qui vit en France. Sa famille la force à se marier avec cet homme pour l’argent, et Mossane refuse. Le film est assez lent, avec de longs moments de pose musicale et pourtant, il comble le public. Tout fonctionne comme nous l’avions pensé : même s’ils n’ont pas l’habitude de regarder des films d’art et essai, le fait que le film parle de leur vie, cela les enchante. Ils rigolaient tous en voyant les personnages manger à la main dans un grand plat, alors qu’ils font tous les jours !

Vu panoramique du public ce soir là : record battu, les habitants des autres quartiers autour de Oback se sont aussi déplacés pour voir le film

Le lendemain les échos étaient très positifs, beaucoup m’ont demandé si une autre projection est prévue le soir même ! Nous n’y pensions pas car le samedi soir, les jeunes organisent un bal. Mais voilà, dans le quartier d’Elou, une autre cérémonie de deuil a lieu pour un jeune décédé quelques jours avant à Ziguinchor et originaire du village. La soirée prévue à Elou est annulée et les jeunes d’Oback nous demandent de projeter un film le soir. Nous acceptons à la condition que les jeunes organisent tout : la communication et l’entrée pour pouvoir payer l’essence. De nouveau, ils nous surprennent. Habitués à organiser des soirées, tout se passe sans incident : en deux heures tout Niomoune est au courant de la projection, ils font payer 50 francs CFA (5 centimes) pour les adultes, 25 francs pour les enfants. Pour rentrer dans nos frais, nous nous étions baser sur 150 personnes mais l’audience a été beaucoup plus forte. Comme film du samedi soir, nous passons Jaaro Bi, de nos amis de Pikine rencontrés pendant le festival de film à Dakar. C’est un premier film réalisé dans un quartier de Dakar qui se veut très comique, la salle a rigolé du début à la fin !

Projection samedi soir au foyer de Oback

Nous ne pouvions pas imaginer mieux en termes d’échange pour notre projet : organiser les séances avec les jeunes du village, qui règlent seuls notre problème d’argent du à l’essence du groupe électrogène. Comme il y avait foule ce soir là, l’entrée a permis de payer deux séances, nous allons donc organiser une autre projection un soir en plein air, gratuit pour tout Niomoune.

A côté de cela, nous avons rencontré l’école et le collège qui s’organisent également pour proposer aux élèves des séances spéciales. Grande première mardi après-midi dans le foyer de Som (un autre quartier de Niomoune) où il était projeté un documentaire sur C’est quoi le sida et un film de fiction de 30 min réalisé par des jeunes banlieusards de Paris Tout à Refaire, traitant de l’émigration. Comme vous pouvez vous en rendre compte, tout s’est organisé très vite : 3 séances en l’espace de 5 jours. Pour la dernière, on a bien failli se voir nous la reprocher… En fait, la projection avait été organisée avec le principal du collège mais nous n’avions pas avisé le dispensaire de santé de Niomoune pour le documentaire sur le sida, tout simplement parce que nous ne savions pas que ce dispensaire existait. Par le biais d’Anouk, l’infirmier est venu se plaindre, on a rectifié le tir en l’invitant la veille pour le lendemain à assister à la séance et à participer au débat. Autre erreur, nous n’avions toujours pas rencontré le chef du village, absent depuis notre arrivée à cause du deuil du jeune de Ziguinchor. Attention, à vouloir aller un peu vite, nous avons oublié quelques règles importantes… Tout s’est arrangé sans soucis, nous avons rencontré le chef du village avant la projection pour les élèves, il était déjà au courant de notre arrivée et nous souhaitait la bienvenue !
Et pour ce qui est du dispensaire, nous avons réalisé que c’est bien le principal qui avait omis de nous en parler, car il ne souhaitait pas vraiment leur présence à la projection. Conséquence : débat un peu houleux où membres du collège et membres du dispensaire n’étaient pas d’accord entre eux sur les réponses à apportées face au sida, le principal voulait qu’on parle uniquement français car cette séance était organisée par l’école pour des fins pédagogiques… Mais quel pédagogie de parler à des élèves une langue que certains ne comprennent pas ! Bref, je pourrais m’étaler sur ces problèmes mais par écrit, il ne sera pas évident que vous me suiviez dans ma réflexion, j’arrête donc ici le débat !

Organisation « pratique » pour la projection du collège : chacun vient avec sa chaise ! Tous les élèves sont présents ainsi que d’autres enfants et adultes de Niomoune ; débat sur le sida animé par le principal, le prof de SVT, Alipha du dispensaire (avec la casquette), et Anouk bénévole à « Aides »

Comme vous le voyez, nous avons pleins de choses à dire sur notre arrivée en Casamance, ce début de séjour est très riche à tous les niveaux. L’intégration à Niomoune a été express. Avec le cinéma, tout le monde connaît mon prénom et dès que je me promène dans le village, j’entends « Pauline, Kasoumay (Comment ça va) ? ». On se sent très bien ici, l’échange est total, nous apprenons beaucoup de leur vie et nous leur apportons beaucoup avec cette découverte du cinéma africain.

Voilà, pour la vie quotidienne niomounoise, ce sera pour un prochain message, pas avant 15 jours car pour aller sur internet comme pour aller faire des courses d’ailleurs, il faut se rendre à Ziguinchor, la capitale, à environ 4h en pirogue. Grand changement pour nous en effet : on ne trouve pas de légumes, lait, œufs, fruits… à Niomoune. Ils ne mangent que du riz avec du poisson quand il y en a, on trouve peu de choses à la boutique (du bon pain tout de même !), mais tout cela est une question d’habitude et d’organisation (pour faire ses réserves en allant à Ziguinchor !).

Autre grand changement : le départ de BenjaMains. Heureusement que nous avons la satisfaction de nous retrouver tous les deux avec Yann, car nous voyons partir un grand ami, qui va beaucoup nous manquer dans la suite du voyage, spécialement pour Yann qui partageait beaucoup avec lui, que se soit pour la musique ou les travaux sur le bateau. Nous nous quittons naturellement en Casamance, à la fin de notre périple itinérant, après 4 mois de vie commune et plus de 6000 km parcourus, quelle riche expérience ! Je vous laisse avec un dernier magnifique message de Benjamin, que nous remercions mille fois et à qui l’on souhaite un bon retour, à toi de lancer ton projet, on est avec toi !!

Le départ de Benj (à droite, Goélane)

Arrivée en Casamance, terre où l’homme ouvert et généreux vie en harmonie avec la terre, l’eau et l’animal.
Terre de tradition, où les valeurs africaines sont encore aujourd’hui en grande partie préservées.
Terre d’accueil, où Evaloa et son équipage se sentent tout de suite à l’aise, comme des membres de la famille.
Terre d’harmonie, où chaque scène de vie détient toute la beauté du monde, dans un décor de nature forte.
Arrivée en Casamance, où la fin d’un long voyage laisse place sans transition à un autre qui promet d’être riche en expériences et découvertes.
Le Cinéma est apprécié comme jamais, à sa juste valeur. Sa place est bien ici, au bon endroit, au bon moment.
C’est sur ce tableau harmonieux que j’achève ce si beau voyage. Je vais laisser un peu tranquille Yann et Pauline, les laisser vivre leur projet, vivre cette expérience, vivre tout simplement.
Je vous laisse là, heureux et serein de vous savoir dans cette région si accueillante.
Je ne vous remercierai jamais assez pour cette invitation au voyage. Et quel voyage ! A quatre sur le dos d’Evaloa, les histoires ont été riches et fortes, les rencontres chaleureuses et surprenantes, les paysages envoutants, et la vie tellement belle.
Me voilà bien chargé de couleur, d’émotions fortes et de soleil, prêt à affronter le froid du nord. Mais pour éviter tout choc thermique, je prévois un retour en douceur par la route jusqu’au Maroc, pour finir par les airs. Et grande coïncidence, Agnès part le même jour que moi de Bretagne en bus pour rejoindre Evaloa. Deux départs le même jour pour ce 20 Janvier, date déjà historique avec ce grand changement  de l’autre coté de l’Atlantique.
Ce long voyage m’a permis de me poser un peu avant d’achever mon projet qui lui aussi tourne autour de l’itinérance et du vivre autrement : un atelier de menuiserie itinérant accompagné de ma casba démontable.  A mon retour, je commencerai tout de même par mettre à jour ma page perso sur le site internet de l’association collective et artistique où je suis installé : http://elaboratoire.free.fr
Le cinéma itinérant est arrivé à bon port. Je peux maintenant quitter le navire… comblé.
Merci encore.

PS : nous avons mis beaucoup de photos dans ce message mais nous sommes tellement contents de pouvoir vous montrer comment se passent nos projections en Casamance, c'était dur de choisir !

jeudi 8 janvier 2009 : départ pour la Casamance, ENFIN !!

Tout d’abord, le traditionnel « bonne année » !!
Nous l’avons bien commencé, toujours sur Dakar, sur la plage devant Evaloa. Nous pensions aller dans le centre ville pour le premier de l’an mais nous nous sommes fait happer par la musique, le barbecue sur la plage, un peu comme à noël quoi, avec en plus le chant et la danse, encore un très bon moment partagé.

Le premier de l'an sur la plage : on a déplacé tous les instruments du bateau pour faire chanter et danser (mais bon, c'est pas moi qui joue de la guitare...) !

Nous étions tout même contents de quitter Dakar, quitter la ville, la poussière, la pollution et la surpopulation. Nous sommes partis samedi dernier pour une dernière escale avant la Casamance : M’bour. Départ samedi matin : totale pétole ! Comme d’hab, nous ne souhaitons pas avancer au moteur, au bout de deux heures, on fait demi-tour, on est devant la plage de la Voile d’or alors nous décidons d’y faire un petit saut, en souvenir de notre passage. Baignade et repos, nous repartons le soir même et naviguons de nuit. Nous sommes arrivés dimanche matin, Evaloa a posé l’ancre devant la plage de M’Bour, à côté de chez Yoyo, un pote du Trégor venu 3 mois au Sénégal rejoindre sa femme Mam. On a passé quelques jours avec eux, nous nous sommes régalés en mangeant sénégalais. Mam nous a cuisiné des plats traditionnels comme le yassa (riz blanc avec une sauce oignons avec du poisson ou du poulet) ou le thieboudjen (riz rouge aux poissons), et pour finir le dernier soir, un couscous sénégalais ! Les sénégalais fêtaient le 07 janvier le nouvel an musulman, appelé Tamkharit. C’est jour de fête où la tradition veut que les hommes se déguisent en femmes, et les femmes en hommes, très original !

Nous n’avons pas pu organiser de projection de films comme cela était éventuellement prévu dans une école à M’bour : problème technique ! Avec ses 1m80 de tirants d’eau, Evaloa était mouillé très loin de la plage mais surtout, de belles vagues éclataient sur la plage, et pour arriver en annexe, ce n’était pas évident… Nous n’avons pas voulu tenter de sortir le matériel de projection au risque de le voir trempé ou pire tombé à l’eau, on n’en a encore besoin pour la Casamance ! On aurait pu changer de mouillage pour aller à Saly à 3km mais nous avons préféré manquer cette étape et partir direct pour la Casamance.
J’ai profité de ce passage à M’Bour pour me faire plaisir : tressage de cheveux avec Mam, sa sœur, et la mère de Yoyo, et une autre sœur de Mam, Fatou, qui est couturière, m’a cousu un beau pagne avec une tunique. Ça y’est, je me suis sénégalisée (enfin, physiquement…) !

Tressage avec Touli à gauche et Mam à droite...........................................................................................................couscous sénégalais pour le Tamkharit

Nous partons demain pour la Casamance, nous avons tous hâtes de découvrir enfin la région, on a soif de verdures et de villages !! On est également pressés de voir s'épanouir le projet à l'endroit où il a été pensé. Yoyo nous accompagne, Benjamin aussi avant de repartir en France dans 15 jours. Une journée et une nuit de navigation et nous y sommes !
Cette fois, je ne m’avance pas sur l’endroit où nous allons nous poser… vous le découvrirez dans le prochain message !

Bon début d’année à tous, très froid selon les dires… Pour nous, ça va, il fait environ 30 degrés, et il fera encore plus chaud en Casamance, à chacun son hiver !

 

Jeudi 26 décembre : notre premier festival de film africain et notre premier noël à Dakar !

Comme il est plus difficile pour moi de tenir le journal quotidiennement, nous nous sommes mis au rythme africain, il faut prendre son temps !
Quoique depuis que nous sommes arrivés à Dakar, le temps nous l’avons pris pour le remplir de multiples activités, notamment de programmations de films (ça tombe bien, c’est notre projet !).
Le festival étant terminé depuis peu, c’est l’heure du bilan, beaucoup de choses pourraient être évoquées, du bon comme du mauvais.

L’affiche des séances à la Voile d’or + préparation

Tout d’abord, notre semaine passée à la Voile d’or. D’un côté, nous étions contents de pouvoir profiter d’un moment à terre où nous étions logés et nourris (et bien nourris, même si ce n’était pas des plats sénégalais mais plutôt européens) mais de l’autre, nous n’étions pas à notre place, et de ce fait le projet non plus. Endroit touristique, belle plage remplie de cocotiers où il faut payer 1000 francs CFA en journée pour pouvoir s’y baigner, vous imaginez que ce n’est pas un lieu populaire où les dakarois se rendent quotidiennement… Le festival du film de quartier n’avait encore jamais organisé de projections dans ce quartier chic de « Bel air », éloigné du centre ville. Conséquence : malgré le grand engouement de l’équipe du Media centre « vous aurez pleins de monde on en est sûr, la communication est passée », nous n’avons eu qu’une vingtaine de personnes lors des 3 projections à la Voile d’or. Les spectateurs n’étaient même pas festivaliers mais habitants du quartier, personnes travaillant près de la Voile d’or, amis rencontrés depuis notre arrivée ou voileux du yacht club du CVD. Ils étaient venus grâce à notre invitation ou grâce à NOS affiches faites mains deux jours avant, et non par la publicité du festival. Bien sûr nous étions un peu déçus dans un premier temps, même si nous nous doutions qu’il n’y aurait pas foule.
Au final, nous garderons beaucoup de positif des séances de la Voile d’or : en petit comité, nous avons pu échanger sur les films et tous les gens venus aux séances ont passé un superbe moment de cinéma. Les premiers films africains en compétition étaient pour la plupart de bonne qualité, avec toujours en ligne de mire un message fort à exposer. Un des courts métrages filmait de jeunes talibés mendiant dans les rues de Dakar, la réalisatrice Aïcha Thiam nous a fait l’honneur de venir en parler après la séance. Les films de Sembene Ousmane ont également remporté un vif succès, notamment Moolade, son dernier film contre l’excision. Une jeune africaine est sortie bouleversée de la projection, m’expliquant qu’elle n’avait jamais vu un film de ce genre, criant de vérité. Organiser plusieurs séances dans un même lieu est très intéressant, nous avions déjà nos habitués qui nous annonçaient avec plaisir avoir discuté du film de la veille toute la journée ! Un dakarois d’une quarantaine d’année nous racontait également aller au cinéma étant petit, prenant trois tickets pour la journée, mais les films proposés étaient des films de Kung-Fu ou des films hindous, jamais africains. Maintenant il n’y a pratiquement plus de cinéma à Dakar alors la question du choix du film ne se pose même plus ! Le dernier soir nous avons projeté un premier long métrage sénégalais, Jaaro Bi, tourné dans un quartier de Dakar (populaire celui là) nommé Pikine. Les 3 acteurs principaux étaient présents, nous expliquant que le film a fait un tabac dans tout le Sénégal, mais n’est jamais passé à la télé, ni dans les salles, tout est passé par internet et le marché noir ! Un an après sa sortie, ce n’était que la 2ème fois qu’il voyait le film sur grand écran ! Bel échange autant pour nous que pour eux, Jaaro Bi a beaucoup fait rire les spectateurs (jusqu’aux employés du bar qui regardaient le film de loin) - il a d’ailleurs obtenu le prix du public du festival -.
Pour donner une ambiance plus conviviale et accueillante aux séances, nous avons précédé les films d’un petit concert de rap dakarois, le dernier soir le groupe Kawtufu Diuma a écrit une lettre en hommage à Sembene Ousmane, très touchante.

La Voile d’or : de bonnes rencontres avec les gens travaillant là-bas, petits concerts et séances intimistes sous les cocotiers

Maintenant, notre passage à Gorée, organisation un peu laborieuse !!
Dans le programme du festival, deux séances devaient avoir lieu à l’île de Gorée, le mercredi et le vendredi. Mais voilà, la demande auprès des autorités locales n’avait pas été effectuée, malgré les dires du Media centre ! Si bien que le mercredi même nous n’avions aucune nouvelle du festival, toute l’équipe étant partie sur Ziguinchor et préférant ne donner aucun signe de vie plutôt que d’avouer avoir été submergé et n’avoir pas fini leur travail d’organisateur… Nous n’avons donc pu nous rendre à Gorée le premier soir. Pour le vendredi soir, cela s’annonçait de la même façon, j’ai donc appelé moi-même à la mairie de Gorée le jeudi matin pour expliquer notre situation. A notre surprise, la mairie n’était pas au courant de notre venue, nous expliquant avoir besoin d’une demande écrite au préalable qu’ils n’ont pas reçue. Nous décidons d’un commun accord de venir sur place et d’aviser en direct. Arrivée donc un peu hasardeuse le vendredi midi à Gorée, d’autant qu’on débarque à la mairie à l’heure de la prière (tous les musulmans vont prier le vendredi à la mosquée et s’absentent du travail entre 14 et 15h), quel manque de tact ! Le secrétaire nous demande d’attendre mais nous explique bien qu’il n’aime pas ce genre d’organisation, il a eu contact avec le media centre la veille seulement (là, on hallucine un peu), et ils n’ont toujours pas envoyé de demande écrite par mail. Ça s’annonce mal mais par chance, pendant notre attente, nous rencontrons un jeune artiste peintre, Ibrahima, qui nous emmène à l’institut Gorée, où nous sommes accueillis par la personne chargée de la culture à la mairie de Gorée, qui est prête à nous soutenir. Un coup de téléphone au maire et tout est réglé ! Le maire et son adjoint ne voient aucun inconvénient à ce que l’on organise une projection de film à Gorée, comment refuser alors que c’est gratuit ! Ils regrettent tout de même le manque de communication avec le festival, nous de même ! Nous reportons la séance au samedi soir, il nous faut tout de même un peu de temps pour prévenir les habitants qui ne sont du coup pas au courant de la projection. A la va vite, Maina confectionne une deuxième affiche pour l’occasion, que nous collons un peu partout sur l’île.

L’affiche du festival en hommage à S. Ousmanedevant le centre culturel de Gorée + notre affiche – Evaloa au port de Gorée pas très abrité, les bouts ont pris chers pendant 3 jours…

Nous devons faire face au problème similaire à la Voile d’or : le manque d’audience. Une cinquantaine de personne assiste tout de même à la séance, mais ils ne sont arrivés qu’à 22h ! Par manque de renseignements, nous avions annoncé la séance à 19h, comme pour les autres séances du festival, mais tous les gens de l’île mangent à 21h ! Ils s’organisent en fonction de la chaloupe de Dakar, ils attendent pour la plupart le retour du mari travaillant en ville pour manger en famille. Nous avons été bien surpris lorsque de 19h à 21h nous n’avions qu’une dizaine d’enfants criant devant l’écran : « un dessin animé ! Un dessin animé ! ». Nous avons donc passé quelques courts métrages d’animation pour les faire et nous faire patienter, puis les gens sont venus petit à petit.

Le centre socio-culturel de Gorée : un lieu splendide, avec d’immenses gradins, trop sûrement, les spectateurs n’osant s’y assoir et préférant rester sur le côté…

Pleins d’espoirs et pensant que les gens n’étaient pas trop venus du fait de la programmation du soir (nous passions un vieux film de Sembene Ousmane, Le Mandat), nous décidons de proposer une autre séance le lendemain avec le film Moolade. Le lieu de projection est magnifique, on en profite ! Nous avons passé la journée du dimanche à refaire des affiches à l’arrache (plus grosses car elles n’étaient soi-disant pas visible, que le public est exigeant !) et surtout, à inciter les gens de l’île à venir voir la séance, ils nous ont tous dit : « on passera Inch’Allah » et au final, nous avons eu la même audience que la veille, une cinquantaine de personnes.
Nous ne pensions pas devoir « se battre » à ce point pour faire venir les gens au cinéma, pour une séance gratuite ! Mais on se croirait en France ! En fait sur l’île de Gorée, l’offre culturelle est présente, en masse. On n’est pas dans la même situation que dans un village où il ne se passe rien le soir, les gens de Gorée sont privilégiés par rapport à cela, une fois de plus donc, le projet n’avait pas forcément sa place ici, en tout cas on peut dire qu’il en aura plus dans les villages reculés de Casamance, enfin on l’espère !
Il y a du bon à retirer de toutes choses, nous ne pouvons regretter ce passage à Gorée, nous nous sommes fait plaisirs à découvrir cette petite île magnifique, un très bel exemple d’évolution. L’île de Gorée a transformé sa dure histoire de port négrier en île artistique, où les sous terrains sont transformés en hall d’exposition et les bunkers repeints. Une île très touristique certes (pendant trois jours nous avons du nous atteler à expliquer en vain qu’on ne venait pas pour acheter des souvenirs mais plutôt leur proposer une séance de cinéma africain) mais soucieuse de l’écologie, on ne retrouve pas les ordures partout comme c’est le cas à Dakar, le ramassage des poubelles se fait tous les matins avec un âne et sa charrette. De plus, nous avons été très bien accueillis par la mairie de Gorée, et par le port qui n’est habituellement pas donné, nous sommes conviés de revenir dès qu’on le souhaite, en préparant bien sûr à l’avance notre venue !

Impression éclair de Gorée (j'ai pas eu trop le temps de prendre des photos...) : les baobabs, les enfants, le foot comme passion favori, des peintures exposées dans toute l’île et de magnifiques bâtiments classés patrimoine mondial de l’Unesco

Nous sommes rentrés lundi soir sur Dakar, au centre de voile (le CVD), yacht club où arrive la plupart des voiliers au Sénégal. Cela tombe bien, nous retrouvons effectivement le lendemain matin le magnifique lugger « Veracity » de nos amis anglais Marcus et Jess, arrivés dans la nuit (vous savez, celui qui nous a vendu l’hélice – au passage, elle n’est toujours pas changée même si ça ne devrait plus tarder, il nous manquait une pièce qu’on a fait faire sur Dakar). C’est un immense plaisir de pouvoir se retrouver et pouvoir partager noël ensemble. Nous avons l’impression de passer noël avec notre famille « de remplacement », celle du bateau, c’est super. Noël a également un côté touchant pour nous (au-delà du fait que c’est la première fois que je passe noël loin de ma famille) : c’est le dernier jour où nous sommes tous les quatre sur Evaloa. Maina nous quitte, elle reste se poser un peu sur Dakar pour entamer son propre voyage. Elle nous offre un portrait de chacun de nous - comme elle le fait déjà pour toutes les rencontres au cours du voyage (elle dessine le personnage version bande dessinée avec une bulle où est inscrite une phrase représentant le personnage) – moment très émouvant, un voyage se termine, un autre commence… Nous allons rester à trois le temps d’aller jusqu’en Casamance, d’où BenjaMains repartira lui aussi pour la France, nous laissant seuls Yann et moi sur Evaloa, après 3 mois de vie collective, ça nous fera du bien !

Nos portraits, réalisés par Maina, notre graphiste attitrée !

Nous garderons un très beau souvenir de ce noël passé au soleil sous les cocotiers de Dakar. Nous avons tout d’abord pris l’apéro autour de bons toasts et vin français (je ne sais pas comment il a tenu tout le trajet en bateau celui-là !) à bord de Veracity, dont l’intérieur avait été décoré pour l’occasion, avec son charme originel (tout est en bois), nous nous sentions comme dans une maison un soir de noël à part que l’on crevait de chaud ! Nous avons continué la soirée sur la plage autour d’un barbecue (l’apéro trop garni nous a empêché d’apprécier les poissons grillés mais passons) et des percussions mêlées au son de l’accordéon et du saxo, inoubliable ! Pendant ce temps, au CVD, une soirée un peu kitchou et un peu cher était organisée, si bien que pas mal de gens ont fini par nous rejoindre sur la plage, on a réussi à organiser sans trop le vouloir une soirée off, pas mal !

programme de Noël : apéro sur Veracity puis fête sur la plage

Voilà pour ce long message, ça vous donne une bonne lecture, un bon passe temps pour cette fin d’année ! Nous ne savons pas encore où nous passerons le premier de l’an, Inch’Allah ! Dans la semaine prochaine, nous quitterons enfin Dakar pour Mbour, ville à environ 80km où loge en ce moment Yoyo, notre pote de Pontrieux venu en voilier l’année passée à Dakar. Nous allons poser l’ancre quelques jours devant chez lui et sûrement organiser une séance de cinéma dans un orphelinat là-bas.
Bonnes fêtes de fin d’année à vous tous et à bientôt pour d’autres nouvelles (sûrement plus espacées qu’avant, rappelez vous on se met au rythme sénégalais, qui n’est pas sans nous déplaire) !

 

mardi 16 décembre : arrivée à Dakar et préparation du festival

 

Pour nos amis du Trégor : Devinez qui avons-nous retrouvé par hasard à Dakar : Yoyo !

Suite du récit : « Notre mouillage se trouve en fait devant la Voile d’or, hé oui, à l’endroit même où l’on doit organiser les projections de films, que le hasard fait bien les choses !!

Le hasard fait si bien les choses qu’une fois rendus au bureau du Media Centre de Dakar, deux jours après notre arrivée, nous sommes accueillis comme des rois par l’équipe du festival et Souadou (la femme avec qui j’avais pris le contact par mail), s’écrie, lorsque je lui apprends que notre voilier est mouillé au large de la plage la Voile d’or : « Mais il fallait me le dire plus tôt, vous êtes reçus là-bas en pension complète, dès maintenant et pour toute la durée du festival. Vous organisez des projections là-bas, la moindre des choses est de vous prendre en charge, non ? ».
C’est effectivement une bonne philosophie, mais tout le monde ne fonctionne pas comme cela et nous apprécions beaucoup l’accueil reçu par le Media Centre ; nous ne pouvons regretter d’être partis précipitamment des Canaries ! A l’hôtel-restaurant la Voile d’or, on nous attribue en effet un chalet avec douche, internet et tous nos repas sont pris en charge, si on avait imaginé un truc pareil ! Yann et moi on en profite pour faire une petite pause à terre, quitter le bateau et les équipiers pour quelques jours, ça fait du bien après une semaine passée en mer, même si on a du mal à dormir les premières nuits, nous qui avions bien pris l’habitude du mouvement d’Evaloa !

Notre arrivée à Dakar se résume pour beaucoup à de la paperasserie ! Yann passe ses trois premiers jours dans différents bureaux douaniers, il nous faut un passavant pour le voilier, on nous livre une autorisation de 15 jours d’abord, que nous devons prolonger ensuite pour six mois ; à chaque bureau des demandes différentes, des tonnes de photocopies, certains exigent de l’argent, et on a du mal à savoir si c’est pour les taxes douanières ou du bakchich, pas facile !
Moi, je passe tous les jours au Media Centre pour organiser les projections et ce n’est pas toujours facile non plus ! Tout d’abord, on nous propose deux lieux de projections : la plage la Voile d’or donc, et l’île de Gorée. Nous rêvons une séance à Gorée, mais la demande ayant été faite tardivement, nous attendons toujours la réponse. Nous sommes dans le programme, avec deux projections prévues à Gorée, alors qu’il n’est même pas sûr que l’on puisse y aller ! Ensuite, pour les films que l’on va diffuser, on m’a gentiment proposé de les visionner au préalable (rien que pour vérifier d’éventuels problèmes techniques, et il y en a). Tous les jours je dois aller chercher les copies, mais il me manque toujours des films qui me font revenir le lendemain ! Le festival est commencé depuis hier et il nous manque toujours deux films de Sembène Ousmane ! Hier par exemple, on m’a donné le film « Guelwaar », une mauvaise version en divix, sous-titré en anglais ! L’homme qui devait apporter les films n’est jamais venu et le Media Centre a dû trouver une autre solution : les acheter sur le marché. Vous imaginez bien que nous ne pouvons pas projeter les œuvres de Sembène Ousmane dans ces conditions, alors on attend toujours une bonne copie du film…
Comme vous le voyez, il y a un certain fouillis dans l’organisation, tout est fait à la dernière minute alors, ça passe ou ça casse ! Mais, en parallèle, on trouve un côté positif à ce genre de fonctionnement car du coup, tout est possible ! J’ai proposé de modifier un peu notre programmation en choisissant d’autres courts métrages de la compétition que je trouvais plus pertinents et cela n’a posé aucun problème. Il m’a également suffit de deux rapides coups de téléphone pour accueillir une réalisatrice et les acteurs d’un film pour nos futures séances. Enfin, je ne m’emballe pas non plus, comme ils disent tous : « Je viendrais oui, Inch’ Allah » alors je vais les écouter : on verra.
Le point positif aussi, c’est la rencontre de jeunes dakarois qui rappent et à qui l’on a proposé de chanter avant la séance. Mélanger musique et cinéma sénégalais, ça ne peux être que sympa ! En espérant que le public soit présent ; on a un peu peur avec le lieu la Voile d’or : la plage est privée et se trouve dans un quartier chic de Dakar, qui diffère des autres lieux de projections du festival, plus populaires. L’équipe du festival ne sera même pas présente pour nos projections car ils vont tous à Ziguinchor en Casamance. Pour la dixième édition, en hommage à Sembène Ousmane, le Media Centre a étendu pour la première fois le lieu du festival, et organise beaucoup de choses à Ziguinchor, notamment l’ouverture et la clôture du festival. Conséquence : tous les médias et réalisateurs se rendent là-bas, pour ma plus grande frustration, cela nous donne l’impression d’être les exclus qui restent à Dakar (mais c’était un choix de notre part de rester à la capitale, c’est trop rapide pour nous, avec les papiers…, de nous rendre maintenant en Casamance).

Voilà quelques impressions en vrac de notre arrivée et de ce qui nous attend pour le festival, c’est sûrement un peu confu mais il est difficile de bien ranger ses idées lorsqu’on a la tête dans le guidon !

A bientôt pour la suite des évènements…

PS : pour plus d’infos sur le festival, vous pouvez visiter le site : www.filmdequartier .org

 

Dimanche 14 décembre : Las Palmas - Dakar en 6 jours et demi

 

Récit de la traversée par le capitaine :

Départ de Las Palmas aux Grandes Canaries un peu précipité. Suite aux nouvelles du festival de Dakar, nous n’avons plus que 10 jours pour partir. Il faut donc y aller aujourd’hui (mardi 02 décembre) mais les derniers renseignements météorologiques  de ponton avec un voilier rentrant nous fait bien comprendre que le mieux à faire est de retourner se coucher et d’attendre 3 jours. Haï, je n’ai encore jamais fait de nave de plus de 7 jours et encore moins de partir par gros temps annoncé ! Il arrive ce que je ne souhaitais pas : être pris par le temps.
Une réunion de bord s’impose entre le bon plan du festival et le mauvais de la nave. Oui, non, non, oui, et puis aller merde, s’il fait pas beau maintenant, au moins, il fera beau après ! On remballe nos stress, on réfléchit plus et on y va. Evaloa prend la passe de sortie plein sud, sud-est. Mince, on a oublié de payer la nuit dernière, bon, de toute façon, on repassera bien un jour.
Nous voilà partis, vu la houle de 3-4 mètres, la possibilité de faire demi tour ne se pose même pas. Pendant 3 jours, nous avons enchaîné les surfs à 8-9 nœuds par quart de 4 heures, 2 par 2. Mettre le pilote n’a pas été possible à cause de quelques traîtres vagues qui s’amusaient à coucher le bateau.  Nous avons pour la première fois bien remplie le cockpit d’Evaloa (imaginez-vous une baignoire d’eau qui vous tombe dessus)! Au début, c’est plutôt stressant et au final, assez drôle. Heureusement, l’eau est chaude et la combinaison de quart étanche.
La mer est montée pendant deux jours puis l’apogée atteint, nous attaquons une redescente des plus tranquilles (en fait, c’est comme l’inverse d’une drogue : le plus dur, c’est la montée et le meilleur, c’est la redescente !). Les 4 derniers jours furent donc beaucoup plus calmes, malgré deux réveils au près très serré, qui a immergé le liston tribord d’Evaloa, pas très étanche… Conséquence : après les vagues qui nous avaient bien trempées les premiers jours, c’est à l’intérieur du bateau que l’eau rentre : dans mon filet et dans l’équipée de Benj, Pauline et Maina ont la chance d’avoir leurs affaires côté bâbord !
En tout cas, on a enfin pu remettre lolotte (le pilote automatique, remplaçant du barreur) et la mer n’a fait que se calmer, et heureusement donc, car le taux d’humidité général du bateau  avait atteint son apogée (il reste encore pas mal de petites prises d’eau) ! Nous avons donc fini notre nave en séchoir flottant, au rythme des apéros, de la musique, des discussions, des dauphins, des globicéphales noirs et des poissons volants.

Séchage du bateau et préparation de la moustiquaire : diverses activités lorsque c'est calme en mer... à droite, la découverte d'un globicéphale noir!


Couchés avec une lueur au large et réveillés face à Dakar, nous avons contourné le cap puis l’ile de Gorée, toujours à 5 nœuds. Derrière Gorée arrive notre premier pétole, à 2 milles d’un magnifique mouillage (face à une plage de rêve remplie de cocotiers) où Evaloa pose son ancre le mardi 09 décembre, à 13h. Nous pensons mouiller devant le yacht club de Dakar, le CVD mais élément étrange, nous ne sommes que trois voiliers, puis deux puis les seuls. Nous découvrons finalement que le yacht club est derrière la baie, et beaucoup moins accueillant : une cinquantaine de voiliers dans un mouillage crasseux, près d’une plage-déchetterie.
Notre mouillage se trouve en fait devant la plage la Voile d’or, hé oui, à l’endroit même où l’on doit organiser les projections de films, que le hasard fait bien les choses !!

La suite très très bientôt…

Notre mouillage à la Voile d'or (derrière Evaloa, c'est l'île de Gorée)

 

Lundi 01 décembre : hésitations, réflexions, hésitations… au final, changement de programme : fini les Canaries, on part pour le Sénégal !!

San Andres, le village des ratatons, près de Santa-Cruz de Tenerife, la plage de San Andres et notre mouillage en face, joli mais très houleux, c’est pour cela qu’Evaloa est le seul voilier au fond à droite de la photo !

Oubliez de nouveau la dernière phrase de mon ancien message, rien ne s’est passé comme prévu ! Je devrais pourtant le savoir, déjà dans la vie, c’est un peu comme cela, mais en voyage, et spécialement en bateau, la dose d’imprévu est multipliée par XXXXX !?!
Tentons de résumer un peu tout ça… Donc, nous en étions arrivés à Santa-Cruz de Tenerife, avions prévu d’y rester une journée, le temps du ravitaillement, puis de filer vers l’ouest, avec pour objectif l’île de La Palma, pour rejoindre les ratatons… Mais c’est quoi ça « les ratatons » ? Un couple que l’on voulait rencontrer depuis longtemps, d’abord découverts sur internet, puis sur la route par l’intermédiaire de potes à eux devenus les nôtres (dont Brian rencontré à Essaouira). Claire et Jérôme ont comme nous un bateau-spectacle ! Ils ont monté un dossier défi-jeunes il y a deux ans et avaient le projet d’aller au Sénégal jouer leur spectacle de rue dans des villages reculés du Sine-Saloum (cf www.ratatons.com). Entre-temps, ils ont fait un bébé, et se sont arrêtés le temps d’une longue pause aux îles Canaries.
On pensait donc qu’ils se trouvaient à La Palma, mais avant de quitter Santa-Cruz, je vais sur ma boîte email et j’ai un message de Claire : ils sont à Santa-Cruz !! Forcément, y’a changement de programme, et de nouveau, nous restons plus longtemps que prévu. On les invite d’abord à manger au bateau, puis après plusieurs tergiversations sur « on part », « on part pas », « mais au fait, on part où ??! », nous décidons de nous poser pour réfléchir et pour les aider deux jours sur leur voilier en carénage. On quitte le port pour se mettre au mouillage en face d’où habitent provisoirement les ratatons et l’idée, c’est de leur donner un bon coup de main pour les motiver au plus vite à nous rejoindre au Sénégal (leur projet pour le Sine-Saloum, organisé avec Voiles-sans-frontières, tient toujours pour le début de l’année prochaine) ! Le séjour à Tenerife s’est transformé en mini chantier pour les uns, et pour les autres, moi en l’occurrence, en nounou de la gentille petite Noémie, fille des ratatons !

Ça bosse sur Créach, pendant que d’autres s’amusent à bord d’Evaloa, chacun son boulot !!

Voilà notre premier élément perturbateur (positif bien sûr, superbe rencontre et riches échanges qui ne demandent qu’à se retrouver !) de cette semaine, le deuxième est ce fameux festival de cinéma à Dakar. Histoire assez folle difficile à expliquer de façon claire et concise… accrochez-vous :
Mon premier contact était Oumar N’Diaye, directeur artistique du festival du film de Dakar, on s’était entendu avant notre départ pour participer à cette manifestation se déroulant du 02 au 06 décembre. Entre-temps, plus de nouvelles de lui, nous n’étions pas trop dans les temps… MAIS (il y a toujours un mais) en écrivant à l’alliance franco-sénégalaise de Ziguinchor, j’apprends qu’un festival de film africain va avoir lieu au mois de décembre en Casamance et à Dakar, du 15 au 21, en hommage à Sembene Ousmane. Là je ne comprends plus rien, je me dis que les dates du festival ont été décalées, qu’Oumar N’Diaye ne m’a pas prévenu, car cela ressemble étrangement au festival auquel nous devions participer initialement. Troublée, je passe un petit temps pour faire des recherches sur internet et j’apprends qu’il existe deux festivals, aux appellations assez proches et prévues pour le même mois de décembre, de quoi « risquer de brouiller les repères des festivaliers », tu m’étonnes !
L’explication, je pense l’avoir trouvé en lisant un article sur internet : mon premier contact, Oumar N’Diaye, était le directeur du festival du film de quartier (celui du 15 au 21), et après une querelle avec ses collaborateurs, a quitté son poste et a monté un autre festival : le festival du film de Dakar, dont la 1ere édition aura lieu au début du mois de décembre. De mon côté, je pensais donc avoir à faire au directeur artistique de l’ancien festival ce qui n’était pas le cas, et il ne m’avait pas précisé son changement de poste !
J’ai donc écrit au festival du film de quartier (grand évènement culturel national sur le cinéma africain qui fête sa 10ème édition cette année) expliquant notre projet et notre proposition de participer à leur manifestation en organisant des projections de films sur les rives autour de Dakar, et dès le lendemain, on a leur réponse : ils sont conquis ! En deux jours, nous avions changé de collaborateurs, nous allons maintenant travailler avec le media centre de Dakar, l’une des structures audiovisuelles les plus importantes de Dakar.
Ils nous proposent de diffuser les films programmés pour le festival, dont ceux de l’illustre cinéaste sénégalais Sembene Ousmane, ils nous trouvent différents lieux de projections autour de Dakar tels que l’île de Gorée, de Ngor et la plage Voile d’or (en prévenant eux-mêmes les autorités concernées), bref tout cela s’annonce bien. La petite goutte qui a fait pencher le vase du côté du Sénégal, c’est la possibilité de retrouver une équipe de Thalassa en Casamance. Ils sont là-bas au mois de décembre, et peut-être vont-ils faire un crochet pour faire un petit reportage sur nous, mais ne nous emballons pas, les démarches sont en cours et n’aboutiront peut-être pas…

Voilà toutes les raisons qui nous ont fait cogiter ces derniers jours. Nous aurions aimé passer encore un peu de temps aux îles Canaries, pour découvrir les îles de l’ouest, plus désertiques, naviguer avec notre nouvelle flottille – les ratatons à bord de Créach et Brian à bord de Timshel – mais voilà, nous sommes heureux de mettre en avant le projet, et les potes, on les retrouvera au Sénégal dans l’hiver !
Nous sommes partis de Tenerife mercredi soir dernier pour Las Palmas, capitale des Grandes Canaries ; et oui, nous nous sommes dit que la meilleure façon de visiter les îles Canaries est de séjourner dans toutes ses capitales ! Je rigole bien-sûr, c’était pour retrouver Marcus, qui a pour Evaloa une hélice qui devrait booster un peu notre vieux moteur… Nous pensons partir demain matin, souhaitant arriver autour du 10 décembre à Dakar et ayant environ 8 jours de navigation, nous ne devons pas traîner (en plus, la météo n'annonce pas trop de vent, nous pourrions donc nous retrouver plus d'une semaine en mer).
Vous pouvez ainsi vous imaginez qu’en ce moment, à bord d’Evaloa, ça ne chôme pas, fini les vacances ! Avant-hier matin, Yann est monté en haut du mât, et l’après-midi, il est plongé sous la coque, pour changer l’hélice, programme chargé ! Y’a aussi quelques petits travaux à faire sur le voilier avant la traversée, coudre les moustiquaires, préparer des bons petits mets pour la future longue navigation (hoummos, soupe, pains…)… Quelques chaudes soirées avec nos amis que l’on va bientôt quitter, et au revoir les Canaries !

Allez, maintenant je dois vous dire : rendez-vous pour le prochain message au Sénégal !!! Olala ça fait un peu drôle de se dire ça, heureusement qu’on a 8 jours en mer pour réaliser que ça y'est, après 3 mois de voyage, on arrive en Afrique ! 

 

Vendredi 21 novembre : le côté noir des Canaries, conséquence du tourisme…

Ce n’est pas pour la beauté du lieu, mais pour vous donner une idée du port de Rubicon (à gauche) et d’une plage aux alentours (à droite)

Après avoir quitté avec quelques hésitations notre belle petite île de Graciosa, nous nous sommes rendus à Rubicon, à la pointe sud de Lanzarote, et là, changement de décor ! Nous mouillons juste devant la marina Rubicon et lorsque nous découvrons le port, ça nous fait tout drôle. On se croirait à Walt Disney, mais nous ne sommes pas dans un parc d’attraction mais bien un parc de consommation. Le port est une ville reconstituée, tout a été détruit pour faire une marina neuve, privée, sans âme, à l’image de notre beau monde capitaliste. Tout est fait pour inciter à la consommation, le port n’est qu’une succession de magasins, centres commerciaux et restaurants. Des amis au port nous racontent que bons nombres de choses sont interdites ici, comme par exemple d’étendre son linge sur le bateau, ça fait mauvais genre. Au mouillage sans rien payer, nous ne sommes donc pas les bienvenus ! Nous n’avons pas le droit de laisser notre annexe au ponton, auquel cas nous devons payer, et je n’ai même pas eu le droit d’utiliser la laverie (qui est payante), ne faisant pas partie du port ! Bref, on est un peu dégoutés d’être face à ce qui s’annonce comme notre future proche (plusieurs ports en France se construisent dans ce sens) et nous préférons quitter ce lieu au plus vite.
Mais comme à chaque fois quelque chose ralentit notre départ, nous rencontrons Marcus, ingénieur en mécanique qui a un magnifique vieux gréement Lugger nommé « Veracity ». Nous préférons donc rester une journée de plus pour qu’il jette un œil au moteur. Il donnera quelques astuces à Yann, il faudrait démonter le système hydraulique du moteur pour changer les joints ou autres qui seraient trop usés… Une autre solution s’offre cependant à nous : changer l’hélice pour gagner en vitesse et il se trouve justement que Marcus a deux modèles d’hélice sur son bateau ! On devrait le retrouver sur l’île de La Palma, si une des hélices est à la taille, un petit chantier s’imposera avant de quitter les Canaries…

Coucher de soleil au mouillage de Rubicon, "Evaloa" à gauche, au milieu le catamaran "Ulysse" de nos amis français Marie, Johan et leurs enfants, et "Veracity" à droite, le voilier anglais de Marcus

Le soir, on fait une petite soirée au catamaran de Johan, Marie, et leurs enfants Léa et Noé, en compagnie de Marcus, on se couche bien tard ce qui nous démotive pour le départ au matin… Ce n’est pas plus mal car le lendemain, Marcus loue une voiture avec son amie Jess, et nous en profitons pour faire un petit tour avec eux, découvrir l’île sous une autre image que la marina Rubicon. Lanzarote est nommée « la perle noire », nous comprenons pourquoi : les roches volcaniques sont noires et le paysage y est très aride, la vue de ce paysage montagneux apporte tout de même des sensations étonnantes.

Nous sommes partis avant-hier matin de Rubicon, pour une journée et une nuit de navigation avec les alizés maintenant bien établis (même si on doit souvent faire face à des accélérations brutales de vent qui sévissent entre les îles), une mer avec peu de vagues, l’allure de travers n’est pas forcément la plus agréable (les vagues étant elles aussi de travers, certaines nous arrivent dans le cockpit) mais Evaloa avance bien, et nous arrivons en début d’après-midi (hier) au port de Santa Cruz. Nous restons une journée pour le ravitaillement : réserve d’eau, lessive, et surtout, grosses courses pour avoir quelques réserves à bord, vidées depuis le Maroc !
Nous repartons ce soir pour l’autre côté de Tenerife, à un mouillage abrité – on l’espère – à la pointe ouest, pour visiter un peu l’île avant de nous rendre à La Palma.

Arrivée à Tenerife

Vendredi 14 novembre : Graciosa, on s’en souviendra !

Le port et la plage de Graciosa

En relisant les dernières phrases du précédent message écrit à la va-vite, je rigole bien ! « Nous allons trouver un autre mouillage, là où cela nous chantera… », oui oui bien-sûr, c’est surtout qu’on n’a pas vraiment eu le choix !
Lundi matin, notre « magnifique mouillage » s’est transformé en mouillage non-abrité voir dangereux : le vent a tourné sud-est (même avec les alizés des Canaries, on arrive à avoir du vent du sud, la météo décidemment, c’est vraiement pas ça…) et est monté en crescendo jusqu’à 45 nœuds. Notre ancre était bien crochée mais jusqu’à quand ? Et puis le roulis des vagues faisait tanguer le bateau, nous nous faisions trop remuer pour rester là. Cependant, petit problème : nous avons eu la bonne idée de mouiller juste devant les rochers et que – ceux qui nous suivent régulièrement doivent maintenant l’avoir bien compris – nous ne pouvons faire confiance en notre moteur qui ne remonte pas à plus de 30 nœuds de vent !
Analysons donc calmement la situation : le moteur pourra à peine nous aider à remonter l’ancre, il faudra ensuite partir à la voile, mais voilà, le vent dans le nez, nous avons peur de ne pas assez remonter au vent et de finir dans les rochers. Finalement, Benjamains tente de remonter l’ancre : impossible ; cela devient encore plus dangereux car si nous prenons du temps à remonter l’ancre, le risque de riper sera plus important, et celui de se retrouver dans les cailloux deviendra bien réel !!
Pendant nos questionnements, tous les voiliers autour de nous ont quitté le mouillage pour un autre en face plus abrité, nous voilà tout seul dans cette galère ! Pas tout à fait en réalité, nous communiquons par la VHF avec un ami sur un catamaran, et nous découvrons avec plaisir la solidarité du monde de la voile. Plusieurs bateaux se passent le mot, expliquent ce qu’ils nous arrivent et discutent entre eux pour trouver la solution la plus adéquate : « Avec nos voiliers, il est risqué d’aller les remorquer, et nos moteurs ne suffiront pas » ; « Si j’étais à leur place, je ne resterais pas là-bas, le plus sécurisé est qu’ils laissent leur mouillage et partent à la voile et au moteur. » Ah ça fait drôle d’entendre que l’on parle du bateau bleu aux voiles bleues qui est en galère, ça n’arrive pas qu’aux autres !
Leurs avis nous font réfléchir, et les nôtres bien-sûr (cela sert dans ce cas d’être à plusieurs), nous pensons que le plus sage est de laisser notre mouillage (en lâchant la chaine tenue à l’ancre tout en l’ayant amarrée à une bouée pour venir la rechercher ensuite), de cette façon nous ne chasserons pas et pourrons remonter rapidement au vent et sortir des cailloux. Après avoir installé la bouée au bout de la chaine, nous tentons tout de même une dernière fois de relever l’ancre et si le voilier chasse avant qu’elle soit remontée, nous lâcherons la chaîne. Nous nous y attelons à deux avec Benjamains, trouvant une bonne technique, on réussit tant bien que mal à la remonter. Instant exténuant, les vagues rentrent par l’avant, Benjamains qui doit bien se relever pour tirer l’ancre me donne l’impression qu’il va finir à l’eau mais bien accrochés, nous résistons : « 30m ! 25m !... 15m… Elle est décrochée !! (Quel plaisir de voir sortir cette ancre hors de l’eau, j’en aurais bien versée une petite larme). Pendant ce temps, la grande voile montée au préalable était prête à être bordée et un bout du génois à être sorti, Evaloa remonte en fait bien au près (il faut avoir confiance en son bateau !) et nous sort du danger. Nous naviguons une petite demi-heure sous 30-40 nœuds de vent avec de grosses rafales, déjà mouillés par le hissage d’ancre, les embruns nous achèvent, nous terminons trempé, Benjamains de la tête au pied (il a du retourner à l’avant préparer le nouveau mouillage).

La douche en pleine mer!

Plus de peur que de mal, au final tout se termine bien, avec en plus la satisfaction d’avoir bien réagi, d’être restés sereins, même si l’idée que le voyage puisse s’arrêter brusquement ici nous était passée par la tête… Nous réalisons à quel point la vie en bateau peut nous amener à vivre des moments intenses qui passent du tout au tout : la veille nous relevions le côté idyllique de la vie en voilier, après avoir passé une journée ensoleillée à faire de la plongée, nagé avec ces magnifiques poissons de la réserve naturelle de Graciosa, et vogué de voilier en voilier pour de nouvelles rencontres, et le lendemain, changement de décor ! Mais l’un ne va pas sans l’autre, dans nos moments de détente, nous passons beaucoup de temps à discuter entre nous 4, ce qui est très utile dans les moments tel que celui-là, et partager nos expériences avec d’autres voiliers permet parfois de sortir de certaines galères, ou en tout cas de se sentir soutenu.

Cession plongée devant le bateau, notre mouillage près des cailloux paraît ici plus idyllique que dangereux !

J’espère que vos yeux ne fatiguent pas, les anecdotes ne sont pas finies !
Mardi, nous décidons de passer une journée au port de Graciosa, qui n’est pas cher du tout, avant de reprendre la mer le lendemain. A peine amarrés nous faisons la connaissance de nos nouveaux voisins, et un autre gars s’arrête en annexe discuter avec nous : « c’est quoi comme voilier ? Un aloa 34, c’est ce que je me disais, c’est le même que le mien ! ». En fait nous l’avions croisé à Essaouira mais il était parti trop vite pour que nous ayons le temps de lui parler, que le monde est petit ! Yann voulait absolument le recroiser pour lui demander des conseils sur le moteur. Ni une ni deux, nous sommes invités sur l’aloa 34 de Joël, en compagnie du capitaine André, un pêcheur que Joël a embarqué de Lanzarote jusqu’ici (André est originaire de Graciosa). Le moteur n’est pas le même que le notre (on y arrivera jamais !) mais en revanche, ils nous proposent d’aller pêcher. Seuls les locaux ont droit de pêcher sur l’île mais vu que le capitaine André est à bord : « no problemo ! ». Nous ne sommes pas bon pêcheurs à bord d’Evaloa, mais là, nous avons fait une pêche incroyable, en quelques heures, ça n’a pas arrêté ! Je me suis mise à la canne à pêche - jamais je ne le fais car je ne suis pas très patiente - et ça mordait tout le temps, je n’ai même pas compté combien j’ai eu de poissons mais je pense une dizaine, dont deux en une prise ! Au total : 38 poissons (je crois qu’on ne devrait même pas le dire, et pourtant, le capitaine André s’en est vanté auprès de tous les habitants de Graciosa !).

................................................Le tout fier capitaine André !                          Concentrée dans mon boulot !                                              Joël, capitaine de l’aloa 34

Il fallait bien fêter ça : apéro sur l’aloa de Joël avant de cuisiner notre pêche, on est nombreux à bord car deux bateau-stoppeurs nous ont rejoint pour discuter de la possibilité d’embarquer avec Joël jusqu’aux Antilles. Le capitaine André veut s’occuper de tout et s’apprête à cuisiner les poissons : (en espagnol avec un fort accent) « donnez-moi de l’eau ». Personne ne se demande pourquoi il veut de l’eau, on cherche une bouteille en vain puis on la lui fait passer. Pendant ce temps, André faisait chauffer de l’huile dans une poêle et il n’a rien trouvé de mieux que de mettre de l’eau dedans ! Je pense que tout un chacun connaît la réaction chimique que ce geste induit : une énorme flamme sort de la poêle, le temps que Joël tente de l’étouffer avec un pull (très bon réflexe !), la flamme s’est étendue sur le plafond de la cuisine, qui est… en plastique ! Scénario catastrophe, les souvenirs du feu dans la cuisine du bateau me reviennent (cf message du 13 août au tout début du journal de bord intitulé : comment se servir d’un extincteur ?), me trouvant de l’autre côté de la cuisine, je crie à Yann : « vas fermer le gaz ! » (l’histoire veut que, incroyable mais vrai, une odeur de gaz dans le bateau a amené Yann une demi-heure avant à vérifier l’arrivée de gaz). Yann va l’éteindre, d’autres sortent du bateau - une fumée bien toxique imprégnant toute la pièce - pendant que Joël tente de faire marcher l’extincteur (j’aurais dû lui faire un cours !). Quelqu’un d’autre crie : « Il faut jeter de l’eau » (oui maintenant que le gaz est éteint) et Benjamains se jette sur la marmite posée dehors, la seule chose qui ressemble à un seau dans le cockpit, et le feu finit par s’éteindre.
Le pauvre Joël - sa cuisine est noire et fondue – et ne parlons pas de l’état du capitaine André qui ne se remet pas de ce qu’il a fait, lui qui était tout fier de ses poissons ! Il passera la soirée à rabâcher que ce n’est pas possible, qu’il fait ça chez lui sans soucis, et qu’il devait y avoir de l’essence dans la bouteille d’eau (c’est ce qu’arrive à traduire Maina de son accent espagnol à couper au couteau) ! Nous finissons la cuisson des poissons dans l’autre aloa 34, le notre, et la soirée se termine en musique, avec un tas de choses à se raconter, et des émotions à partager !

Une partie du festin café à la plage

Je ne sais pas si on les cherche ou si c’est le voyage en voilier qui amène à vivre tout cela, mais en ce moment, l’équipage « Aux cinéphiles de l’eau » vit des sensations fortes !
Toutes ces péripéties nous ont amené à passer une semaine à Graciosa (ce qui ne nous a pas déplu, cette île est toute petite, très tranquille à l’abri des touristes) nous partons demain pour la baie de Rubicon entre Lanzarote et Fuerteventura, et là, je vais m’abstenir d'en dire plus car je n’ai aucune idée de ce qu’il va nous attendre là-bas, Inc’h Allah !

 

samedi 8 novembre : Aux Iles Canaries


Nous avons finalement quitté Essaouira mardi après-midi, étant arrivés le 04 octobre à Mohammedia, nous sommes restés un mois jour pour jour au Maroc !
Nous sommes partis sous un beau soleil - un petit peu nostalgiques de reprendre la mer, notre passage au Maroc nous ayant apporté de riches rencontres et réflexions – mais sous la totale pétole ! Nous avons passé la nuit au large d'Essaouira, chacun a pû prendre le temps de dire au revoir à cette belle ville ! Mais le vent a repris dès le lendemain, et s'est mis a souffler jusqu'à force 6, vent portant. Avec une moyenne de six nśuds, nous sommes vite arrivés sur Graciosa, jeudi vers 20h, un petit peu trop tard pour arriver de jour. Dommage d'une part pour le beau paysage (ça changeait d'ambiance, les montagnes ayant de ce fait un côté plus angoissant que magnifique) mais aussi pour l'entrée au port, petite passe peu éclairée, le vent de face et à contre courant, notre vieux moteur n'arrivait pas à remonter au vent ! (en fait, c'était de nouveau un problème hydraulique, pas assez d'huile dans la pompe). Heureusement, les yeux de félin du capitaine ont aperçu un mouillage un peu plus loin, qui nous a évité cette entrée difficile. De plus, c'est tout à fait ce que nous cherchions, un joli mouillage à côté de la plage, au milieu des montagnes.
Nous allons passer deux ou trois jours à Graciosa, puis repartir pour une belle journée de navigation près des côtes, pour trouver un autre magnifique mouillage, là où cela nous chantera, la belle vie quoi !
A bientôt, pour un message plus détaillé avec des photos (au moins ça vous change, habituellement c'est la page complète!!)

 

Samedi 01 novembre : toujours à Essaouira

 

Au souk avec Ibrahim, on a fait nos réserves d'épices! - Sur le chemin entre le village Ida Ou Gourd et la maison familiale d'Ibrahim

Ça souffle sur Essaouira ! Et l’équipe « Aux cinéphiles de l’eau » se repose, attend le beau temps, patiemment,…
Nous pensions qu’une fois arrivés dans le sud, nous oublierons ce que sait avoir froid. Et bien non, nous remettons les petits pulls, pour une petite semaine supplémentaire à Essaouira. Depuis jeudi, le vent souffle très fort, hier il a tourné et la houle est rentrée dans le port. Heureusement Evaloa est assez abritée, à couple entre deux bateaux, mais ça tire dur sur les amarres, heureusement que Yann a doublé celle de l’arrière, car en revenant du concert hier soir, on s’est rendu compte que l’une d’elle avait lâché. On nous avait également dit qu’au Maroc, il pleuvait rarement, et bien nous vivons notre troisième journée de grosse pluie depuis un petit mois que nous sommes là ! C’est pour ne pas oublier la Bretagne ! Mais on ne va pas faire comme tout le monde et se plaindre du temps ! Nous sommes heureux de ne pas être en mer en ce moment, cela retarde notre départ d’une semaine, et alors ? C’est cela aussi la vie en bateau, il faut faire en fonction de la météo. Un dicton marocain nous dit « Un homme pressé est déjà mort », écoutons-le, prenons notre temps !

On ne peut regretter d’être restés à Essaouira (alors que d’autres voiliers ont préféré aller à Agadir pour ensuite se rendre aux Canaries), car nous assistons à un superbe festival de musique andalouse, entièrement gratuit, en novembre, la chance ! Les groupes sont tous des pointures : Paco Ibanez pour commencer, puis Marina Heredia, une référence en flamenco. Le contexte était assez décalant : nous étions sous un chapiteau qui manquait de s’envoler, faisant un boucan du tonnerre, avec par-dessus cela le bruit de grosses averses. Tout le monde était assis avec ses gros manteaux, les groupes venant  d’Espagne avaient froid… alors qu’ils se produisaient pourtant sur une scène marocaine ! Mais au final nous avons assisté à un superbe moment de flamenco, presque aussi intense que dans le film « Vengo ».

Jeudi dernier, nous avons eu la bonne idée de partir le temps d’une journée, nous évader de la ville. Je me suis rendue compte à quel point la campagne m’était chère, quel grand bol d’air ! Excursion à Ida Ou Gourd, à 25 km d’Essaouira, pour visiter le souk berbère, mais aussi pour se détendre, et se promener (juste un peu parce qu’avec le vent qu’il faisait, il était quelque peu difficile de marcher avec la poussière). Comme à notre habitude, nous n’avons pas mis de temps à faire des rencontres : Jeff, un français qui voyage au Maroc depuis 10 ans et son ami Ibrahim, qui travaille au souk des poissons à Essaouira, originaire de Ida Ou Gourd. Ibrahim nous a gentiment proposé d’aller voir sa famille. Nous avons fait un kilomètre à pied dans un paysage magnifique pour arriver dans une maison berbère en pleine campagne, entourée de quelques champs cultivés. La maison est simple mais semble très agréable à vivre, on entre par la grange avec une vache et deux anes, puis on arrive dans une cour centrale entourée de pièces indépendantes (cuisine, salon, chambres). Nous n’avons pu rester très longtemps (nous ne voulions pas manquer le dernier bus ou taxi), malgré l’insistance d’Ibrahim pour que l’on reste dormir là-bas, dommage, nous aurions bien passé plus de temps dans cette famille qui semblait vivre paisiblement, en quasi-autarcie, avec des enfants bien énergiques et souriants, ça fait plaisir, on n’a besoin de peu de choses pour avoir la joie de vivre.

Mohammed et Djamila qui font la pause ! .......................................................................................................Dans la cuisine, pendant la cuisson du pain

Comme vous le voyez, notre attente « forcée » à Essaouira ne nous laisse même pas le temps de nous ennuyer !
Allez, la prochaine nouvelle, c’est le départ pour les Canaries (lundi on espère, comme on repousse tout le temps la date prévue, je devrais peut-être me taire…).

Pauline

 

Mardi 28 octobre : Echange culturel à Essaouira

Le soir de la projection au Triskella, l’écran se trouve à l’endroit de la prise de vue + discussion après projection avec l'équipe, les deux Caroles et Brian

Jeudi 22 : projection de l’association « Aux cinéphiles de l’eau » au bar-restaurant triskella

Voyager avec un tel projet nous amène à rencontrer de chouettes personnes, la preuve étant que notre passage à l’alliance franco-marocaine nous a amené vers Alban, un jeune français installé au Maroc depuis 8 ans. Il a passé les 5 dernières années à créer un lieu de rencontres des plus agréables, avec le calme, internet, et pour les bretons nostalgiques, des galettes de blé noir aux saveurs du soleil ! Il a nommé ce lieu le Triskella (jeu de mots du fait que la rue s’appelle « Skella »).
On a décidé ensemble de proposer une séance dans le bar, qui est équipé de tout le matériel. L’équipe de « Triskella » a en effet déjà organisé des projections, présentant souvent des films sur le thème de l’environnement. Nous pensons alors faire une petite exception au principe « Aux cinéphiles de l’eau », et prenons le choix de présenter un film militant « un autre monde est possible » de Keny Arkana (chanteuse hip hop très engagée pour des causes altermondialistes avec son collectif « la Rage du Peuple »). Le choix d’un film se fait également en fonction du lieu de projection : le Triskella est un bar fréquenté par beaucoup d’étrangers, ou des français vivant à Essaouira, ou encore des marocains mais je pense plutôt issus d’un milieu d’étudiants ou d’artistes donc nous pouvons nous permettre de passer un film engagé, en lien avec nos idées.
Comme à notre habitude, la séance s’est organisée « à l’arrache », avec pour simple moyen de communication une pauvre affiche devant le bar. Le bouche à oreille a cependant bien marché, le bar était rempli jeudi soir, avec deux femmes et deux groupes étant venus spécialement pour voir le film ! Le Triskella est un bar assez petit, tout le monde s’est serré devant le petit écran, c’était très conviviale (je m’en veux d’ailleurs de ne pas avoir pris de photos, vous pouvez tout de même vous rendre compte de l’atmosphère avec les deux photos ci-dessus).
Le documentaire n’est pas évident à regarder, 3 langues différentes sont parlées, sous-titrées en français, les interviewers parlent beaucoup, il faut rester attentif pour comprendre tous les discours énoncés, mais le public l’était ! Deux marocains étaient même scotchés devant l’écran ; on servi à manger à l’un d’eux et l’homme resta 20 minutes la galette dans les mains sans y toucher, ne voulant rien manquer du film ! Il faut dire que le sujet est intéressant : le film dénonce tout d’abord les méfaits du capitalisme néolibéralisme, de la privatisation, du FMI, de la banque mondiale (et oui, le sujet est d’actualité !) et présente ensuite différentes luttes lancées dans le monde, comme le mouvement zapatiste, la lutte des paysans en Inde qui volent l’eau privatisée pour pouvoir survivre, ou encore l’ouverture par des sans-abris de maisons abandonnées par l’état… Le film ne fait pas que montrer mais propose des alternatives, c’est ce qui a plu. Les deux marocains m’ont expliqué qu’ils ont apprécié l’aspect universel du discours entendu, qui est énoncé de façon simple, compréhensible pour tous. Le personnel du Triskella n’a pu assister à la séance, Said est tout de même sorti de sa cuisine lorsqu’à la fin, le malien nous délivre un message pleins d’espoir (il faut vous procurer le film, vous verrez par vous-même !) et m’a demandé ensuite s’il pouvait avoir une copie du film pour le voir un jour de repos. Voilà ce que l’on cherche avec notre projet, amener un débat (qui s’est fait par la suite de manière naturel, notamment sur la crise actuelle mondiale !), que l’échange se fasse ! On a fait plusieurs copies du film, les gens émus par le film vont le diffuser un peu partout, et je pense que Keny Arkana ne nous en voudra pas pour cela, elle est dans un autre combat que celui du piratage.
Yann et Pauline

 

Samedi 25 : Grand pas pour l’association « Aux cinéphiles de l’eau »

Tous les jours cette semaine, je suis allée au centre culturel « Dar Souiri », préparer notre première grande projection au Maroc (la séance au Triskella étant plus privée et intimiste). Nous avons beaucoup discuté avec Yasmina, la directrice, notamment pour le choix du film. Elle est marocaine mais a vécu jusqu’à l’année dernière au Canada, donc elle ne connaissait pas forcément plus que moi la réalité locale, les coutumes des gens… A défaut d’avoir un bon film marocain dans la « médiathèque » d’Evaloa, nous nous sommes repliés sur un film sénégalais « Madame Brouette », un film traitant de l’émancipation de la femme, sujet engagé donc, mais à l’africaine, c'est-à-dire expliqué de façon simple, sans revendication politique direct, bref ça devrait passer !
Nous partons du voilier samedi après-midi, accompagnés d’un « monsieur brouette » (pour pouvoir transporter le matériel de projection), direction « Dar Souiri ». Passage obligé par la douane pour sortir du port, oups, on avait oublié ce petit détail (on n’a toujours pas compris les petites habitudes locales !) : « que transportez-vous, qui êtes-vous, avez-vous l’autorisation d’organiser une séance, la liste du matériel ?... ». Yann et moi, on se retrouve dans leurs bureaux pour une série de paperasses, ils nous font réécrire plusieurs fois une lettre d’engagement (pour qu’on assure que l’on va ramener le matériel au port, ils ont peur du trafic), on est sûr que c’est pour nous faire perdre notre temps, et que l’on finisse par leur donner un bakchich, pas question ! On a bien cru qu’il en était fini de la séance, mais par je ne sais quelle chance, il nous laisse filer, choukran !

C'est rigolo à voir, n'est-ce pas ! Mais à la longue, ça peut être barbant...

Le matériel de projection apprécie de se retrouver en intérieur, on en profite pour bien nettoyer l’écran avant de l’installer. A Dar Souiri, il y a un cours de chorale terminant à 18h, on a la bonne idée de proposer aux enfants à la sortie de regarder quelques courts-métrages d’animation, et c’est parti pour 50 bambins scotchés devant le grand écran. Mercredi dernier était organisée au même endroit une séance pour enfants où Kirikou était projeté, la séance était assez bruyante, les enfants pas mal agités mais là, ce n’était pas le cas, peut-être du fait qu’ils soient surpris. A la fin de cette courte séance impromptue, beaucoup sont naturellement venus me faire la bise et serrer la main à Yann, pour nous remercier, chouette moment, la soirée s’annonce bien.

19h30 arrive (l’heure annoncée sur les affiches collées un peu partout dans la ville par Dar Souiri, d’où l’intérêt d’organiser la séance avec une association locale) et les gens n’arrêtent pas d’entrer, on remettra des chaises supplémentaires, au final : 130 personnes, quelle réussite ! De plus, le public est très éclectique, des familles marocaines, des français vivant à Essaouira, des touristes de passage, quelques jeunes et pas mal d’enfants. Après une présentation en français traduite en arabe, le film commence et je me mets vite à douter de la réussite de la soirée… Le film conte l’histoire d’une femme ne voulant plus avoir à faire aux hommes mais qui se retrouve dans les bras d’un homme pas très brillant, qui réussit à l’embobiner et… ils couchent ensemble ! Au malheur, à travers le voile d’un baldaquin, on voit l’ombre de leurs deux corps en train de faire des choses pas très catholiques (dirons-nous plutôt pour l’occasion pas très musulmanes) et là, s’en est trop. Au même moment, plusieurs personnes sortent de la salle, un homme passe même devant le vidéoprojecteur pour récupérer son enfant et filer. Deux employés de Dar Souiri viennent nous voir Yasmina et moi : « Vous avez vu le film ? Combien y-a-t-il de scènes de ce genre ? Il faut avancer le film pour passer la scène. » Je n’avais pas pensé que cela allait choquer, me rappelant qu’on ne les voyait pas tout nu. Carole, rencontrée au Triskella, sort également de la salle avec une amie marocaine et j’en profite pour discuter avec elles. Son amie Aicha m’explique qu’elle ne peut pas rester, elle ne peut regarder ce genre de scène, ça la gêne, et surtout pour le fait qu’il y ait des enfants dans la salle, elle pense qu’il fallait leur interdire la projection (comment aurions-nous pu faire cela, en organisant une séance libre et gratuite, sachant en plus que la plupart des enfants étaient accompagnés de leur parent !). Un autre problème s’ajoute au film : on comprend mal les paroles, le son est sourd (du certainement à l’acoustique de la salle) et l’accent sénégalais n’arrange pas les choses. Ne comprenant pas complètement le propos du film, l’impact des images se fait davantage ressentir. Je suis un peu mal de cette situation, nous n’avons pas regardé le film à quatre comme on le fait habituellement et je sens que Yann me reproche un peu ce choix osé, ce qui me met encore plus mal à l’aise. Carole et Aicha me rassurent, c’est une expérience, et les marocains ne nous en veulent pas, ils savent qu’on a une culture bien différente de la leur. Entre temps, les flics passent, reposant leurs inlassables questions : « Avez-vous l’autorisation de faire cette projection ? Qui est cette association venue de France ? Quelles sont ces motivations ? Quel film est projeté ?... ». Nora, la réceptionniste de Dar Souiri, s’explique avec eux et le tour est joué, ils repartent sans soucis.
Je retourne dans la salle et relativise en comptant le nombre de personnes restant, finalement les gens ayant quittés la salle sont loin d’être majoritaires. La séance se termine, je reste près de la sortie pour cueillir la réaction du public qui est en fait très positive : « merci, merci, le film était très intéressant, très bon sujet, qui devrait amener un débat, c’est le premier film africain que j’ai l’occasion de voir, merci… » OUFF, ça rassure ! La cerise sur le gâteau est que je termine la soirée à discuter avec Caroline, une haïtienne rencontrée à notre dernière projection à Triskella, qui a bien compris notre projet et qui me motive à rester sur cette voie, elle m’explique que je ne dois pas regretter le choix de ce film, il faut être audacieux, sinon il n’y a aucun intérêt, c’est sûr c’est risqué, on peut choquer, mais dans le lot, on réussira toujours à éveiller quelques consciences…
Ce fut une très bonne expérience, 1h30 que je vais me souvenir ! Ce n’est pas facile de réaliser un tel projet, ça promet pour la Casamance !

Présentation de la séance                                                                                 Projection sous la coupole du magnifique patio couvert de « Dar Souri »

Voilà, sinon, ce passage à Essaouira semble vouloir se prolonger à cause de la météo (il annonce beaucoup de vent jusqu'à jeudi mais surtout, des vagues allant jusqu'à 7m! On préfère rester au port attendre que cela passe...), on ne va pas pouvoir partir avant vendredi. Mais je pense que nous n’allons pas regretter de rester un peu à Essaouira, à partir de jeudi débute le festival des Andalousies Atlantiques : musique venant du Maroc, d’Algérie, de France, d’Espagne et du Canada, avec notamment du flamenco, l’ensemble El Gusto regroupant musiciens musulmans et juifs d’Algérie, et même, Paco Ibanez ! On va se régaler.
En plus, cet arrêt nous a permis, en plus des projections, des rencontres (notamment Brian et Carole du voilier Timshel, qui viennent de repartir sur Agadir mais que l'on retrouvera certainement sur la route!) et des visites de cette vieille citée, de réduire un peu plus la liste des trucs à faire :
La fuite hydraulique est réparée par une belle bidouille à la marocaine.
Changement de place des couverts et assiettes pour un nouvel et troisième essai de l’emplacement des légumes. C’est caractériel les légumes en mer.
Et une assise confortable trône à la proue d’Evaloa.
Affaire à suivre lors des essais en mer.

 

Lundi 20 octobre : El Jadida – Essaouira

Mouillage à El Jadida : levée de soleil (à gauche) et petit dej (au centre)

Navigation tranquille de Mohammedia à El Jadida ; on avait 60 milles à faire, nous sommes partis au coucher de soleil (vers 18h) lundi dernier et sommes arrivés à El Jadida le lendemain soir vers 20h (de nuit à marée basse, ce n’était pas très conseillé mais la mer était calme). Je ne pourrais pas vous dire grand-chose de cette journée car j’ai pris un coup de froid à la sortie du port de Mohammedia, et le lendemain, j’ai dormi toute la journée !
Notre passage à El Jadida fut très rapide, pas le temps de nous faire vraiment une idée sur la ville. Comme vous pouvez le voir sur les photos, notre mouillage était très agréable, et la kasbach très jolie. Mais c'est sûr, qui veux dire joli veux dire aussi touristique...

Maina : Bon… en fait ce que ne dit pas Pauline, c’est que notre arrivée, après nos supers rencontres à Mohammedia, nous a laissé une mauvaise impression. El Jadida est une ancienne citadelle portugaise, donc, petit port assez touristique. Dès notre arrivée dans la kasbah, on se fait alpaguer : « vas y, viens voir dans ma boutique, vous êtes français… blabla… ». Le marocain et le commerce c’est quelque chose ; c’est tout un art qui a ses règles précises, qu’on se doit de respecter. C’est-à-dire que si tu donnes un prix (encore pire si le vendeur t’offre un petit thé, jouant sur l’affectif disant qu’il connaît Rennes, qu’il est d’origine berbère et qu’il t’explique les symboles sur le tapis que tu veux acheter… !!), et que le vendeur continue à marchander… et qu’il descend jusqu’à ton dernier prix et que finalement tu ne veux pas l’acheter parce que tu as l’impression qu’on te force… et ben le vendeur risque de se fâcher et refuse de te serrer la main. Bon, ça c’était pour le mauvais souvenir d’El Jadida. Mais le Maroc, « c’est une expérience ! » et nous on est européens de toute manière…

C'est sûr que ça nous a un peu calmé cette histoire de vendeur : il voulait me vendre un tapis au départ à 130 euros, il l'a baissé à 60 euros comme je le lui avais demandé donc il n'a pas compris pourquoi je voulais tout de même réfléchir, m'expliquant que ce n'était pas une attitude respectable de ma part, "ça ne se fait pas" et il a refusé de me serrer la main, les boules ! J'étais bien génée mais au final, en retournant dans un autre magasin en fin d'après-midi, j'ai retrouvé le même tapis pour 20 euros, comme quoi j'avais raison de réfléchir, c'était bien un arnaqueur !!

Après cette mauvaise rencontre, on a préféré sortir de la kasbah et aller se mêler à la population  locale dans le souk. C’est qu’à Mohammedia on avait l’habitude d’être pratiquement les seuls « blancs ». Pendant que Yann et Benjamin vont faire les courses et Pauline sur internet… moi je vais chercher du tissu. Je demande à un jeune gars de m’indiquer une boutique, difficile de se situer dans les ruelles, entre la rue des djellabas, des couturiers… il faut trouver le quartier des tissus. Voilà, sympathique rencontre de Abdel, Omar, Adil et Mohammed. Ça commence par « tu es toute seule », et finalement on échange un petit moment sur le mythe de l’Europe et sur la difficulté de bien vivre au Maroc, parce qu’ici, quand tu n’as pas de travail, il n’y a pas d’aides sociales. Yann et Benj me voient arriver avec 4 gars… eux, pendant ce temps-là essayent de se débarrasser de gamins qui leur demandent de l’argent et autres « Khalini ! ».
Retour au port… on rencontre 2 pêcheurs. Le plus jeune nous propose de revenir le lendemain vers 5-6h, il nous offrira du poisson en rentrant de la pêche. Benj et moi nous motivons donc pour nous lever. Aucune trace du gars en question… et son bateau apparemment n’a pas bougé. Du coup on en profite pour faire le tour du port à cette heure d’arrivée des bateaux, moment plein de vie, mouvement, sardines, maquereaux et autres poissons. Superbe lever de soleil et retour sur Evaloa pour un café et lâcher l’ancre…

Nous repartons mercredi midi pour Essaouira, à 120 milles. On a une bonne allure (5 nœuds de moyenne), le vent est bien établi nord-est, il fait beau, parfait ! On arrive le lendemain vers 16h30. L’arrivée de jour est utile car l’entrée est étroite, y’a des rochers partout autour et le vent se lève juste à l’entrée du port. On nous avait dit qu’à Essaouira, le vent soufflait davantage, nous l’avons bien remarqué ! En tout cas, l’arrivée est magnifique. On s’amarre au port, à couple d’un bateau de promenade marocain. Yann passe de nouveau une heure pour remplir les papiers d’arrivée : douanes, police, capitainerie, toujours les mêmes paperasses à chaque fois, comme nous sommes 4 à bord, ça prend du temps.
Le premier soir, on se fait un resto car c’est vendredi, le jour du couscous ! On en rêvait depuis notre arrivée au Maroc (on l’a loupé vendredi dernier à Mohammedia) mais le meilleur couscous marocain reste celui préparé en famille le vendredi midi. Nous, on se retrouve dans un resto de touristes, thé sans menthe et couscous sans pois chiches, ni raisins secs,… bref on a vu mieux. Avant de rentrer au bateau, un jeune marocain nous aborde et nous propose d’aller boire un coup dans le bar populaire du coin. Jouad semble très sympathique, on l’accompagne et nous découvrons une autre facette de la vie marocaine : un bar rempli d’hommes qui boivent de l’alcool (les femmes marocaines ne peuvent mettre les pieds dans ce genre de lieu), ça change du traditionnel musulman qui ne boit pas ! L’ambiance au bar est malgré tout assez sympa, les gars discutent avec Ali, un mécanicien sur un bateau de pêche. Moi, j’arrange avec Jouad un rendez-vous le lendemain matin pour aller au centre culturel français. Eh oui, je me relance dans l’organisation d’une séance de cinéma, motivée la fille !
Me voilà repartie pour une journée « administrative » : je rencontre d’abord Dany, qui bossait à l’alliance française, elle m’introduit auprès de Yasmina, qui est directrice du centre socio-culturelle « Dar Souiri ». Yasmina semble enthousiaste (elle a 27 ans et vient d'arriver, ça aide !),, elle va demander une autorisation pour faire une séance en plein air (qui nous sera certainement refusée) et dans tous les cas, elle me propose d’organiser une projection au sein du centre (avec de ce fait, une plus grande liberté dans le choix du film). Je vais également voir l’alliance française dans l’après-midi, pour voir s’ils ont des films… Le directeur m’explique bien que l’on n’organise pas ce genre de manifestation en une semaine (il a sa programmation culturelle calée pour l’année, pas de place pour un évènement spontané comme le nôtre), et me donne au passage des exemples un peu décourageants : la loupiotte, un autre rare voilier-spectacle (c’est un couple qui fait un spectacle d’acrobaties sur le bateau) est passé à Essaouira et n’a pas eu l’autorisation de présenter son spectacle au port. Pire, un groupe de musique de rue a joué malgré le désaccord du gouvernement et s’est vu confisquer son matériel ! De plus, la femme chargée de la culture m’explique que pour le cinéma au Maroc, c’est encore plus compliqué, la censure est très présente. Le gouvernement est hostile à tous évènements qui pourraient écarter sa population du droit chemin… De nouveau, l’affaire est à suivre mais vous comprenez bien que rien n’est gagné…
Entre temps, je me suis baladée un peu dans la ville, c'est dur de prendre de belles photos (la ville est pourtant magnifique mais remplit de magasins et de touristes), je me suis donc davantage concentrée sur la vie au port d'Essaouira :

 

A la sortie du port

 

 

Lundi 13 octobre : départ de Mohammedia

Et voilà, une semaine, c’est vite passé, il est temps de reprendre la mer ! C’est un peu difficile de quitter Mohammedia, on en gardera un superbe souvenir : Messoud, ce fut un bonheur, une chance de te rencontrer ! Tout le monde ici – ok, hormis les boss à la préfecture – a été très accueillant, Ahmed et le personnel au port, les potes de Sablette (Chouaib, Hafid, Icham, Ali… de Mohammedia Surf Association). En une semaine, nous avons déjà réussi à nous faire des attaches !
La cerise sur le gâteau, c’est que j’ai même rencontré des gens de ma famille à Mohammedia ! Hier midi, nous avons mangé avec mon petit cousin du côté de ma mère ! Emmanuel habite à Mohammedia avec sa femme Stéphanie et ses deux filles (Loéva et Iloa, des copines d’Evaloa !), et travaille à Casablanca. Que le monde est petit ! On a passé un bon moment ensemble. On a ensuite passé une dernière soirée avec Messoud, qui nous a de nouveau fait rencontré deux de ces amis : Bob et Emilie.

Allez, bslama Mohammedia, on part cette après-midi pour El Jadida ; 60 milles à faire, avec 10 nœuds de vent, on pense arriver demain.

photo de famille à Mohammedia !

dernière soirée à Mohammedia, chez Bob et Emilie

PS : Vous pouvez découvrir d'autres photos de Mohammedia dans le premier diaporama de la page photos.

 

Samedi 11 octobre : Projection ou pas projection dans le centre de Mohammedia ?

Le manque de temps ne nous ayant pas permis de faire une projection à Lisbonne comme prévu, nous sommes arrivés au Maroc avec la ferme intention d’en organiser une. Nous en avons discuté tout d’abord avec le gars du port, Ahmed, puis avec notre fidèle ami Messoud, qui était très enthousiaste à l’idée et voulait tout faire pour nous aider.

notre ami Messoud et nous, sur le bateau


                1ere partie : A la recherche d’un film marocain…

Dans ma tête, avant toute chose, il fallait trouver un bon film à projeter. Et pour rester dans le projet, un film marocain, peu visionné ici si possible. J’ai tout d’abord pensé à Ali Zaoua, le prince de la rue, mais en discutant, les marocains me disaient l’avoir déjà tous vus, le film est déjà passé à la télé… Alors me voilà partie à la recherche d’un film pour une éventuelle séance à Mohammedia. J’ai pensé projeter l’Esquive, sur l’histoire de jeunes en banlieue parisienne, un film que j’adore. Je pensais qu’il serait intéressant de le passer ici pour montrer la vie de jeunes en France issus de l’immigration. Seulement, on nous a appris que la censure était toujours bien d’actualité au Maroc, et un film qui sort des gros mots toutes les deux minutes, ce n’est pas évident à projeter…
J’ai de nouveau changé d’avis et mon choix s’est porté sur Tenja, un jeune français d’origine marocaine qui part dans son village natal enterrer son père. Le seul souci, c’est que je n’ai pas de copie du film. Je demande conseil à Messoud, qui est persuadé qu’on va le trouver chez les vendeurs de DVD… piratés ! On ne trouve aucun magasin de DVD neuf au Maroc, il n’existe que des stands de CD et DVD gravés, qui ne coûtent même pas un euro, c’est hallucinant. Je suis moins enthousiaste que Messoud car les seuls films que l’on trouve dans ce genre de boutiques, ce sont les films connus ou les grosses dobes. On fait tous les stands de Mohammedia, rien. On décide alors de partir sur Casablanca, au grand souk où l’on est censé tout trouver. Heureusement que Messoud est là pour gérer l’euphorie, tous les vendeurs autour de nous, à essayer de nous vendre tout et n’importe quoi sauf… Tenja. Impossible de trouver le film, il n’est pas sorti au Maroc. Messoud nous avouera par la suite qu’en donnant 100 euros, le vendeur allait nous le trouver, quel business…
Nous revenons bredouille de notre journée « Tenja » mais Maina et moi en garderont un bon souvenir. Au final, la boucle est bouclée, sans trop de solutions je reviens sur mon choix initial : Ali Zaoua.


                2ème partie : L’administration marocaine

Parallèlement à la recherche de film, j’entreprends les démarches pour demander l’autorisation pour une séance de cinéma. Je pars confiante pour la Préfecture et rencontre tout d’abord un monsieur très sympathique, un fonctionnaire du service culturel. Le projet l’emballe, on prend un thé et il m’explique les démarches à suivre : il va me prendre un rendez-vous avec Monsieur le Gouverneur de la préfecture de Mohammedia pour le lendemain matin, il me faut absolument son accord pour faire la séance. Je repars du service plein d’enthousiasme, l’homme m’a dit de rester moi-même, et tout ira bien ! Je vais au magasin de Messoud raconter mes péripéties, il m’invite chez lui rencontrer sa mère d’origine berbère. Tout le monde habite dans la même maison, chacun a un étage différent, je rencontre également son frère, sa femme et leur petite. La femme m’offre des boucles d’oreilles en guise de bienvenue, on prend des photos… Ils font preuve d’une générosité qui m’impressionne et me remplie de bonheur. Je rentre au bateau avec pleins de choses à raconter aux amis, quelle superbe journée !
La suivante sera un peu moins agréable, les choses se compliquant un peu… Je retourne à la préfecture où le gouverneur ne m’attend pas comme prévu. L’homme de la veille n’est pas là, et je vais de bureau en bureau expliquer le projet. Finalement, j’arrive au bureau du directeur du cabinet de Monsieur le Gouverneur qui me demande de rédiger une demande écrite avec la copie du film. C’est ce jour là que j’irais avec Messoud et Maina à la recherche de Tenja. Je dépose finalement la lettre le lendemain matin (on est déjà jeudi, c’est sûrement dur à suivre là, vous n’avez pas perdu le fil de l’histoire j’espère ?) avec une copie d’Ali Zaoua. J’aurais la réponse vendredi, la veille de la projection, on est toujours un peu à l’arrache au niveau timing !
A la préfecture, ils m’ont dit qu’ils appelleraient le port pour donner leur réponse, j’en parle à Ahmed, le maître de port, qui me décourage un peu : « c’est comme la semaine des 4 jeudis, je serais toi, j’irais moi-même là-bas… »
On est donc vendredi après-midi, et avant de me rendre à la préfecture, je vais voir la police à l’entrée du port pour demander des nouvelles. La personne appelle à la préfecture et me dit qu’ils sont au courant, que je dois m’y rendre, et qu’il n’y aura pas de problèmes pour la projection. Je suis hyper contente, je vais chercher Yann pour qu’on aille ensemble faire les dernières démarches. De nouveau, à la préfecture, on passe de bureaux en bureaux et de personne en personne puis le premier adjoint du gouverneur nous demande d’attendre devant un bureau. Il nous fait entrer au bout de quelques minutes et là, grosse surprise : quatre hommes autour d’une grande table nous attendent et nous demandent de nous assoir en face d’eux. Je me croirais à un examen ! Ils ne nous mettent pas du tout à l’aise, nous demande de nous présenter et puis, c’est parti pour le ramassis de conneries : « On ne comprend pas votre projet, pourquoi vouloir projeter un film marocain…, avez-vous un contrat écrit du producteur, votre demande arrive bien tard… ». Il y a même pire : « Au Sénégal encore, peut-être cela aura-t-il un sens, mais au Maroc. Avez-vous été à Casablanca ? On a un immense multiplexe avec plus de 800 places… » Ah oui, c’est pour cela qu’il n’y a aucun intérêt à faire une séance gratuite à Mohammedia, à 30 km de Casa ?? Je suis trop dégoutée, j’ai envie de quitter la pièce sans leur dire au revoir. Heureusement que Yann est là pour tempérer les choses, car sinon, comme il me le dit en sortant : « je t’aurais retrouvé en prison car tu les aurais insulté ! ». La discussion se finit de façon classique : « Si vous revenez à Mohammedia, on pourra faire quelque chose mais là, c’est trop précipité. »
Je prends ma claque, deux jours que je suis à fond pour organiser la séance et au final on se fait envoyer bouler. J’ai un peu la haine au niveau du fond, vive les politiques, quel bande d’hypocrites ! C’est à cause de ces gens-là qu’on ne peut rien faire, malgré notre bonne volonté. On fait ce projet pour donner aux gens et on se le voit reprocher, c’est un peu le monde à l’envers.
Bon, il faut relativiser, cela nous fait une bonne expérience et maintenant on connaît mieux les démarches à suivre au Maroc, il faut que l’on passe par une association locale, qu’elle entreprenne elle-même la demande d’autorisation…

Autour d'un tajine de poissons, un délice !


Pour nous remettre de cette mauvaise nouvelle, on part avec Messoud à la plage, à Sablette, chez des amis à lui. Ce sont des marocains qui ont montés une association de surf, des gens super intéressants, encore une magnifique rencontre. C’est fou comme l’on aura réussi à s’intégrer rapidement ici, rien que pour cela on ne peut pas regretter d’être restés une semaine. Au départ c’était pour la projection et au final, on n’a pas fait de séance mais on aura vécu des moments magiques. On se fait vraiment une autre image du Maroc. Ça fait trop plaisir de rencontrer des marocains qui se plaisent chez eux et qui pour rien au monde n’iraient vivre en France. Ils veulent rester dans leur pays pour construire des choses, avec leur propre moyen, sans rien demander à personne.
J’arrête ici mon roman, je pourrais encore écrire tant de choses sur notre vie en ce moment, mais plutôt que de rester devant mon ordi, il faut que je vive justement.
Alors à bientôt pour la suite,
Et au passage, je peux vous dire qu’aujourd’hui il fait que de pleuvoir ! Alors l’histoire veut que si on avait eu l’autorisation pour la séance, nous aurions été encore plus déçus car nous n’aurions pu la faire à cause du temps !!

 

Jeudi 09 octobre : La découverte d’un autre continent

Salam alecum !
Nous sommes arrivés au Maroc depuis 5 jours déjà, désolé pour le retard.
Pour ce message, on va faire des sous-parties, car on a un peu traîné le journal de bord ces jours-ci, et on a pleins de choses  à vous raconter, écrits par différentes plumes… Alors voici un petit retour en arrière de nos péripéties…
Bonne lecture !

Traversée Sagres (Portugal) – Mohammedia (Maroc) en 48h ! du 02 au 04 octobre

Notre séjour au Portugal se sera fait en un éclair, dix jours top chrono ! Qu’allons-nous nous souvenir de ce pays si rapidement visité ? Un passage éclair à Porto, aux îles Berlengas, à Lisbonne, quelques jours à Cascais, et notre départ pour le Maroc de Sagres, petit mouillage devant un port de pêche sans grand intérêt. On est arrivé dans l’après midi le mercredi 01 octobre, le temps d’une petite sieste, une petite balade, un coup au bar et on en restera là. Nous partons le lendemain matin, pour changer de continent ! La journée se passe à merveille, nous avons du bon vent portant, on avance à une moyenne de 6,5 nœuds, sans sentir que nous allons aussi vite. La houle se lève un peu en fin d’après-midi, qui annonce une nuit un peu moins agréable, laissons Benjamin nous raconter le récit de cette traversée…

Le départ

L'arrivée : notre premier levée de soleil au Maroc

Nuit quelque peu difficile...
Nous avons mal dormi, voire très mal pour le reste de l’équipage.
Le vent pourtant était bon. Au portant (venant de l’arrière), régulier, de force moyenne, environ 20 nœuds.
Mais la mer… pourtant pas très grosse, était complètement cassée, désorienté, illogique. Nous sommes au large du détroit de Gibraltar où plusieurs courants se croisent. D’une houle moyenne venait se mélanger des vagues de travers, petites, mais assez puissantes pour faire rouler notre habitation flottante de gauche, à droite, à gauche, à droite… d’un gauche maladroit.
Avec le vent arrière, ces roulis provoquaient sans prévenir de violents empannages (virement de bord en vent arrière).  La grande voile ouverte en grand à bâbord, sous le poids de la bôme et de l’inclinaison du bateau à tribord, change brusquement de côté. Et le vent amplifie ce changement qui s’effectue à une vitesse considérable dans un fracas à faire craquer les os. Cette bôme, armée de son fouet d’écoutes (cordages),  a claqué une bonne trentaine de fois toute la nuit essayant de nous atteindre à chaque passage intérieur / extérieur. Faute d’attention, elle a réussi à atteindre Pauline à la jambe qui s’en sort avec un bel hématome. Plus de peur que de mal, même si ça avait l’air bien douloureux sur le coup,  et par la suite un peu gênant pour dormir.
C’était donc une nuit quelque peu rock n’ roll. A vrai dire, la meilleure place était à la barre, dehors. A l’intérieur, la coque amplifie les moult bruits du bateau agité ; écoutes et voiles qui claquent, poulies qui cognent, bruit de tonnerre du "surf" sur les vagues, vaisselle qui se balade dans l’évier… A l’extérieur, c’est différent, la barre capricieuse nous tient éveillé, sous un ciel étoilé comme on en voit peu, car nous sommes maintenant loin des côtes éclairées de la civilisation.
Les vagues ont fini par réduire dans  le lendemain après midi, libérant la houle de l’atlantique, plus régulière, plus légère. La nuit suivante fut confortable.
Nuit d’autant plus confortable que c’est la première où chacun tient son quart seul, laissant ainsi les autres dormir pendant 8 heures en une ou deux fois. Dormir… position horizontale.
Claquement de voile, écoutes qui s’agitent. Ça sent la pétole ! plus de vent.
Il est six heures, heure de prendre mon quart, heure de prendre la barre.
Lumières dans le ciel, c’est orion. Lumières à l’horizon, le Maroc. Torse nu, en caleçon, c’est l’Afrique.
Le vent reprend, les lumières se rapprochent, le jour se lève, nous arrivons à Mohammedia, changement de continent.
Accueillis tout d’abord par de nombreuses méduses imitées mollement par des sacs plastiques et autres déchets flottant, nous nous dirigeons au port derrière les pétroliers, à coté de nombreux petits bateaux de pèches multicolores. Les hommes de la capitainerie nous attendent sur l’un des deux pontons. Mots de bienvenue, accueil très chaleureux. Belle introduction de la courtoisie marocaine qui nous attend. Evaloa est amarrée.  Pieds à terre et poignées de mains.

Petites rectifications sur les empannages successifs (difficiles à assumer pour un capitaine) :
Comme vous l’avez lu, m’étant pris l’écoute de la bôme sur la jambe, j’avais une peur bleue d’empanner (faire passer la bôme dans l’autre sens), du coup j’ai passé mon quart à la barre scotché au compas, tout comme Yann, et nous n’avons empanné que deux ou trois fois (chacun) par manque d’inattention. (Qu'est-ce qu'ils sont susceptibles. Remarque du coup je me rends compte que moi aussi. Maina assume de son côté une douzaine et moi le reste.)Mais lorsque Benj et Maina ont pris le relais, le fil du compas s’est coincé dans la porte et la lumière du compas ne marchait plus. Plutôt que de le rallumer, ils ont décidé de barrer en regardant les étoiles pour se diriger, forcément l’empannage était plus vite arrivé ! C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on a quasiment pas dormi la 1ère nuit, à chaque fois qu’on commençait à s’assoupir,  la bôme partait dans l’autre sens provocant un bruit du tonnerre. Mais ne pas dormir une nuit n’est pas gênant lorsqu’on sait qu’il n’en reste qu’une à faire avant d’amarrer. On n’a pas eu le temps d’en avoir marre, de trouver le temps long, que nous étions déjà arrivés ! 
On avait déjà navigué plus longtemps en parcourant beaucoup moins de milles, 210 milles en 48h, c’est un bon score !

 

Arrivée à Mohammedia, le 04 octobre

On nous avait tant maudit l’administration marocaine, l’insécurité par rapport au voilier (vol…) que nous sommes arrivés au Maroc avec pas mal d’appréhensions… qui ont rapidement disparus. Ok, à notre arrivée, nous avons eu le droit, avant de pouvoir sortir du bateau, à la visite successive de la gendarmerie royale, de la douane, et du service de l’immigration. Mais tous ont été très courtois et n’ont pas cherché à nous embêter. Tous disaient à Yann « vous avez un vieux bateau », du coup c’est bien,  ce n’est pas auprès de nous qu’ils vont demander des bakchichs !     
Mohammedia est une ville tranquille (et peu touristique), où l’on ne vient pas nous interpeller à tous les coins de rue. Les gens sont accueillants… Au point que pensant initialement rester 3-4 jours, nous décidons de séjourner au port pendant une semaine pour prendre le temps d’organiser une séance de cinéma dans le centre de Mohammedia samedi soir (affaire à suivre car l’organisation n’est plus aussi simple qu’en Europe, on a changé de continent et on ne peut plus faire ce que l’on veut, projeter n'importe quel film… et oui la censure n'a pas partout disparu)

Le port de Mohammedia, vu du ponton où Evaloa est amarré......................Regardez à gauche de la photo comme nous sommes bien en sécurité au port, entouré de barbelés !

 

La vie à terre... par Maina

Au-delà du quotidien à bord : bricolages pour entretenir ou améliorer le bateau, repas, lessives etc ; et quelques moments de repos, lectures dans le hamac, dessin, écriture… être en bateau c’est aussi comme avoir sa maison sur place. Ici à Mohammedia où nous sommes arrivés il y a 5 jours, c’est comme si on y habitait depuis quelques semaines. Petite balade dans la ville, dans la kasbah (partie ancienne des villes au Maroc entourée de murs), et forcément les rencontres se font rapidement. Et oui, notre passage est ponctué de « bonsoir, ça va bien ? », « Vous êtes français » ; les gens ici maîtrisent étonnamment bien le français et sont contents de discuter avec des étrangers ; pour diverses raisons forcément.
Premier soir, après un repas dans la kasbah, nous prenons Benj’ et moi le chemin du retour en passant par la plage. Petite boutique de boissons, gâteaux et autres. On s’arrête acheter un briquet, on essaye de dire 2 mots en arabe (on a trouvé un petit lexique), l’échange est lancé. « Vous êtes français ? Je parle un peu le français… je peux vous apprendre l’arabe, c’est facile ». C’est Omar et Halima. Ils nous proposent des chaises derrière le stand. Un vieux monsieur au bonnet nous observe souriant : « Meziene ! » (c’est super). Chouette soirée toute simple autour d’un bon thé à la menthe qu’Omar nous prépare, avec 3-4 personnes de passage. « Et la France, ça va ? » (… !!)
Autre rencontre exceptionnelle ici, c’est Messoud, d’origine berbère. On allait se prendre un thé « a té neneh » au café. A côté quelques marocains discutent, l’un d’entre eux nous apostrophe. Je saisis l’occasion au passage pour demander comment se prépare le thé à la menthe, et combien coûte un thé etc. Et vla le bonhomme lancé dans la discussion, enthousiaste. Je l’invite à prendre le thé avec nous… super échange. « Le maroc, c’est une expérience » nous dit-il. Le gars ne va plus nous quitter, nous fait visiter la ville, nous aide à faire nos achats, nous motive pour une projection ici… et on réussit même à l’inviter au bateau : opération difficile car l’entrée de la marina est contrôlée. Messoud a pu rester 2 heures, pas plus, et le gars à la barrière lui a demandé un petit bakchich.
Voilà… Maintenant ne reste plus qu’à rencontrer aussi des marocaines pour avoir un autre regard sur cette société qu’on découvre.

Mohammedia : dans la Kasbach (à gauche), au marché dans la Kasbach (au milieu) et le souk de Mohammedi (à droite)

 

Et pour finir, la parole du capitaine :


Aaaaaallaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhh !!! Akbar
Aaaaaallaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhh !!!Akbar

 

Lundi 29 septembre : Bemvindo no Portugal !

Bon, il faut que je résume une semaine de périple, c’est trop !! En plus, si je n’ai pas eu le temps d’écrire, c’est parce que justement, il s’est passé beaucoup de choses ! Essayons de résumer tout ça comme l’on peut…
Nous ne sommes pas partis dimanche dernier comme prévu de Bayona, faute de vent (on a pu au passage faire un bon repas pour l’anniversaire de Yann sur le voilier voisin « Aria ») mais lundi midi, ce n’est pas pour autant que le vent soufflait davantage, mais au bout d’un moment, il faut bien partir ! On a quitté les équipiers d’Aria dans la baie de Baiona, dommage on commençait à s’habituer à cohabiter. On les recroisera peut-être sur la route, mais au Portugal ou jamais, car eux vont sur Montpellier.

Les « au revoir » d’Aria dans la baie de Bayona        C’est tranquille le voilier sous pétole ! On peut même se faire un petit peu d’exercice (ça s'est tout de même après quelques jours de navigation, le temps que Maina s'amarine un peu !)

70 milles à faire jusqu’à Porto, à 2 nœuds de moyenne, on a mis le temps ! Mais c’était une navigation de ce fait très agréable, sans houle avec un beau soleil (pas en partant mais toute la journée du mardi), une bonne mise en jambe pour nos deux nouveaux moussaillons !
Nous sommes arrivés au port de Leixoes dans la nuit du mardi, à 3h du matin. L’arrivée est assez hallucinante, la côte est remplie de grosse usine, ce n’est pas du tout accueillant. Leixoes est un gros port de commerce tout moche, ça nous change de la Galice ! On se fait un mouillage forain, derrière la marina, au milieu des pétroliers, inédit !!
Du coup, on ne traîne pas, un petit passage à Porto (ça vaut le coup de voir cette ville assez grandiose), et nous repartons le lendemain.

Porto

Le vent souffle un peu en partant mais très vite, on retrouve un vent très calme voire absent... Mais le soleil lui est toujours au rendez-vous. Nous pouvons nous reposer, enfin faire ce qu’on le veut car le bateau ne gîte pas du tout. Avant d’arriver à nouveau dans une grosse ville, on décide de faire une rapide escale aux îles Berlengas, en face de Peniche. On ne regrette pas l’arrêt, on découvre de nouveau une île très chouette, une réserve naturelle de soit disant plusieurs sortes d’oiseaux mais nous ne voyons que des goélands ! 

........................................................................Mouillage devant l'île, on se croirait déjà au Maroc !

On passe l’après-midi du jeudi 25 là-bas, puis on repart le soir en mer, pour avoir toutes les chances d’arriver à Lisbonne de jour le lendemain. Le vent souffle en 1ère partie de nuit, puis ce sera une série de petite brise suivie de notre fameuse pétole ! On arrive à Cascais (un port huppé de la côte lisboète juste avant l’entrée du Tage) à la tombée de la nuit, il est trop tard pour aller jusqu’à Lisbonne en bateau. On se met au mouillage devant le port, on est très heureux d’être arrivés samedi soir, et on se motive pour aller à Lisbonne en train. On se fait une superbe soirée dans le centre, c’est hallucinant d’arriver dans la capitale du Portugal de cette façon, quelques heures avant nous étions en mer et là, on se retrouve dans un bain de foule. Tout le monde est dans les rues, l’ambiance est bien particulière aux pays du sud. On trouve un petit bar avec de la musique brésilienne bien sympa, on rencontre aussi un Sénégalais qui nous amènera à une petite discussion sur la colonisation, petit avant gout de ce qu’il nous attend en Afrique…
On prend le premier tram du dimanche matin, à 5h30, grosse soirée ! Nous qui voulions nous reposer un peu à Lisbonne, c’est raté ! Le lendemain est forcément un peu plus dur, surtout que nous nous réveillons par la houle et le vent d’est qui s’est levé. Le mouillage n’est plus du tout abrité et de ce fait très agité. On se replie au port de Cascais (prononcer « Cachcaich », ou « cache-cache » comme dirait Aria), et on se voit payer 40 euros pour la nuit !! L’heureuse surprise est que l’on retrouve notre voilier ami « Aria ». On se fait un petit resto ensemble dimanche soir pour nous raconter nos deux traversée Bayona-Cascais (eux n’ont pas fait d’escale), mais surtout, pour profiter des derniers moments partagés ensemble. Ils partent le lendemain pour Gibraltar, et nous nous partons pour la pointe sud du Portugal le surlendemain (aujourd’hui donc le 30), notre dernière escale avant le Maroc !
Initialement, nous voulions passer quelques jours à Lisbonne, organiser une projection sur le voilier avec l’aide de Maina, mais le temps passe et il faut avancer… Le vent du nord semble s’établir pour plusieurs jours, alors on va en profiter pour traverser et rejoindre le Maroc. Il y a certes une petite déception à ne pas prendre assez de temps, notamment pour faire s’épanouir notre projet, mais si nous voulons être à Dakar fin novembre, il faut faire des choix. La bonne compensation est que nous avons tous hâtes d’arriver au Maroc, de changer de continent, le voyage en voilier va prendre tout son sens !
Bisous à tous et à bientôt
Pauline

Premières impressions de la vie en voilier :
Bon, pour moi la première nav’ a été assez difficile. Au milieu de mon deuxième quart avec Yann, je pars me préparer une petite soupe à l’intérieur … et, la fatigue, la faim aidant, petites nausées ! Du coup je me couche, mais la deuxième journée de nav’, je la passe allongée, pas très bien… c’est pétole, et cette immobilité, cet état pas très agréable… et ben, je me demande si je ne vais pas rentrer chez moi aussitôt, est-ce que je vais apprécier ce voyage, est-ce que je vais supporter de vivre à 4 dans cet espace si petit, etc… pleins de nouvelles sensations à apprivoiser !
Voilà, une bonne semaine est passée, avec depuis des quarts, des journées de nav’, quelques escales et rencontres, des discussions sous de magnifiques ciels étoilés, un rythme de vie plutôt agréable. Oui, je suis vraiment contente d’avoir été embarquée dans cette aventure, et d’apprendre la vie à bord d’un voilier, avec ses contraintes, mais aussi cette énorme sensation de liberté.
Et puis, le Portugal… j’apprécie de pouvoir servir d’interprète à mes co-équipiers, mais en fait ils s’en rendent compte… ici beaucoup de gens maîtrisent le français !
Maina

 

Dimanche 21 septembre : départ de Bayona

Un tout petit message pour vous dire que Maïna nous a rejoint hier soir, nous l’avons accueilli bien calmement, nous avions besoin de repos après les bonnes soirées festives passées avec les équipiers d’Aria ! Nous fêterons son arrivée avec l’anniversaire de Yann demain soir (sauf si le vent fait des siennes, et qu’ils nous coincent en mer…) Et oui nous sommes enfin décidés à partir ce soir pour le port de Leixoes, à 30 km environ de Porto, nous allons changer de pays !!
Bisous à tous et à bientôt au Portugal.
Les équipiers d’Evaloa au complet !

Jeudi 18 septembre : 1ère projection à l’étranger !

Depuis quelques jours, il n’y a plus de vent. Quel dommage on va devoir rester à Bayona ! Pour se consoler, avec 3 autres potes français rencontrés sur leur voilier « Aria », on s’est motivés à organiser une projection de film sur la plage, un peu à la va vite, la veille pour le lendemain ! Qu’est-ce que c’est chouette l’énergie de groupe ! Sylvain connaît bien l’espagnol, il nous sert d’interprète pour réaliser l’affiche et prévenir les autorités (comme on aime bien faire les choses dans les règles, on a mis les affiches avant de demander l’autorisation, à la mairie ils n’ont pas trop apprécié mais ils ont fini par fermer les yeux !), et Antoine, le capitaine d’Aria, a bien la tchatche pour mettre des affiches et distribuer les flyers. Bon, on a choisi un jeudi soir, pas très judicieux car on n’est plus en vacances, et ce soir là, un petit vent frais a pointé son nez et nous a congelé, comme une soirée en plein air en Bretagne !
Résultat : 16 personnes, dont 5 français (nous quoi). C’est mieux que rien, surtout que le maire de Bayona est passé nous voir, il a séré la main à Yann en le félicitant (tout en le regardant de la tête au pied… surtout ces pieds en fait, « mais qui est ce gitan des mers qui se promène pieds nus ? »), mais on ne savait pas qui il était, c’est un pote espagnol qui nous la dit une fois l’homme parti !
Bref, nous, on s’est fait bien plaisir, on a projeté Vengo de Tony Gatlif, voir ce film sur grand écran, avec un superbe son, c’était génial. Le film a beaucoup plus, tout le monde a été impressionné par la musique du film, le flamenco joué par de vrais gitans, c’est beau !
La cerise sur le gâteau : jeudi soir c’était la veille de mon annif, alors après la séance, on a pu bien fêter ça, et le lendemain aussi. Yann et Benj (arrivé jeudi dernier le jour de la séance !) ont préparé un festin au bateau, et ont été relayés par Antoine et Philippe. Au final, j’ai eu un superbe gâteau avec 25 bougies !

Comme dit Cécile, une amie dans un de ces mails : « mais c’est tous les jours ton anniversaire depuis que tu es partie ». C’est un peu vrai, on passe de très bon moment avec tous les amis rencontrés sur notre chemin, je garderai un très beau souvenir de mes 25 ans à Bayona en Galice. Pauline

Olà Todos !
Ça y est, j’ai rejoint l’équipe. Ça n’a pas été difficile. J’ai pas eu à chercher, on s’est trouvé tout de suite, tout simplement, comme si j’étais déjà là. Et j’apprends que nous allons faire une projection le soir même, c’est fou. Qu’il est bon de se sentir au bon endroit, au bon moment…
Du coup, c’est une belle mise en jambe de la mise en place et du transport du matériel. Je prends vite gout à la conduite de l’annexe, moi qui aime tant les radeaux.
Ce cinéma d’extérieur est une merveille. L’écran est vraiment de bonne taille, et le matériel de qualité. Il y a un gros potentiel.

Hier de nouveaux voisins bretons sont arrivés au mouillage, Fred et Julie. C’est impressionnant comme les contacts humains se font naturellement et rapidement sur un bateau. Il y a tout de même une certaine tendance à rencontrer des personnes de même nationalité.

Nous attendons l’arrivée imminente de Maïna, dernière équipière, et du vent qui semblerait vouloir pointer le bout de son nez. Cela nous laisse le temps d’effectuer un grand rangement et nettoyage du bateau, ainsi qu’une petite soudure sur la coque alu du voilier voisin, "l’Aria". Du coup, "l’Evaloa" prend des allures de bateau atelier. C’est chouette.
BenjAmains

L’équipage d’Evaloa et d’Aria s’est tellement bien entendu qu’ils ont changé leur projet : ils embarquent sur la « Pinta » à la recherche d’un nouveau continent !

 

 

Mardi 16 septembre : passage aux îles Cies avant d’arriver à Bayona

Pour rattraper le coup de San Vicente (j’ai retrouvé le nom du magnifique port où nous sommes restés une demi-journée), nous décidons de faire escale aux îles Cies, magnifique réserve naturelle, en face de la baie de Vigo, non loin de Bayona. De l’extérieur, ça semble plutôt désertique, mais en fait, l’endroit y est très fréquenté (sur la grande île au sud, on trouve camping, bar, restaurant, et le chemin est balisé)… surtout le week-end ! (et oui en vacances, on oublie quel jour on est et parfois, on nous rappelle à l’ordre). Les zones de mouillage sont bondés, on choisit la moins « peuplée », mais du coup un peu moins abritée :

Le mouillage devant les îles Cies, Evaloa à droite...............................................................................En haut de la grande île, Evaloa en arrière plan à droite

De nouveau, nous pouvons nous offrir de belles balades sous le soleil. Le dimanche soir, lorsque tous les bateaux au mouillage le plus confortable retournent chez eux (éh éh, il faut bien travailler pour se payer de si gros yachts !), nous changeons de place pour y aller et nous nous retrouvons tout seul, c’est génial :

Le mouillage le dimanche (c’est un peu loin mais vous pouvez voir une vingtaine de bateau) et le mouillage le lundi au même endroit : Evaloa seul au monde !

Le lundi matin, nous débarquons sur la plage en face du bateau, sur une île plus petite où on ne trouve qu’une maison, habitée sûrement que le week-end puisque les gens sont partis le matin même avec leur vedette. On est donc seul sur l’île !

On est reparti hier après-midi pour Bayona, on avait que 7 milles à faire, tranquille, juste le temps de faire bronzette sur le bateau !
Bayona, port historique où Christophe Colomb a annoncé sa découverte des Amériques, tout près du Portugal (30 km par la terre), notre dernière escale en Espagne !

Bayona

 

Samedi 13 septembre : départ raté, journée loupée !!

Parfois, on se dit que certains jours, il ne faudrait mieux pas se lever, pour nous hier c’était tout à fait ça ! On avait pris une bonne résolution, partir tôt de Muros pour aller à Pontevedra. On réussit à décoller à 9h30, ce n’est pas souvent ! La météo annonçait du vent de nord-ouest (enfin !) 3-4 beaufort mais c’est la totale pétole ! Le moteur a toujours une fuite d’huile hydraulique, il ne faut pas trop l’utiliser alors on fait du surplace devant la baie de Muros. C’est raté pour partir,  nous nous remettons au mouillage vers midi, devant une plage pas loin de Muros.
Mais nous n’aurions pas du abandonner si vite, le vent se met à souffler vers 14h. C’est plutôt que nous n’aurions pas dû partir si tôt : l’avenir appartient à ceux qui se lève tôt, tu parles ! Il faut juste partir à point !
Nous décidons donc de reprendre la route mais nous nous arrêterons plus près, car nous ne voulons pas naviguer cette nuit. Le vent est bon, on avance à une moyenne de 7 nœuds, ça faisait longtemps ! La houle est assez forte mais on ne va pas se plaindre. On arrive à la destination prévue en début de soirée mais le mouillage n’est pas abrité, on doit du coup aller au ponton. Quelle bonne surprise : 30 euros la nuit (sans même avoir internet)! C’est un port moche et tout petit, autour d’une station balnéaire, on est très bien tombés ! On se dit qu’au moins, on va recharger nos batteries d’appareils photos… mais quand on essaie de se brancher, on se rend compte que j’ai oublié l’adaptateur au ponton de Camarinas !! Obligé d’en racheter un, 20 euros de plus, nous avons gagné notre journée !!
On s’en va au plus vite de ce magnifique endroit qu’on oubliera vite (je n’ai d’ailleurs même pas retenu son nom) pour aller à Pontevedra ou Bayona direct on ne sait pas encore…
Au passage, Muros était une très belle découverte, enfin une ville qui a gardée ses belles bâtisses sans les remplacer par des constructions modernes, se balader dans la vieille ville fut un vrai plaisir.

Mercredi 10 septembre : le calme après la tempête : le Cap Finistere est passé, les doigts dans le nez !


           Le passage du Cap Finistere les doigts dans le nez !


Camarinas - Cap Finistere est sûrement la plus belle navigation que l’on est faite depuis que nous sommes arrivés en Espagne, du point de vue du paysage j’entends. La côte galicienne est magnifique, le soleil était au rendez-vous ainsi que les dauphins (mais eux y sont toujours là, si ça continue, on va en pêcher un alors si vous avez des recettes de dauphins à la crème, n’hésitez pas !) et comme il n’y avait pas trop de houle, nous avons pu longer la côte pour bien apprécier le paysage. Le vent ne soufflait pas fort, et toujours du sud mais au moins, nous avons pu passer le Cap Finistere sans difficulté et ce n’est pas rien ! Le Cap Finistere est le cap le plus à l’ouest de la côte espagnole et portugaise (oups non c'est un erreur, il y a d'autres caps plus éloignés, merci Ludo pour cette petite rectification !), à cet endroit se trouve des hauts fonds qui apportent souvent de la houle, la côte qui la longe s’appelle « la costa de la morte » (« la côte de la mort »), rien que ça !
Derrière le cap s’abritent plusieurs rias, que, pour nos vacances en amoureux, nous aimerions bien toutes visiter ! On a commencé par Corrubion où nous sommes arrivés lundi soir (étant partis de Camarinas le matin), mais on a été un peu déçus, trop industriel. De plus, le lendemain, un vent du sud s’est levé, notre mouillage n’était plus confortable, et on a décidé de partir dans l’après-midi rejoindre un autre mouillage pas loin et plus abrité, au port Fisterra. Navigation un peu chiante, on a le vent dans le nez, donc faut tirer des bords et naviguer en crabe, la barbe ! Mais on ne regrette pas notre choix, le village paraît fort sympathique. On est le seul voilier au mouillage parmi les bateaux de pêche, et une fête locale nous accueille, pas mal ! En fait, c’est un festival sur 3 jours, très… populaire ! A coup de pétard volant (depuis que nous sommes arrivés, tous les jours des pétards sont lancés, apparemment c’est leur coutume, pour fêter n’importe quel évènement) et de groupe genre la star ac, mais à l’espagnole : sur scène que des jeunes avec leur superbe chorégraphie, et le public, que des vieux qui dansent une sorte de valse, à voir !

port de Fisterra


On est restés au port Fisterra deux soirs, avec entre les deux une belle promenade dans Santa Maria das Areas (où l’on a fini sur une plage de surfeurs babos, espèce d’after des allumés du chemin de St Jacques de Compostelle ; mais notre espagnol ridicule ne nous a pas permis d’aller les rencontrer, dommage une bonne fiesta de loupée. Du coup sage décision : 1 h d’espagnol tous les jours mais comme pour l’accordéon ou pour arrêter de fumer, ça ne reste qu’une résolution). C’est vrai que c’est dur de communiquer avec les locaux, on se rend compte que personne ne parle anglais (en même temps c’est pareil en France…)
On a quitté le port Fisterra ce matin, toujours le seul voilier, pour aller à Muros, à 20 milles, ce n’est pas loin. On a quand même mis 7h car le vent soufflait peu, toujours du sud, mais on commence à être habitués à faire du près ! Au mouillage, on retrouve des bateaux croisés à Camarinas : les hollandais et un couple français de retraités qu’on avait aussi vu à Corrubion, tout le monde se suit !
On va sûrement rester demain puis repartir pour une autre ria, à Pontevedra, puis à Vigo et après, on va peut-être faire un peu plus de route pour quitter la Galice et rejoindre le Portugal.
Bisous de Yann et Pauline

 

Mercredi 3 septembre :  Bienvenida en Camarinas !

Presque 48h de navigation pour faire 30 milles (environ 50 km) record battu ! Après le gros temps est apparu le petit, comme on dit, y’avait « pétole », c'est-à-dire plus de vent. Nous sommes partis samedi 30 août dans l’après-midi de Ria De Ceidera, et nous sommes arrivés lundi 1er septembre à 14h aux îles Sisarga, en finissant au moteur en plus ! On a passé deux nuits à stagner en mer, on avait même affalé les voiles, et la journée, on avançait tranquillement à 1 ou 2 nœuds. C’est simple, on était en mer comme au mouillage, sauf qu’on ne voyait pas la côte ! Ça nous a changé de la navigation précédente, c’était un peu trop calme c’est sûr, mais au moins, on pouvait faire ce qu’on voulait : accordéon pour Yann, moi j’ai enfin fini « vagabond des mers du sud » de Bernard Moitessier, entamé depuis longtemps, et Delphine « sept fois le tour du soleil », de Nicole Van De Kerchove, que Kim, sa fille, nous a gentiment offert avant de partir.
Arrivés au mouillage aux îles Sisarga, on était bien contents de pouvoir dégourdir nos petites gambettes, et nous avons fait une magnifique promenade sur l’île, voir la mer de haut et non de l’intérieur, ça change :

Nous avons quitté l’île le lendemain matin, nous avons fait une journée de navigation pour nous rendre à Camarinas. Le vent était de nouveau sud-ouest (nous attendons toujours le vent du nord, qui devrait faire son apparition d’ici peu on l’espère, puisque notre prochaine étape est le Cap Finistere), Evaloa naviguait donc au près et n’a pas trop aimé cette allure car son équipage a découvert à nouveau l’une de ses failles : l’étanchéité. Un côté du bateau étant à chaque fois dans l’eau, notre cabine avant s’est retrouvée toute trempée. On ne va pas tout faire sécher maintenant car depuis que nous  sommes arrivés à Camarinas hier soir, il pleut ! Demain la météo annonce un avis de tempête, donc on va rester sagement au port. C’est le premier port espagnol où nous nous arrêtons, depuis que nous sommes partis, nous n’avons fait que des mouillages. On peut en profiter pour retrouver certains plaisirs oubliés (depuis longtemps pour certains…) : la douche !
En attendant le beau temps, le trio d’Evaloa vous embrasse bien fort !
PS Yann : mon bateau navigue très bien au près et tous les bateaux prennent un peu d’eau par l’avant c’est bien connu, non !

Vendredi 29 août 2008 : navigation sportive pour trouver un mouillage magnifique

à la plage à Ria De Ceidera

...................................................................................................................................................................."Evaloa" (à droite), et "Goelane" (à gauche), au mouillage à Ria De Ceidera

Cela fait seulement 4 jours que je vous ai écris, et il y a déjà trop de choses à raconter, on ne chôme pas lorsqu’on voyage en bateau ! Je vais essayer de résumer tout ça.
On est donc arrivés lundi après-midi à Espasante, et on est repartis mercredi midi, 2 jours seulement, trop peu… C’était un endroit sympathique où l’on a rencontré un autre voilier breton, « Goelane ». A bord, un couple (Katel et Julien) et deux enfants (Youna et Maël). Ils ont un projet de partenariat entre leur école Diwan et une école au Sine Saloun au Sénégal. Ils ont pris contact avec Voiles sans frontières et doivent être au Sénégal en octobre, déjà que pour nous décembre ça paraît tôt…
Mercredi au réveil, pas mal de houle rentrait au mouillage, le vent soufflait beaucoup mais bon, motivés par Delphine, on s’est dit qu’on allait quand même voir comment ça se passait en mer, et qu’au pire, on pouvait aller s’abriter dans un autre mouillage pas loin, à 30 milles d’ici (50 km environ) et bien... c’est ce qu’on a fait !!
Au départ on était contents, le vent soufflait bien, on pouvait avancer. On avait mis 1 ris (pour réduire la voile) que l’on a enlevé avant de sortir de la baie, confiants ! Mais le vent a forci, la houle aussi, et on a eu des rafales à 7 beaufort (entre 50 et 60 km/h, ça commence à faire beaucoup !). J’ai vu "Evaloa" gité comme jamais, j’ai eu peur lorsqu’une vague est rentrée sur tout un côté du bateau. On s’est mis à réduire les voiles, puis Delphine nous a suggéré d’enlever toute la voilure, cela s’appelle se mettre « à sac de toile », le fardage du voilier allait nous diriger sur le cap souhaité, et c’est ce qu'il s’est passé (quelle skippeuse professionnelle cette Delphine, on n’a pas n’importe qui à bord attention !!). C’était incroyable car on avançait à 9 nœuds (17 km/h) sans les voiles, avec des pointes à 15 (29 km/h) ! Pour vous faire une idée, on avançait en moyenne à 4 nœuds pendant la traversée du Golfe… On a remis ensuite un peu de génois, presque rien (comme sur la photo en dessous).
Et voilà ma première journée de gros temps, j’espère qu’il n’y en aura pas beaucoup comme ça ! Sur le coup, j’étais bien angoissée, j’ai eu du mal à décompresser mais au final, moi comme Yann sommes contents de l’avoir vécu. Naviguer sous ce temps avec Delphine, c’est formateur, elle nous apprend beaucoup, c’est génial de sa part. C’est rassurant aussi de voir que le bateau tient bien la route. Mais bon, sans Delphine, on aurait fait demi tour c’est clair, on ne serait d’ailleurs même pas sortis ce jour là. Allez, ça fait une bonne expérience vécue de plus, j’arrive à le voir comme ça, c’est déjà pas mal !
On a été bien récompensé à notre arrivée : on a découvert un superbe endroit assez sauvage : Ria De Ceidera. On a mouillé près d’une plage, à côté d’une forêt d’eucalytus, la classe. Pouvoir arriver en bateau et en même temps découvrir un paysage de montagne, c’est superbe. On a aussi retrouvé nos amis de « Goelane », qui ne s’étaient pas non plus motivés à faire davantage de route sous ce temps.
Pour oublier les petits malheurs de la veille, on a passé hier après-midi sur la plage, avec pique-nique et baignade au planning. J’ai pris mes palmes et mon masque encore jamais essayés, et je suis allée voir les poissons avec Katel, je n’avais encore jamais fait ça, du coup je me suis prise pas mal de flotte dans mon tuba mais sinon c’était sympa ! On a aussi ramassé des moules qu’on a mangé tous ensemble le soir, belle soirée. On a quitté « Goelane » ce matin, je pense qu’on les recroisera sur le chemin.
Nous partons demain en direction de la Corogne. Julien nous a dit que les plus beaux coins des côtes galiciennes se trouvaient où nous étions en ce moment avant la Corogne, alors peut-être allons nous un peu avancer et ne pas nous arrêter à la Corogne, on va voir en fonction de notre motivation et bien sûr, du temps.
Bisous à tous et à bientôt
Pauline

Seulement 2m² de génois, et on avance à 9 noeuds !......................Un voilier navigant à côté de nous, il surfe sur la crête d'une houle de 3-4m !

 

Le 25 août : La traversée du golfe de Gascogne, c’est fait !


Ça y’est, on est vraiment partis ! Nous voici arrivés à Espasante, près de la Corogne, aujourd’hui lundi 25 à 13h45, presque 4 jours et 4 nuits de navigation quand même, c’est crevant !
La météo s’est encore plantée : peut-être y avait-t-il quelque part du vent du nord, mais pas où nous étions ! Nous avons pratiquement toujours eu du sud-ouest, donc que du près. Mais bon, sans cette annonce météo, nous ne serions pas partis, alors peut-être doit-on la remercier finalement !
On est partis jeudi de Douarnenez, vers 16h30, et on a été stoppé direct, pas de vent. On a dû mettre un peu le moteur pour passer le Raz de Sein avant la nuit, du coup, la mer était calme c’était pas mal. Mais ensuite la houle et le vent se sont levés, nos ventres ont été un peu retournés pendant toute la journée suivante, mais on faisait du 6-7 nœuds de moyenne, ça nous rassurait, au moins on avançait. La journée du samedi fut magnifique : mer calme, beau soleil et le must du must : on a vu des baleines !! 3 autour du bateau, on a eu le temps de les filmer, de les prendre en photos… trop bien (j’essaierai de les mettre en ligne la prochaine fois). Ça nous a fait du bien de pouvoir nous reposer, le Golfe calme comme ça, c’était idyllique ! On a pu se faire à manger… Mais le lendemain, c’était reparti avec plus de houle, et toujours pas de vent du nord pour nous pousser plus rapidement vers l’Espagne. On a fini dimanche soir avec complet pétol, on voyait la côte espagnole mais on est restés plantés toute la nuit presque à la même place, à faire bouchon dans la mer. Du coup, on a décidé de faire cap au sud, on s’arrête dès que l’on peut ! Le cap Finistère, ce sera pour plus tard, on a choisi un mouillage près de la Corogne, on est arrivés avec l’aide du moteur cette après-midi, dans un chouette coin (comme vous pouvez le voir sur les photos), avec un super soleil, le pied !
Fatigués mais super contents, on s’est motivés à ranger un peu le bateau, sortir toutes les affaires mouillés (et y’en avait, la couchette de Delphine et notre cabine à l’avant étaient toutes trempées), petite bouffe et puis, on a posé le pied à terre, trop bien ! On était super excités, trop contents d’être là, en Espagne. On est allés à la plage juste devant le bateau faire un petit plouf, ça y’est on est en vacances !!

Y’a trop de trucs à raconter, mais vous comprenez que là j’ai autre chose à faire ! On est au bar fêter ça avec une cerveza (une bière, et oui on se met à parler espagnol)! Demain on se repose, mais y’a aussi forcément trop de trucs à faire sur le voilier (encore un problème de moteur, cette fois c’est une fuite au niveau hydraulique, ça va être dur de réparer ça… - la prise de ris à refaire, le four à réparer car le tuyau de gaz à cramé… la routine quoi !) et puis on pensera à rejoindre le Cap Finistere après demain, on va voir avec le temps qui s’annonce.
En fait, il faut juste que vous sachiez que nous allons très bien, je pense que c’était une super expérience pour tous les trois, moi j’étais super rassurée de partir avec Delphine et Yann, ils ont assuré. Je n’ai pas été trop malade, un peu ballonnée parfois normal. 4 jours c’est long et en même temps, c’est passé très vite, on en avait pas trop marre non plus, l’ambiance à bord était très sympa !

Bisous à tous et à bientôt
Pauline, Yann et Delphine

Vous voyez, c'est pas des bêtises, on a vraiment vu des baleines ! (plus visibles que sur la photo d'ailleurs mais j'ai pas mieux)

Evaloa au mouillage à notre arrivée, à l'Espasante

Le 19 août : Le départ arrive !


Après avoir pensé partir samedi dernier, puis mardi 19, nous partirons jeudi midi, c’est du sûr !! Notre fenêtre météo tant attendue apparaîtra normalement jeudi. Un anticyclone arrive en effet, nous apportant des vents du nord-est, qui nous pousseront pour traverser le Golfe de Gascogne. L’anticyclone devrait rester 4-5 jours, évitant ainsi les risques de trop mauvais temps. Bref, NOUS QUITTONS LA France !! Ça y’est, c’est le grand départ, notre première grande traversée, on va passer plusieurs jours au milieu de l’océan, ce n’est pas rien !! En tout cas pour moi c'est assez incroyable, je ne m’imaginais pas faire ça un jour. C’est bien sûr un peu angoissant et en même temps, l’envie est là. Douarnenez, c’est sympa mais on est toujours dans notre élément breton, arrivés en Espagne, on se sentira vraiment partis.
Si le temps le permet, on aimerait passer le Cap Finistere et arriver directement en Galice, à Baiona par exemple, mais bon ça fait un peu long d’un coup, on verra. Si le vent tourne plus vite que prévu, on s’arrêtera vers la Corogne. Jusqu’au Cap Finistere, on en a pour 5 jours environ, jusqu’à la Corogne c’est plutôt 3-4 jours.
J’ai fini mes quelques heures de bénévolats au festival, on va pouvoir se consacrer aux derniers préparatifs, même si tout est déjà presque prêt : en gros, quelques réglages sur le bateau, le plein de gaz, d’eau, quelques courses, récupérés Delphine qui part avec nous pour la traversée (et plus si infinité…) et c’est ok. Pour bien dormir ces deux dernières nuits, on va peut-être aller se mettre à quai à Tréboul, le port de plaisance de Douarnenez car ces dernières nuits ont été un peu trop agitées, on s'est réveillés plusieurs fois.
Si on ne vous réécrit pas d’ici notre départ, prochain rendez-vous dans une semaine environ, en Espagne !!
Bisous à tous
Pauline et Yann

 

Le 18 août : Quelle journée !


Après avoir passé deux jours à couple du remorqueur « le Valeureux » puis du vieux gréement « la Nébuleuse », nous sommes depuis vendredi au mouillage en face du port de Rosmeur. La projection est passée, fini les passe-droits, on ne peut plus rester à quai gratuitement.
On comprend pourquoi on ne part pas aujourd’hui pour le golfe, la mer est assez déchainée, il y a une bonne houle et le vent souffle très fort. J’ai eu la bonne idée de faire une lessive, j’ai commencé à l’étendre et ma plus jolie serviette s’est envolée… J’ai donc changé d’activité : la vaisselle. Mais là, j’avais la nausée tellement ça bougeait là dedans. J’ai fini par tout laissé tomber et Yann m’a déposé à terre en zodiac, pour aller au cinéma. J’ai vu un film breton parlant de la colonisation africaine, finalement je reste dans mes thèmes de réflexion du moment.
Lorsque je reviens au bateau, bah il n’est plus là ! Yann ne répond pas au téléphone, je commence un peu à flipper, je regarde au loin et, tout au fond du port, je vois Evaloa avec une ombre qui s’agite à l’avant devant l’ancre, aille on a dérapé ! Gaël, de la Nébuleuse, arrive en annexe, remorquant une énorme branche, qui s’était emmêlée dans la chaîne de notre ancre, pas de bol !
Yann était sur la Nébuleuse quand il a vu le bateau commencer à chasser. Il a voulu remonter l’ancre pour remettre plus de chaîne et c’est là qu’il a vu la branche dans la chaîne. Le bateau voisin l’a vu tenter de couper la branche avec sa scie à main et s’est dit « là faut qu’on aille donner un coup de main au voisin ». Bref, avec du soutien tout s’arrange ! Moi je suis arrivée quand tout était fini, j’ai même eu le droit d’être invité à manger, chez les voisins justement, sur une goëlette de 15m en résine armée appelée « Scan Da Lum », superbe bateau. Au moins, les petites emmerdes, ça crée des liens !

 

Le 14 août 2008 : Soirée de projection réussie à la plage au port du Rosmeur mercredi soir

Tout se passe décidemment très bien pour l’association « Aux cinéphiles de l’eau » !
On est arrivé samedi soir à Douarnenez, on a commencé la communication de la projection de film le lundi pour le mercredi soir, et on a eu une petite centaine de personnes, c’est trop bien !
Y’a eu plusieurs raisons à cela : déjà, on est à Douarnenez et en pleine été, forcément c’est plus facile de déplacer les gens. Erwan de l’association de cinéma de Douarn et notre pote Maïna ont relayé l’info par mail, mais aussi, j’avais dégoté in extremis un article dans le Télégramme, avec photo s’il vous plaît ! Je suis passée à leur local lundi, j’ai téléphoné devant la porte car c’était fermé et en fait, la journaliste était à l’étage et est venue me voir. Je lui ai filé rapidos notre dépliant et une affiche, elle a voulu faire une photo et le tour était joué. Du coup, les gens ont été vite mis au courant d’une séance de cinéma sur bateau. Malheureusement le vent soufflait beaucoup et on a du se replier sur la plage, mais le cadre était également sympathique, c’était une projection chaleureuse, assis sur les cailloux. A cette occasion, on a rencontré des gens partant en voilier en Casamance, deux autres habitant à Cachouane, juste à l’entrée de la Casamance qui nous ont invités dans leur village, bref, que du positif !
On se sent vraiment bien dans cette ville, il se dégage une bonne énergie ici, et du vécu. Malheureusement la mairie est passée à droite, et ça complique les choses : le festival « les arts dinent à l’huile » annulé, le festival de cinéma qui bataille avec la nouvelle municipalité… Il faut résister ! Au passage, le festival de ciné commence samedi et comme on ne peut pas partir avant le 19 août faute d’une bonne météo, je vais en profiter pour participer au festival, quelques heures de bénévolats contre des séances gratuites, ça me plaît bien. Le thème cette année est le Liban, ce sera donc très dépaysant, ça va me changer du cinéma africain !
Comme vous le voyez, tout va bien pour nous, on espère quand même ne pas rester trop longtemps ici, même si on apprécie bien le coin !
Bisous à tous et on vous tient au courant pour notre départ pour l’Espagne, on l’espère mardi prochain !
Pauline et Yann

 

Le 13 août 2008 : petite anecdote : comment se servir d’un extincteur ?

Hier, on était bien contents : tout d’abord, le frigoriste était passé, on a enfin un frigo qui marche ! Ensuite, on a profité de la voiture de Gaël, qui bosse sur « la Nébuleuse » (Evaloa a maintenant la chance d’être à couple de ce magnifique vieux gréement), pour aller faire les courses, et Yann s’est fait le plaisir de s’acheter une belle canne à pêche (et oui, on change de technique car on a toujours rien pêché depuis notre départ et y’a pleins de macros dans le port de Douarnenez, ça donne envie !). Bref, revenus des courses, Yann veux d’emblée tester son nouveau jouet, je lui demande tout de même de remettre la gazinière en place enlevée pour la venue du frigoriste. Le temps passe et nous décidons de manger. Je vais pour allumer le gaz (donc j’ouvre la vanne et craque une allumette) et là une flamme gigantesque envahie la cuisine, impossible de l’arrêter avec un chiffon. Prise de panique, je prend l’extincteur installé dans la cuisine (comme quoi, il a son utilité celui-là), pendant que Yann file dehors, alors là, je me demande vraiment pourquoi il se tire plutôt que de m’aider (en fait il allait couper le gaz mais il ne m’a pas prévenu...). bref, je me démêne pour ouvrir ce truc et le déclenche sur la flamme au moment même où Yann coupe le gaz. Alors la question est : qui a éteint le feu, Yann ou Pauline ? J’aurais aimé que ce soit moi mais je crois que sans éteindre le gaz, la flamme ne se serait pas éteinte si facilement…
Mais au fait, que s’est-il passé ? En remmettant la gazinière en place, Yann n’avait pas remis le tuyau de gaz alors forcemment…
Certains diront que j’ai eu un bon reflexe, d’autres que je n’avais cas tourner la vanne pour éteindre le gaz (mais pour ma défense, la vanne était dans les flammes) car ça nous aurait éviter d’être asfixier par l’extincteur ! Mais bon, au final, on a laissé le bateau s’aéré et nous on a passé une bonne soirée à bord de « la Nébuleuse ».
Au fond, plus de peur que de mal, on a perdu 30 euros car on n’a plus qu’à racheter un extincteur et on a gagné une bonne matinée de ménage car la poudre de cet engin, ça colle partout ! Mais la cuisine avait besoin d’être lustrée un peu, ce qui est fait !!
Voilà notre première anecdote et sûrement pas la dernière!

 

passage du chenal du four, entre l'Aber Wrac'h et Camaret ------------------------- Passage du "tas de pois", à la sortie de Camaret, près de Pen-Hir

 

Le 10 août 2008 : première étape terminée, on est à Douarnenez


Après deux jours et demi passés à l’Aber Wrac’h pour se reposer un peu, refaire le réservoir de gazoil, on est repartis vendredi matin pour Camaret. On était pas trop rassurés car la météo annonçait pas mal de vent, du coup on est partis avec un ris (pour réduire la voilure) et finalement, il n’y avait pas un pète de vent, merci la météo ! De peur de ne pas pouvoir passer le chenal du four avec les courants, on a même du mettre le moteur.
Arrivés à Camaret le soir, on a retrouvé Céline et Cisco, venus nous rejoindre pour l’occasion, on en a profité pour faire un petit passage au bar à rhum puis le lendemain, on a repris la route pour Douarnenez. On a embarqué nos 2 moussaillons qui n’avaient jamais faits de voilier, avec un temps assez agité, Céline s’en souviendra ! Rien à voir avec la veille, le vent soufflait pas mal, avec de bonnes rafales, on est arrivés assez vite à Douarnenez (partis à 13h de Camaret, arrivés à 19h30), pour le bonheur de l’estomac de Céline !
Nous sommes amarrés au port de pêche du Rosmeur, à couple d’un gros remorqueur appelé « Le valeureux ». On a prévu de faire notre dernière projection mercredi soir, si le temps le permet. On a retrouvé des amis en voilier rencontrés à Binic, ils attendent depuis plusieurs semaines une belle fenêtre météo pour partir en Galice qui n'arrive pas... Nous on sera prêts à traverser le golfe à partir du 16 août, alors on espère qu'on ne va pas devoir attendre si longtemps... affaire à suivre. 

 

Le 06 août 2008 : On a changé de département, c'est un début !


Comme on se l'était dit, notre départ de Pontrieux vendredi dernier ne nous a pas emmené loin : à la Roche-Jagu !! Mais les « au revoir » étaient faits, dans notre tête on était partis, on avait passé l'écluse ! Si ce départ est un signe, c'est que nous allons prendre notre temps pendant ce voyage !
Mais cela nous a permis de passer un dernier bon moment samedi dernier avec tous les amis venus nous dire bon vent, et de passer le week-end avec « Breiz Da Viken », le bateau d'Erwan et Johanne qui a fait sa première sortie avec nous.

soirée à la Roche-Jagu

On est partis lundi matin du mouillage de la Roche-Jagu (je ne sais pas si on aura souvent l'occasion de mouiller dans un si bel endroit) en direction de Trébeurden, les courants étaient avec nous, tout allait bien, on avançait bien, tout en se faisant un peu balloter sur le plateau des Sirlots (Yann au début était un peu malade, ça ne lui arrive jamais, c'est le temps de se remettre dans le bain !). A la marée montante, les courants fort des vives eaux étaient contre nous, on est resté 3 heures devant les sept îles, on a du mettre le moteur pour ne pas reculer ! Il était ensuite trop tard (minuit) pour entrer au port de Trébeurden, donc on a voulu profiter des courants pour avancer jusqu'à l'Aber Wrac'h, et c'est parti pour une navigation de nuit.
Je fais un petit quart pour que Yann se repose un peu, puis je vais dans le bateau dormir à mon tour. Au réveil, la mer est un peu plus agitée et je suis malade, je vomis pour la 1ère fois en bateau, c'est mon baptême ! On est presque arrivé à l'Aber Wrac'h mais la mer remonte et les courants sont de nouveau trop fort et nous empêchent d'avancer (merci les vives eaux !) et nous revoilà coincer encore plusieurs heures. On est bien fatigués, le tuyau d'arrivée de gazoil casse, il manquait plus que ça, Yann doit inventer en vitesse un nouveau réservoir à gazoil pour faire marcher le moteur, ça fait beaucoup pour une reprise, il en a trop marre !!
On arrive finalement vers 13h au port, bien crevés, avec un bateau un peu retourné, notre lit trempé car notre bon vieux aloa n'est pas complètement étanche… On réussit quand même à le ranger, à se laver, manger un bon repas et au lit !!
On va rester au moins 2 jours à l'Aber Wrac'h, le temps de trouver une solution pour le gazoil et surtout, d'avoir un meilleur temps pour passer le chenal du four (à la pointe de la Bretagne, passage souvent à fort courant puisque la mer d'Iroise, la Manche et l'Atlantique se rejoignent – c'est en gros ce que j'ai compris, mais c'est pas moi la pro ! -) pour se rendre à Camaret.

Voilà les nouvelles d'Evaloa, en gros c'est le début, on a besoin de se roder !
Bises à tous et à bientôt
Pauline

Remarque du capitaine aigri à l'arrivée de l'Aber Wrac'h :
Dans le port, y'a que des gens pétés de tunes qui nettoient leurs clones Bénéteaux à la brosse à dents en nous regardant terrifiés, à l'idée que l'on puisse passer sur leur pont avec nos pieds nus. C'est inquiétant mais bon, ceux là normalement ne sortent pas de France alors hâtons nous de les laisser et d'aller voir autre chose de plus réjouissant ! Yann

 

Le vendredi 1 er août 2008 : Ça y'est, le départ, ENFIN !!!

le départ sur le Trieux (Evaloa est bien chargé...)

Juste un petit mot rapide à vous tous pour vous dire que nous partons de Pontrieux, notre port d'attache, en fin d'après-midi.

On tient à s'excuser car pour le site n'est pas tout à fait mis à jour, et surtout, on ne donne pas beaucoup de nouvelles, mais ça viendra !! Pour l'instant, on est à fond dans la préparation du départ, ce qui nous demande beaucoup d'énergie.

Le temps n'est pas très bon, donc on ne va pas s'en aller très loin pour le moment, mais on quitte Pontrieux, ce qui est déjà une grande étape pour nous (car cela signifie que le bateau est prêt à partir… et nous aussi !).

On avait prévu d'aller ce soir à l'île de Bréhat et faire une projection sur la plage du Guerzido demain soir pour dire au revoir à tous les potes (définitivement cette fois !) mais bon, si le vent ne faiblit pas, la soirée se fera certainement à la Roche-Jagu… On a toujours notre portable alors pour ceux que ça intéresse, vous pouvez me joindre au 06 79 95 92 49 ou Yann au 06 77 72 50 83.

 

Prévision pour la suite : début de semaine prochaine, on s'en va direction Douarnenez avec l'intention d'y faire notre dernière projection en Bretagne (avant le départ pour l'Espagne) au port de Rosmeur le dimanche 10 août. Mais la météo décidera si nous pourrons être dans les temps…

 

Pleins de bisous à tout le monde, et une pensée pour tous ceux à qui on n'a pas eu le temps de dire au revoir, on se recroisera sur la route, ou ailleurs !

A bientôt pour suivre notre aventure.

Pauline et Yann

 

 

 

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