La vie à Niomoune

Bonjour à tous !

Comme lors de notre dernier séjour en Casamance, les connexions internet sont bien espacées, la vie dans les villages bien chargées, nous prenons ainsi du retard sur l’écriture, et on finit par ne plus savoir par où commencer, ni même quoi raconter !

Et puis d’une manière globale, nous n’abordons pas ce retour de la même façon que le premier voyage, pour la simple raison que c’est un RETOUR ! Ce n’est plus vraiment un voyage comme on l’entend : découverte… Nous sommes maintenant davantage dans l’approfondissement. Nous n’avons plus ce regard neuf et ébahi de notre arrivée, on a maintenant du recul, nous permettant d’analyser certains points différemment, en découvrir d’autres…

Niomoune est en cela un village exceptionnel, plus on approfondie et plus on découvre comme il est complexe de comprendre le fonctionnement du village, ces coutumes… On peut le voir comme une métaphore de l’Afrique, puisqu’il est dit que pour un étranger, une vie n’est pas suffisante pour comprendre l’Afrique, elle garde ses secrets !

La circoncision est une grande étape cette année pour tout le village, on essaie de comprendre mais c’est un sujet tabou, les initiés n’ayant pas le droit de parler de ce qui se passe dans le bois sacré. La grande circoncision (étape où l’homme va devenir initié) est un long rituel, les futurs initiés passeront plusieurs semaines dans le bois sacré au cours duquel ils auront de nombreuses étapes à franchir, on raconte que des duels, des combats sont organisés. On est ici dans la tradition pure et dure, que certains pensaient peut-être révolus et pourtant !

Nous sommes donc là, à participer sans le savoir à un moment exceptionnel de leur vie, peut-être même qu’on la bouscule un peu de par notre présence. Les fêtes publiques sont interdites jusqu’à la cérémonie, ça ennuie beaucoup de jeunes qui aimaient ce moment de détente, et nous aussi par la même occasion. Pour le départ de Stéphane et Blandine de la belle verte, on a fait une petite exception à la règle… Nous avons organisé une soirée au campement Ebobaye, le matériel de cinéma s’est transformé en sound system pour la soirée, avec Steph en D.J. « boom sans frontière ». Un poulet pour bien manger, 20 litres de bounouk pour faire danser, et c’est parti !

Le chef du village était prévenu et avait donné son accord : pour le départ des toubab, ok, on autorise la fête ! C’était une soirée inoubliable, superbe ambiance, nous n’étions pas qu’entre français, beaucoup d’amis du village et autres sont venus festoyer avec nous, ils étaient tous heureux de pouvoir danser, se défouler ! On a dansé sur toutes sortes de musique, même bretonne, et à chaque fois les niomounois trouvaient le rythme, ils s’adaptent à tous les genres. La soirée représentait bien Niomoune, le bounouk fini, tout le monde est parti ! Notre matos n’a pas trop aimé se transformer en sono, une de nos enceintes a grillé, on doit la faire réparer à Ziguinchor, et en attendant, notre cinéma n’a plus qu’une enceinte…

Sans le vouloir donc, on n’a en un sens bousculé les coutumes. Nous qui sommes habituellement défenseur des traditions, on comprend tout de même, en vivant avec eux, les jeunes du village. Ils ne veulent pas que la tradition se perde mais ils veulent faire accepter une certaine forme de modernisme, puisqu’il est incontestablement arrivé au village ! Il y a 25 ans, lors de la dernière circoncision, les anciens ne se posaient pas la question puisqu’il n’y avait pas de soirée, pas de groupe électrogène pour mettre de la musique, pas de pantalon de jogging à mettre sous les pagnes, et peut-être moins de toubab pour venir bouleverser leur quotidien !

La soirée passée, le vrai départ de la belle verte à Niomoune fut le jour de notre carénage, nous étions arrivés le jour du leur, petit symbole, la boucle est bouclée, bon vent les amis, vous êtes en ce moment au beau milieu de l’Atlantique, on pense fort à vous !

Evaloa s’est fait brossé pendant deux jours avec l’aide de nos amis Desh, Anouk, Alfred, Georges… et en avait bien besoin. Avec les huitres que l’on a décrochées de la coque, nous aurions pu manger un repas de fête, mais avec de l’antifouling en guise de sauce, on a préféré s’abstenir…

Le lendemain, j’ai du me rendre à Ziguinchor, ils ont fini seul, tout en s’improvisant un petit barbec de poissons grillés sur la plage. Nous n’avons pas remis d’antifouling pour l’instant, nous passerons par Dakar avant de rentrer en France, on sortira le voilier de l’eau pour refaire un carénage propre et une nouvelle peinture de coque, qu’Evaloa soit tout beau pour revenir au pays !

Simone faisant « sa pause » entre deux rizières et Hélène dans la pirogue

 

 

Un retour permet également de participer à ce qu’on avait manqué la fois passée : la récolte de riz, qui était terminée à notre arrivée l’année dernière. J’ai pu enfin passer une journée entière en compagnie des femmes d’Ouback (le quartier le plus prêt du bateau), étant la seule toubab !

Dans les rizières

 

 

 

Journée inoubliable, partis le matin en pirogue, nous avons récolté le riz toute la journée sous un soleil de plomb, mais dans la joie, la bonne humeur, les chants, et bien-sûr le bounouk ! C’était assez inimaginable sous cette chaleur, personne ne buvait d’eau, tous au vin de palme, même les enfants !! Heureusement que j’avais prévu une bouteille dans mon sac, sinon j’aurais été « kéli kéli » (ivre en diola) dès le matin…

Récolte de notre amie Anjou, quelques jours plus tard, avec Yann et Blandine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous continuons à organiser des projections, mais à un rythme moins soutenu, la priorité est aujourd’hui de travailler sur le bateau. Tous les week-ends cependant, nous passons un film dans les différents quartiers de Niomoune. Les niomounois étant maintenant des « habitués » du cinéma africain – c’est dans ce village que le bateau-cinéma a organisé le plus de projections – nous nous sommes permis de passer des films un peu plus pointus, des films africains classés davantage parmi le cinéma d’auteur. Je pense que ça a moins plus mais nous sommes toujours persuadés que le public casamançais préfère voir des films africains grand public que des films d’aventures américaines. On entend parler pendant longtemps au village des films que l’on passe, je ne pense pas que les Vendame et autres Bruce-Lee ont le même impact.  Je réfléchis encore beaucoup sur la programmation et je pense que mes questions sont un peu près les mêmes que pour quelqu’un qui projette des films en France : dès que l’on passe des films un peu différents, il est plus difficile de capter l’attention. Si on écoute la masse, nous ne passerions que des films de merde mais il faut résister ! Et sur une audience de 200 – 300 personnes, il y en a toujours pour être captifs et attentifs au message divulgué par le film, il suffit d’une dizaine et c’est gagné, la séance a eu raison d’être ! Nous pourrions également projeter autre chose que des films africains mais nous souhaitons rester sur notre volonté de départ, le public apprécie que l’on passe des films africains et surtout, n’a pas d’autres occasions d’en voir !

Projection au quartier d’Elou, Niomoune

La réussite de notre projet restera notre grand écran ! Il attire la foule et nous permet de passer des films intéressants, tout en ayant une grande audience ! C’est dans cette optique que nous travaillons en ce moment avec l’animateur de la bibliothèque, Djiba, qui se trouve être le prof de sport de Niomoune, original pour l’une des personnes les plus impliquée dans la vie culturelle niomounoise ! Il essaie de faire venir le public à la bibliothèque, pour lire et emprunter des livres bien-sûr, mais aussi pour faire vivre le lieu en organisant des soirées cinéma (le bâtiment est fourni d’un panneau solaire et peut faire marcher la télé le temps d’un film). Entre 25 et 50 personnes viennent aux projections où il est encore difficile de passer des films ludiques. Djiba trouve donc important qu’avec notre cinéma, nous diffusions de bons films pour intéresser les gens et leur donner envie de regarder autre chose.

Projection de Kirikou un après-midi au quartier de Som

C’est également avec Djiba que nous avons remis en place l’entrée payante au cinéma. Nous avions organisé trois projections en plein air gratuite, enfin pas gratuite pour tout le monde puisque c’était nous qui avions payé l’essence ! Comme l’an passé, il nous paraît vital de faire participer la population, ils doivent comprendre que tout ne leur est pas donné. Nous avons donc organisé une projection au foyer de Som, le bâtiment le plus grand du village, avec une entrée de 25 frs CFA (à titre d’exemple, l’entrée pour aller voir Bruce-Lee au foyer d’Ouback est de 50 frs CFA). Djiba avait peur d’une baisse d’affluence, nous expliquant qu’« ici, ils ont la culture du gratuit ». Nous étions plutôt confiants au vu de notre expérience passée et nous avions raison, plus de 200 personnes ont payé pour entrer. Nous avons diffusé « Bul déconné », un film franco-sénégalais qui se passe à Dakar, réalisé par deux jeunes, sur les jeunes et comme c’est surtout les élèves du collège qui s’étaient déplacés ce soir là, ça tombait bien. Ce genre d’expérience est très rassurant, les mauvaises langues – « ils n’aiment pas ce genre de film, c’est trop intello… » – n’ont qu’à bien se tenir, la foule était là et est restée jusqu’au bout. C’est indéniable, tout le monde apprécie voir transposer sa vie à l’écran.

Cette projection a payé pour plusieurs séances, nous avons organisé le lendemain une projection gratuite pour les enfants : Kirikou et les bêtes sauvages.

Kirikou a toujours autant de succès, auprès des petits comme des grands. L’enfant d’Adrien et Simone s’est fait surnommer Kirikou au vu de sa petite taille, Simone est donc venue voir la tête du vrai Kirikou… Le lendemain de la projection, je rentrais au bateau lorsque des enfants m’appellent. Habituellement ils me saluent mais là ils veulent que je vienne les voir. Ils jouaient dans les rizières, que ma surprise fut grande lorsque je découvris quel était leur jeu : faire des poteries miniatures avec de la terre, comme dans Kirikou 2 !

L’organisation du cinéma avec Djiba fut donc une totale réussite, à renouveler, ce qui nous a en même temps permis de faire connaissance avec lui. Il nous a invité à plusieurs reprises à manger chez les profs. Après le repas, il nous offre le traditionnel thé sénégalais. La préparation est un rituel minutieux, qui peut durer des heures ! On le boit en trois fois : le premier est amer, le second un peu moins et le dernier plus sucré. Le rituel du thé est habituellement un prétexte pour engager « les palabres » et nous en profitons pour discuter longuement sur l’Afrique, les problèmes en Casamance, les rôles des ONG, l’école coranique… ça fait plaisir de discuter sérieusement avec quelqu’un qui cogite sur les mêmes réflexions que nous, et qui ne vit pourtant pas dans les mêmes réalités. Toute la famille de Djiba est à Dakar où il a vécu, mais lui a choisi de venir à la campagne. Avant d’être prof de sport il a travaillé dans les statistiques, il a fait beaucoup d’études de terrain et a un avis intéressant sur de nombreux sujets.

Un mois s’est ainsi écoulé, passé à Niomoune, notre fief ! Qu’a-t-on fait ? Apprendre à vivre là, à partager des moments forts avec les gens, à tisser des liens, qui se renforcent au fil du temps. On aura du mal à quitter Niomoune, comme la Belle Verte, et une fois partie, on aura envie de revenir ! On a fait une superbe soirée improvisée un soir sur Evaloa, on a dansé et chanté dans notre petit carré, pas si petit que ça finalement ! Alfred nous a bien fait rire, comme à son habitude. On apprend à bien le connaître, il est notre voisin et passe beaucoup de temps avec nous.

Nous avons aussi invité les « copines » à bord d’Evaloa, leur proposant un plat de lentilles tant Hélène en raffole. Je leur ai montré les photos et les vidéos prises pendant la récolte, une occasion de bien rigoler.

Nous avons tout de même fini par décoller de Niomoune, enfin pas définitivement. Nous voulions aller promener Evaloa, qui se repose à Niomoune depuis 9 mois tout de même ! Après le carénage, nous voulions faire des essais moteur et effectivement, il marche tout de même mieux sans tous ces coquillages sur la coque ! Il nous reste toujours à réparer le moteur hydraulique mais nous avons des pistes. Nous sommes partis à Cachouane pour quelques jours, nous avons fait très peu de voile par manque de vent mais on était trop heureux de naviguer à nouveau sur le fleuve Casamance !

Cette escale fut reposante, et en même tant efficace. Tout d’abord 3 voiliers au mouillage, nous nous sommes vite retrouvés le seul ! Personne pour nous déranger, le village est à un petit kilomètre à pied, on n’a pu travailler activement sur le bateau. Le paysage est toujours magnifique, encore plus sauvage. Nous sommes entourés de mangroves et de palmiers, un petit oiseau vient nous dire bonjour tous les matins dans le bateau, c’est très bucolique ! Un puits a été construit tout prêt du mouillage par un gars en voilier il y a quelques années. On profite pour récupérer de l’eau car c’est le rationnement à Niomoune, j’enchaine deux jours de lessive pendant que Yann travaille au bateau, avec pendant les pauses, un petit air d’accordéon !

Nous sommes ensuite partis rendre visite à Anouk et Desh qui sont dans la famille de Desh à Boucotte, tout prêt du Cap-Skiring, d’où j’envoie ce message !

Je crois qu’on s’est bien rattrapé pour ce message, il est tant de conclure avec notre programme à venir, qui change à chaque fois mais on aime ça : de retour à Cachouane, on reprend le bateau pour un passage express à Elinkine pour le ravitaillement de fruits et légumes, puis on file sur Erigna, un bolon tout prêt de Niomoune où l’on va retrouver Yves et Sosso, ainsi que des récolteurs de vin de palme de Niomoune. Nous retournerons ensuite à Niomoune avant de nous rendre fin février à Ziguinchor pour préparer notre semaine de cinéma africain qui aura lieu du 08 au 13 mars.

A bientôt

Yann et Pauline

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